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APECE - Association pour l’étude de la colonisation européenne (1750-1850) // Séance du 17/12/2016 : M. Covo, « L’Entrepôt des Révolutions atlantiques : Saint-Domingue et le républicanisme commercial »

jeudi 1er décembre 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Séance du 17 décembre 2016 : Manuel Covo (University of California, Santa Barbara), « L’Entrepôt des Révolutions atlantiques : Saint-Domingue et le républicanisme commercial »

Sorbonne, escalier C, 2e étage, salle Marc Bloch, 14 h 30

« Cette approche, relevant en partie de l’histoire de la pensée économique, a été peu souvent abordée au fil de nos séances depuis maintenant plus de 23 ans… Nous espérons vous retrouver nombreux pour cette dernière séance de l’année 2016.

Le 21 septembre 1793, la Convention nationale adoptait un « Acte de Navigation » destiné à faire de la France une « République commerciale », conçue comme une forme régénérée de l’empire colonial. Cette déclaration solennelle, certes tombée dans les oubliettes de l’histoire, souligne néanmoins la dimension économique attachée à la notion de souveraineté telle qu’elle se déploie durant la décennie révolutionnaire. L’intervention se propose d’explorer les origines intellectuelles, politiques et économiques du républicanisme commercial, en replaçant cet acte législatif dans un cadre impérial et global. En décentrant l’analyse de Paris vers Saint-Domingue, le cœur économique de l’empire, et les États-Unis, qui expérimentaient déjà une forme de républicanisme commercial, il devient possible de reconsidérer l’histoire entremêlée de la République et de l’Empire. En effet, si l’on cerne désormais les retombées anticoloniales du moment haïtien, il nous faut désormais mieux comprendre comment l’irruption de républiques atlantiques redéfinit le fait impérial et colonial dans un contexte d’échanges globalisés à la fin du XVIIIe siècle. Sans se limiter à une histoire strictement intellectuelle, la contribution insistera sur le rôle d’acteurs variés – députés, négociants, esclaves insurgés – et sur les circulations transnationales dans la fabrique du républicanisme commercial français. »

L’APECE a pour objectif de « favoriser les recherches et leur diffusion autour de la période dite « intermédiaire » entre les deux grandes phases de l’expansion coloniale européenne. C’est-à-dire entre l’apogée de la colonisation plantationnaire esclavagiste et sa remise en cause puis sa destruction plus ou moins radicale selon les lieux et les temps, ouvrant la voie à la « colonisation nouvelle » qui répudiait la traite et l’esclavage et se fixait une « mission civilisatrice » envers les peuples extra-européens... »

Programme des séances pour l’année 2015-2016

  • 24 septembre 2016 : Marie Hardy, Maîtres et esclaves caféiers de la Martinique des XVIIIe et XIXe siècles, une société à part ?

L’historiographie antillaise n’a donné jusqu’ici qu’une vision tronquée de la société martiniquaise. Les travaux scientifiques portant sur l’ère coloniale se sont très tôt autocentrés sur l’économie plantationnaire sucrière à moteur externe, mais cette dernière n’a guère occupée plus de la moitié de la population de l’île au XVIIIe et dans la première moitié du XIXe siècle. Pour une grande majorité, la masse laborieuse libre ou esclave se répartit entre les villes et les exploitations de type « secondaire ». À mesure de l’appréhension de l’univers caféier, un monde à part se profile, divergent de l’élite sucrière qui apparaissait jusqu’ici comme le modèle représentatif de la population blanche propriétaire terrienne. Un groupe intermédiaire est mis en place révélant des habitants caféiers économiquement faibles, au mode de vie difficile, présentant des comportements matrimoniaux endogames aussi bien spatialement que socialement. Cette analyse met en relief un corps social pluriel dans lequel les femmes, les libres de couleur, et avec l’abolition de l’esclavage les nouveaux libres tiennent une place de choix. De l’autre côté de la barrière, les esclaves ont eux aussi un profil particulier, ils évoluent au sein de petites unités de plantation sur lesquelles les marges de manœuvre sont plus larges qu’au sein des grandes habitations des plaines cannières. Ce travail a l’avantage de combler un important vide historiographique en matière d’histoire sociale de la Martinique, ainsi que de renouveler le concept de société d’habitation à travers la mise en perspective d’une catégorie sociale jusque-là restée inaperçue.

Marie Hardy a soutenu une thèse de doctorat consacrée au Monde du café à la Martinique du début du XVIIIe siècle aux années 1860. Cette thèse a reçu le Prix Maryse Condé 2014 attribué par le Comité national pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage (CNMHE). Elle sera publiée en 2016 par les Presses Universitaires de Rennes.

  • 5 novembre 2016 : Céline Flory, De l’esclavage à la liberté forcée. Histoire des travailleurs engagés dans la Caraïbe française au 19e siècle

Entre 1854 et 1862, plus de 18 500 hommes, femmes et enfants originaires du continent africain, furent conduits sous l’égide du gouvernement français en Guyane, en Guadeloupe et en Martinique. En effet, afin d’y circonscrire les effets de l’abolition de l’esclavage décrétée le 27 avril 1848, le gouvernement français mit en place, quatre ans après celle-ci, l’immigration de travailleurs sous contrat d’engagement de travail venant de Madère, d’Inde, de Chine mais aussi d’Afrique. L’engagisme succédait à l’esclavagisme.
Dans ces migrations de travail, l’engagisme des Africains occupe une place singulière puisque 93 % d’entre eux furent recrutés selon le procédé dit du « rachat préalable ». Captifs sur les marchés d’êtres humains du littoral ouest-africain, ils furent achetés par les recruteurs français qui leur imposèrent un contrat d’engagement de travail de dix années, sur lequel ces « engagés » figuraient en tant que « noirs libres ». Cette étrange liberté leur imposait une traversée de l’Atlantique pour un voyage qui s’avérerait sans retour, sinon pour une infime partie des 7 % d’Africains partis librement.
Cette conférence a retracé leur expérience migratoire et de travail à travers l’Atlantique français.

  • 17 décembre 2016 : Manuel Covo, L’Entrepôt des Révolutions atlantiques : Saint-Domingue et le républicanisme commercial
  • 28 janvier 2017 : Ernestine Carreira, Présentation de ses publications récentes autour des Portugais en Inde et dans l’océan Indien
  • 25 février 2017 : Lionel Trani, Le tribunal spécial dans les Antilles sous le Consulat et l’Empire (1802-1810)
  • 18 mars 2017 : Boris Lesueur, Les Laptos : auxiliaires africains de la traite
  • 22 avril 2017 : Vincent Couseau, Trois témoignages sur les massacres de 1804 en Haïti
  • 20 mai 2017 : Marie-Jeanne Rossignol et Bertrand Van Ruymbecke, Histoire de la Guinée, Anthony Benezet, première traduction française d’un ouvrage emblématique de l’abolitionnisme du 18e siècle
  • 10 juin 2017 : Pierre Serna et Claude-Olivier Doron, L’homme altéré. Race et dégénérescence (XVIIIe-XIXe siècles)
    et Assemblée Générale ANNUELLE

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