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« Pierre Clastres : d’une ethnologie de terrain à une anthropologie du pouvoir » — Université de Caen Normandie — Du 25 au 27 octobre 2017

mercredi 22 février 2017, par Dominique Taurisson-Mouret

Date limite de soumission : dimanche 2 avril 2017

Le colloque se tiendra à l’IMEC et à l’Université de Caen Normandie les 25, 26 et 27 octobre 2017 (Abbaye d’Ardenne, Saint-Germain-la-Blanche-Herbe, 14280 Normandie)

L’association Anamnèse organise chaque année un colloque visant à mieux faire connaitre le legs des sociologues et anthropologues disparu∙e∙s. À l’occasion des 40 ans de sa disparition, Anamnèse a décidé de rendre hommage à Pierre Clastres.

Décédé précocement en 1977 à l’âge de 43 ans dans un accident de la route, Pierre Clastres a marqué l’histoire de la discipline anthropologique. Formé dans la tradition structuraliste par Claude Lévi-Strauss lui-même, Pierre Clastres a pris ses distances avec cette tradition en proposant une épistémologie originale et complexe capable de renouveler la discipline.

C’est sous l’impulsion de Lévi-Strauss et d’Alfred Métraux que Clastres va tourner son regard vers les peuples sud-amérindiens. De 1963 à 1968, il se livrera à un travail de terrain d’envergure au Paraguay parmi les Guayaki, les Guarani ou encore les Chulupi. Ses terrains chez les Yanomami du Venezuela puis les Guarani du Brésil lui permettront de recueillir suffisamment de matériaux pour aiguiser ses analyses sur les systèmes de pouvoir et l’organisation politique de ces peuples. La publication de son ouvrage La Société contre l’État (1974), à la fois synthèse théorique de ses observations ethnographiques et contribution majeure à l’anthropologie politique, va bouleverser la discipline. Il y développe une théorie originale dont le projet serait d’inventer une anthropologie du pouvoir, car selon lui la domination politique, dont découle la division entre dominants et dominés, n’a jamais souffert d’une quelconque remise en question en tant qu’elle a toujours été saisie par les théories politiques comme « structure ontologique de la société, comme l’état naturel de l’être social, la division en maîtres et sujets a constamment été pensée comme appartenant à l’essence de toute société réelle ou possible. » (Clastres, 1977). À travers la thèse selon laquelle les sociétés primitives ne sont pas des sociétés sans État, mais dont les structures empêchent l’émergence d’un pouvoir concentré dans un groupe restreint d’individu et sont par conséquent des sociétés contre l’État, c’est un esprit libertaire indéniable qui alimente ses écrits. Une telle réflexion permettra entre autres à l’anthropologie de l’époque de s’émanciper du marxisme évolutionniste hégémonique : les sociétés primitives ne sont plus ancrées dans des phases pré-étatiques ou pré-capitalistes.

À la fois critique du structuralisme et de l’économisme qu’incarnent les analyses marxistes orthodoxes de l’époque (Clastres, 1980), son travail continue d’alimenter les réflexions d’universitaires comme de personnes impliquées dans des mouvements politiques. Son approche particulière qui trouve des continuateurs dans le champ anthropologique français ou américain se pose comme un détour incontournable pour qui prétend produire une pensée sur l’État, le pouvoir, ou encore la guerre.

Ce colloque vise à réaffirmer l’importance des apports de Pierre Clastres, en présentant des travaux revisitant ses recherches ethnologiques, ses réflexions sur la chefferie et l’État, ou en interrogeant ses hypothèses sur la violence. Les communications pourront également s’intéresser aux critiques et aux relectures de Clastres, tant dans le champ de l’anthropologie (Descola, 1988) que dans celui de la philosophie politique (Absensour, 1987).

Appel à communication

Axes thématiques

1 – Le travail ethnographique et ethnologique de Pierre Clastres : ses méthodes, ses observations, son actualité

Les propositions théoriques de Pierre Clastres sont le fruit d’un travail de terrain d’envergure, d’une immersion prolongée au sein de différents peuples dont découle une compréhension fine de l’exercice politique. Les critiques faites à Clastres sont d’ailleurs souvent tournées vers cette attache au terrain, vers une généralisation difficile de ses thèses sur la chefferie au-delà des sociétés amérindiennes (Cartry, 1977). Le problème se pose alors de la conceptualisation, de la théorie face à l’ethnographie. Le concept de chefferie doit-il se limiter à l’étude des sociétés que Clastres a étudiées, ou peut-on observer et penser d’autres sociétés à partir de cette même économie du pouvoir ?

2 – Théories de la violence et de la guerre

Souvent éclipsées par la question de l’État, les thèses de Clastres concernant la guerre et la violence sont d’un intérêt non négligeable, à la fois car elles ont su offrir une critique du structuralisme qui percevait la guerre comme rupture de l’échange, mais aussi, car elles construisent et soutiennent son anthropologie contre l’État.

3 – L’anthropologie du pouvoir de Pierre Clastres, entre renouveau disciplinaire et appropriations militantes

Si l’anthropologie du pouvoir que Pierre Clastres a su renouveler voir fonder l’anthropologie politique, elle a également connu un écho particulier dans le militantisme libertaire. Il s’agira donc d’interroger à la fois l’épistémologie que propose Clastres tant du point de vue scientifique que militant. Que suppose une anthropologie anarchiste qui assume sa normativité ?

Dans ces trois axes, deux types de communications sont attendues :

  • Les communications pourront s’attacher à l’histoire de Pierre Clastres, à sa pensée, ses différents travaux, ses critiques.
  • Les communications présenteront des travaux sur des objets contemporains s’appuyant sur les apports des outils et concepts clastriens.

Bibliographie

Abensour, Miguel (dir.), Pierre Clastres et l’esprit des lois sauvages, Paris, Éditions du Seuil, 1987.
Cartry, Michel, « Pierre Clastres », in École Pratiques des Hautes Etudes : section des sciences religieuses, Annuaire, Tome 85, 1976-1977, p.35-45.
Clastres, Pierre, Chroniques des Indiens Guayaki. Ce que savent les Achés, Paris, Plon, coll. « Terre Humaine », 19
Clastres, Pierre, La Société contre l’État, Paris, Les Éditions de Minuit, 1974.
Clastres, Pierre, « Le retour des Lumières », in Revue française et science politique, vol.27, n°1, 1977, p.22-29.
Clastres, Pierre, « Les marxistes et leur anthropologie », in Recherches en Anthropologie politique, Paris, 1980
Descola, Philippe, « La chefferie amérindienne dans l’anthropologie politique », in Revue française de science politique, vol.38, n°5, 1988, p.818-827.

Modalités de soumission : Les communications, en français ou en anglais, feront l’objet d’une présentation orale de 30 minutes, suivie d’un débat.

Les propositions de communication, à envoyer avant le 2 avril 2017 à clement.poutot chez unicaen.fr et pierre-alexandre.delorme chez unicaen.fr, doivent faire entre 500 et 1000 mots, en français ou en anglais, et comporter les éléments suivants :

  • la problématique et le plan de l’intervention ;
  • nom et prénom, coordonnées électroniques, téléphoniques ;
  • statut professionnel, institution de rattachement de l’auteur∙e.

Organisation et responsabilité scientifique

  • Delorme, Pierre-Alexandre, doctorant en sociologie, CERReV
  • Poutot, Clément, docteur en sociologie, CERReV
  • Corbin, Stéphane, maître de conférences en sociologie, CERReV
  • François Bordes, Chargé de mission sciences humaines, IMEC
Colloque
Du 25 au 27 octobre

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