Navigation

AccueilActualitésNews de l’histoire (du droit) des colonies

Appel à communication : « Les nouveaux visages des armées africaines / The Changing Character of Africa’s Armed Forces » (Paris, École militaire, 5-6/10/2016)

lundi 22 février 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Date limite de soumission : dimanche 10 avril 2016

Alors que les armées africaines au sud du Sahara ont inspiré récemment des travaux de recherche dans plusieurs domaines des sciences humaines et sociales, elles se trouvent au centre de nouveaux enjeux, avec le développement du terrorisme djihadiste sur fond de renouveau de la concurrence entre puissances internationales et d’intensification des défis liés à la gouvernance.

PDF - 429.5 ko
Appel en français
PDF - 330.1 ko
Appel en anglais

Si les acteurs (semi)privés ou informels sont privilégiés dans ces travaux, les forces de sécurité étatiques et plus particulièrement les armées restent mal connues (Debos et Glasman, 2012). Or, les différentes armées d’Afrique subsaharienne sont aujourd’hui dans une période de transition entre un modèle issu des indépendances et un modèle plus adapté à la conflictualité actuelle. Ces armées incarnent la souveraineté des Etats, bien qu’elles soient parfois négligées par le pouvoir politique et qu’elles servent occasionnellement d’outil de développement ou de maintien de l’ordre. Elles apparaissent depuis la fin de la Guerre froide de plus en plus sollicitées pour améliorer la prévention, contribuer à la résolution des crises sécuritaires sur le continent africain et protéger ou garantir l’évolution politique vers des formes plus démocratiques.

Les rapports que les armées africaines entretiennent avec le pouvoir politique constituent une question centrale. Celle-ci a fait l’objet de travaux anciens mais qui restent encore pertinents (Huntington, 1965). Les armées peuvent assurer, à la demande des civils, la transition démocratique (Aka, 1999 ; Bat, 2015) ou s’insérer plus brutalement dans le jeu politique (Moshe 1973 ; McGowan, 2003 ; Decalo, 1989 ; Kandeh, 2004). Enfin, leur formation est devenue le théâtre d’une rivalité inédite entre les puissances internationales (France, Royaume-Uni, États-Unis, Russie, Chine). Cela ne manquera pas d’avoir des conséquences sur les choix économiques et politiques des États qui abritent de nouvelles bases occupées par des forces étrangères ou s’engagent dans des coopérations de défense. Pour les États qui ont un lien historique avec le continent africain, cette nouvelle situation suscite des défis majeurs, tant au niveau politique que stratégique.
Organisée par l’IRSEM - dont la vocation vise à rapprocher monde scientifique et monde militaire, mais aussi à produire des réflexions innovantes à même de nourrir le débat stratégique - cette conférence internationale a pour objet d’examiner les transformations des armées d’Afrique subsaharienne au cours des six dernières décennies, à la fois dans une perspective comparatiste (entre pays, entre périodes chronologiques, …) mais aussi et surtout pour comprendre l’évolution des relations entre les armées africaines et les sociétés dont elles sont issues. Trois groupes de question peuvent être distingués.

1) La naissance et la formation des armées africaines

Un premier groupe de questions abordera la naissance et la formation des armées africaines, c’est-à-dire comment les jeunes États africains souverains ont organisé leur armée nationale. Il s’agit d’étudier le lien entre la construction de ces armées et la formation de l’État, leur capacité à assumer leurs missions et leur contribution au développement intérieur depuis les indépendances. Plusieurs thèses s’affrontent sur les liens entretenus entre les armées africaines et le pouvoir politique. Ont-elles été des spectateurs passifs des processus d’indépendance et de construction des États (Martin, 1975), ou ont-elles joué un rôle moteur dans la modernisation des structures héritées de la période coloniale (Lefever, 1970) ? Les nouvelles armées nationales ont souvent été considérées comme le pur produit de la période coloniale. Peu de recherches sur la continuité entre les organisations militaires pré-coloniales et sur les systèmes militaires issus des indépendances ont été menées. Or Ogot (1972) a montré qu’il était difficile de comprendre la nature et le rôle des militaires dans l’Afrique post-coloniale sans étudier la nature et le rôle du pouvoir militaire dans l’Afrique pré-coloniale et coloniale, et notamment pourquoi même les régimes civils modernes en Afrique doivent compter sur les militaires pour survivre. De nouvelles monographies sur les armées africaines par exemple ivoirienne (Banga, 2014), mauritanienne (Evrard, 2015) permettent un nouveau regard sur la naissance de ces armées et viennent s’ajouter à d’autres plus anciennes – Robin Luckham sur l’armée nigérienne (1970) ou Emmanuel Ela Ela sur le Cameroun (2000) par exemple – pour former un corpus désormais conséquent.

Dans le cadre de ce premier groupe de questions, des projets de communication peuvent être proposés sur la contribution des militaires aux indépendances, la création des armées africaines, le rôle des militaires dans les nouveaux États souverains. L’étude structuraliste des armées africaines – l’organisation, l’équipement, le commandement et le financement – sont également des aspects importants de la manière dont s’est opérée la transition sécuritaire en Afrique sub-saharienne. Nous porterons une attention particulière aux communications traitant des pratiques quotidiennes et de la formation notamment des soldats - une perspective souvent négligée dans les recherches sur les armées africaines (Hutchful et Bathily, 1998) – et aux travaux relatifs à la production de normes qu’elles soient issues de pratiques coloniales ou post-coloniales.

