Histoire du Droit des colonies

Constances et Volatilités des positions de politique coloniale

vendredi 20 mars 2009 par Webmestre

Albert SarrautCo-organisation d’un colloque portant sur les acteurs de la colonisation par le CERHIP (Université d’Aix-en-Provence) et le groupe HDC (UMR 5815, Montpellier) : Constances et Volatilités des positions de politique coloniale au regard de quelques carrières : Aix-en-Provence, octobre 2011

Il est une approche seulement esquissée et plutôt à l’occasion de thèses récentes relatives à quelques ministres des colonies : analyser le parcours de certains ministres et gouverneurs pour y déceler une logique, une constance ou bien simplement un opportunisme de carrière qui au hasard des nominations les conduit d’un poste de juge de paix à compétence étendue dans une colonie, à un poste de directeur au Ministère, puis à celui de gouverneur ou de ministre. Peut-on aller plus loin ? En opérant un choix de personnalités, peut-on expliquer comment les carrières se font, comment et pourquoi les nominations sont arrêtées, comment les intéressés gèrent ces changements de responsabilité ? Peuvent-ils à des postes élevés maintenir des convictions antérieurement affichées, quelles politiques impulsent-ils, imposent-ils leurs convictions, comment gèrent-ils leurs relations avec leurs collègues, surtout lorsqu’ils progressent dans la hiérarchie parviennent-ils à maintenir des lignes de conduite autrefois proclamées ? Que décident-ils, lorsque, impliqués dans des questions coloniales, ils sont en charge de dossiers émanant d’un ministère différent : guerre ou intérieur ?

L’idée directrice de ce colloque serait donc de déterminer si l’expérience de terrain se retrouve dans les décisions stratégiques prises lorsque la personne occupe un poste en métropole. On peut, semble-t-il, schématiquement distinguer trois situations : les gouverneurs qui ont eu accès, pendant leur carrière avant, après, où entre deux postes, à des responsabilités politiques importantes (Ministre, Député, voire Président de la République : Doumer), les gouverneurs qui ont fait toute leur carrière en tant que gouverneurs dans des colonies différentes sans jamais occuper de fonction politique majeure en métropole, enfin les ministres des colonies qui n’ont jamais connu d’expérience de terrain, simplement à titre « d’étalonnage » pour apprécier l’apport, s’il y en a un du vécu de gouverneur.

Parmi ces différentes « entrées », il faut évidemment que les contributeurs choisissent astucieusement leur cible. Une première idée consiste à exhumer des documents personnels appartenant à un « administrateur colonial » et permettant de saisir, au fil de sa vie, ses opinions et ses actions : correspondance, ouvrages rédigés, rapports, interventions dans les assemblées ou les associations.

Un autre moyen, moins fondé sur un heureux hasard, est de retenir quelques grandes carrières (secrétaire au Ministère puis gouverneur, ou gouverneur puis ministre par exemple) et d’étudier en les comparant les idées portées pendant ces différentes étapes (ou tout simplement les positions prises au cours d’autres fonctions, comme député par exemple ou rapporteur du Budget) et les mesures arrêtées dans les législations qu’ils ont défendues ou les réformes qu’ils ont portées au cœur des institutions. Il faut alors étudier les documents parlementaires, les préambules des arrêtés ou des décrets… ou encore les articles de journaux dans lesquels ils ont pris position.

Reste bien sûr à trouver des personnalités suffisamment fortes dont les positions peuvent être considérées comme capables d’illustrer le propos. Sans doute est-il, a priori, utile de cibler des ministres ayant eu une carrière Outre–mer ou ayant exercé d’autres fonctions (députés, ministre d’un autre département, etc.). En effet, le ministre est en priorité un homme politique « choisi non en raison de ses connaissances techniques mais en raison de la confiance qu’il inspire aux chambres » et donc, sous la Troisième République un politique…fréquemment changé.
C’est donc à travers cette mobilité que l’on peut facilement percevoir la constance ou la volatilité des positions de chacun.

Une des dimensions intéressantes est la pertinence entre les postes occupés et les compétences. Un des obstacles auquel s’est heurtée toute politique coloniale a été la confrontation entre l’impossibilité de gouverner les colonies sans détacher les responsables ministériels de l’instabilité politique inhérente au système de gouvernement de la métropole et l’impossibilité de priver la plus haute instance politique du droit de regard sur les colonies et donc de tolérer que les colonies soient seulement gouvernées par un spécialiste.

Ces considérations font partie des nombreuses pistes à parcourir. Quelques noms viennent à l’esprit qui permettent d’illustrer l’intérêt de la démarche, par exemple, Jean-Victor Augagneur, Alexandre Varenne, Albert Sarraut, Théodore Steeg, Jean-Marie Antoine Louis de Lanessan ou encore Merlin.


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