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Appel à communication (>1er/09/2015) pour le colloque international : « Experts et expertises : la mobilisation des compétences en diplomatie, des congrès de Westphalie à la naissance de l’ONU » (Université de Nantes, 12-13/0/5/2016)

mardi 1er septembre 2015, par Dominique Taurisson-Mouret

  • Organisation : Stanislas Jeannesson Fabrice Jesné et Eric Schnakenbourg

Depuis le XVIIe siècle, le champ de la diplomatie s’est considérablement élargi à mesure du développement et de la diversification des relations internationales. Les agents diplomatiques se trouvent dès lors confrontés à une grande diversité de sujets et de missions ce qui les amène à faire appel à des compétences et des savoirs extérieurs. Les ambassades, les congrès diplomatiques ou les grandes conférences internationales mobilisent des spécialistes chargés d’aider à la négociation sur des points particuliers. Dès le XIXe siècle, la mise en place de grandes organisations internationales impose la création d’organes d’expertise, permanents ou temporaires, chargés de travailler en amont sur les questions internationales.
La mobilisation des conseillers et des experts au service de la diplomatie invite à des interrogations sur des acteurs qui ne sont pas des diplomates stricto sensu. Elle permet de montrer que la diplomatie n’est pas une activité déconnectée de son environnement mais qu’elle draine les compétences de la société de son temps. Plusieurs points semblent pouvoir retenir l’attention des participants à ce colloque.

  • Les champs et la chronologie de l’expertise : sur la longue durée, l’étude de la mobilisation des experts doit permettre de réfléchir à l’élargissement progressif du domaine de la diplomatie. Le recours aux juristes, aux négociants, aux militaires, ou à des informateurs particulièrement avertis, comme les consuls et autres go-betweens, pour assister les ambassadeurs ou conseiller les gouvernements centraux montre que les diplomates ont eu conscience très tôt de la nécessité de s’entourer de spécialistes – experts d’une discipline, d’un domaine d’activité, d’un pays ou d’une culture. Par la suite, la professionnalisation accrue du métier de diplomate, le caractère de plus en plus technique de certaines affaires, notamment dans le domaine économique et financier, puis, au XXe siècle, la généralisation d’un multilatéralisme institutionnalisé et l’affirmation d’un ordre international fondé sur le droit, font surgir de nouvelles pratiques, voire de nouvelles formes de diplomatie impliquant de nouveaux acteurs et requérant des compétences spécifiques.
  • L’institutionnalisation de l’expertise : il s’agit de voir comment se mettent en place les structures d’accueil et d’intégration des experts auprès des ambassades, avec la multiplication des postes d’attachés et de conseillers, auprès des gouvernements et des grandes organisations internationales, avec la création d’emplois particuliers ou, plus simplement, à travers l’existence de missions, ponctuelles ou permanentes, qui permettent une reconnaissance officielle de l’assistance apportée aux diplomates. Il faudrait s’interroger sur les modalités et les temporalités de ce processus en le confrontant à son contexte historique.
  • Le sort des expertises : l’expert conseille, mais le gouvernement dispose par la voie de son représentant. Il faudrait se demander ce que deviennent les expertises et finalement poser la question de leur efficience, entre avis oubliés à peine émis, instrumentalisation de l’expertise à des fins politiques ou véritable source d’inspiration pour les acteurs de la diplomatie. Autrement dit, nous nous demanderons quelle est l’influence réelle des rapports et des conseils venant de spécialistes sur la décision politique afin de savoir s’il est possible, et avec quelles limites, d’évaluer la place de l’expertise comme l’un des paramètres du fonctionnement du système international. Ce type d’interrogation est comme un miroir tendu à la diplomatie pour réfléchir à sa double nature d’exercice technique et d’exercice politique.
  • Diplomates et experts : si l’expérience de longs séjours dans une même région, la constitution de réseaux, la connaissance des langues et des lieux font de certains diplomates, des experts de questions particulières et d’espaces peu familiers, dans la plupart des cas les figures du diplomate et de l’expert sont cependant dissociées. Il faut dès lors se poser la question de la complémentarité de ces acteurs. L’irruption, voire l’invasion, des experts dans le champ de la diplomatie et ses conséquences inévitables – conflits de compétences, choc des cultures, etc. – ne sont-elles pas vécues par les diplomates comme une remise en cause de leurs prérogatives ? Les diplomates cherchent-ils – et y parviennent-ils – à garder la mainmise sur le processus, ou du moins sur sa phase ultime qu’est la négociation, et à cantonner l’expert dans un rôle d’auxiliaire ? Il faudra également interroger la formation de réseaux transnationaux d’experts, que ce soit dans le cadre institutionnalisé des organisations internationales ou dans celui des lieux privilégiés de l’expertise que constituent au premier XXe siècle des villes comme La Haye ou Genève.
    Ces différentes approches, qui ne sont pas exhaustives, doivent permettre une relecture de l’activité diplomatique et montrer qu’elle peut être le produit d’une convergence de compétences et de savoirs. Il s’agit en quelque sorte de regarder « derrière le rideau » de la négociation pour voir comment se construit la décision politique. Nous veillerons à ne pas juxtaposer les cas particuliers, mais à réfléchir au rôle de l’expertise, à ses modalités, ses structures, ses acteurs et son influence sans pour autant négliger ses limites. Notre réflexion portera sur la longue durée, du milieu du XVIIe siècle à la naissance de l’ONU, afin d’insister sur les origines et les évolutions d’un phénomène qui, s’il s’est généralisé dans la période récente, ne date pas du XXe siècle.

Afin de renforcer la cohérence de nos réflexions, chaque intervenant est invité à s’interroger particulièrement sur les points suivants :

  • Le champ de l’expertise : quelles raisons justifient, à un moment donné, le recours à l’expertise dans tel ou tel domaine ?
  • Les usages de l’expertise : l’expertise vient-elle en appui à la décision ou acquiert-elle une certaine autonomie ?
  • Le statut de l’expert : l’expert est-il ou devient-il un acteur à part entière de la diplomatie ? S’impose-t-il au diplomate ou n’est-il qu’un auxiliaire ?

Les propositions de communication (résumé d’une page et CV) doivent être adressées avant le 1er septembre 2015 aux organisateurs.

Contacts :

  • stanislas.jeannesson chez univ-nantes.fr
  • fabrice.jesne chez univ-nantes.fr
  • eric.schnakenbourg chez univ-nantes.fr
« Experts et expertises : la mobilisation des compétences en diplomatie, des congrès de Westphalie à la naissance de l’ONU »
Du 12 au 13 mai 2016

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