2) Les armées africaines face aux influences extérieures

De plus, comme ces armées ont principalement été formées grâce à l’aide fournie par les acteurs extérieurs, la conférence entend, dans un second temps, examiner les questions liées aux influences extérieures à la fois lors de leur formation et de leurs transformations.

Nous souhaitons étudier les relations avec les anciennes puissances coloniales, ou avec les nouveaux acteurs extra continentaux (Chine, Inde, Turquie, Japon, États-Unis, Portugal, Union Européenne, Royaume-Uni, Russie, etc.), mais également les liens entre les puissances continentales (Afrique du Sud, Éthiopie, Nigeria, etc). Comment les différents programmes multinationaux et bilatéraux participent à la réforme des armées africaines ? Quelles normes produisent-ils ? Les armées ont été recomposées dans le cadre de la réforme des secteurs de la sécurité (RSS) qui nécessite des recherches renouvelées (Bryden and Scherrer, 2012 ; Sedra, 2010 ; Egnell and Haldén, 2009). Comment sont planifiés et mis en œuvre les efforts de RSS, le concept de « développement des institutions de défense » (Rand Corporation, 2016) s’y substitue-t-il ? La RSS serait-elle devenue un nouveau paradigme sécuritaire après celui des équilibres financiers (Châtaigner, 2006) ? Quels sont les résultats des politiques d’assistance et de soutien militaire ? Est-il efficace de renforcer plutôt les institutions civiles ou d’instruire les combattants ou encore de former le commandement, professionnaliser la logistique et le soutien afin de donner aux armées africaines la structure d’armées modernes (Doss, Herbst et Mills, 2013) ? La conférence s’intéressera aussi à la coopération entre armées africaines, à différents niveaux (entrainement, formation, opérations). Il s’agit de mieux comprendre comment les armées africaines tissent des réseaux de coopération, qui complètent ou concurrencent les schémas classiques de la coopération militaire dans cette région. Quels rôles y tiennent l’organisation continentale, les Communautés économiques régionales (CER) ou les organisations ad hoc ?

3) L’adaptation des armées africaines

Enfin, les armées africaines ont aussi mué sous la pression de demandes relatives aux conflits extérieurs et intérieurs. Elles se sont donc adaptées à l’évolution de la nature et de la forme de la conflictualité africaine (Straus, 2012 ; Abrahamsen, 2013). Moins d’une centaine d’opérations de maintien de la paix ont été déployées sur le continent depuis 1990 et la majorité des États africains ont fourni des troupes à ces opérations (Williams, 2014). Elles ont également dû composer avec l’apparition de nouveaux acteurs dans la gestion de crise et la résolution des conflits : APSA, CER, CARIC (Franke, 2006 ; Warner, 2015). Les armées africaines évoluent également sous le coup de facteurs politiques internes et externes (Martin, 1989). L’environnement social et l’évolution de la place du militaire dans la société, dans le système économique ou politique contribuent à façonner un nouveau visage aux armées africaines.

Nous nous intéresserons donc dans cette dernière partie aux problématiques liées à l’intégration des armées africaines au sein des forces multinationales (Fisher, 2012 ; Wilén, Ambrosetti et Birantamije, 2015) ainsi qu’aux retours d’opérations qui soulèvent des enjeux sécuritaires inattendus pour certains États pourvoyeurs de contingents de maintien de la paix (Dwyer, 2015). Nous attendons également des propositions de communication sur le rôle des armées dans la résolution des conflits internes : par l’intégration des combattants au sein d’une nouvelle armée nationale, dans le cadre des programmes de désarmement, démobilisation et réintégration, une approche encore relativement peu traitée (Wilén, 2015).
Ce colloque international sera donc consacré à l’évolution des armées d’Afrique subsaharienne depuis les indépendances. Il vise ainsi à une meilleure compréhension du fait militaire, des armées et de ceux qui les composent. Il est pensé dans une perspective pluridisciplinaire et diachronique. Nous attendons des propositions de communications en sciences politiques, relations internationales, histoire, économie, sociologie, anthropologie, géographie, etc. Nous accorderons une attention particulière aux approches comparatistes, et aux communications s’appuyant sur des études de terrain. Une publication des communications suivra la conférence.

Proposition de communication

Les propositions de communication (500 mots maximum) peuvent porter soit sur une communication individuelle soit proposer un panel comprenant quatre communications sur un des thèmes retenus pour le colloque. Chaque proposition de communication doit être accompagnée d’une biographie. Elle peut être soumise en français ou en anglais. Elle doit également préciser si l’auteur sollicite une aide de l’IRSEM en ce qui concerne son voyage et/ou son séjour à Paris. Le tout doit être adressé à :

  • Sonia Le Gouriellec (sonia.le-gouriellec chez defense.gouv.fr) et
  • Jérôme de Lespinois (jerome.de-lespinois chez defense.gouv.fr)

Calendrier

  • 10 avril 2016 : date limite pour l’envoi des propositions de communication.
  • 1er juin 2016 : notification aux auteurs des propositions de communication retenues.
  • 15 septembre 2016 : envoi des versions finales des articles retenus par les coordinateurs et le comité scientifique.
  • 5 et 6 octobre 2016 : conférence internationale « Les nouveaux visages des armées africaines » à l’École militaire (Paris).

Comité scientifique

Le comité scientifique en charge de la sélection des propositions est en cours de constitution. Il sera communiquer ultérieurement.

Annonce from http://calenda.org/356901

Dans la même rubrique

Dernières brèves