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Appel à communication (<2/08/2015) pour le Colloque « Passés sans traces écrites. De l’analyse historique concernant des peuples et des évènements sans documentation écrite » (Paris, Institut Historique Allemand, 16-18/03/2015)

lundi 6 juillet 2015, par Dominique Taurisson-Mouret

  • Paris, Institut Historique Allemand, 8 Rue du Parc Royal, Paris, France (75003)

La problématique centrale de la conférence est de comprendre comment les savants, les historiens et les chercheurs des sciences historiques – de l’époque moderne à nos jours – ont abordé les « passés sans traces écrites ». Nous nous intéresserons à savoir comment ils appréhendent ces passées et comment ils les reconstruisent encore aujourd’hui.

Par concept « passés sans traces écrites » nous désignons à la fois des évènements, des cultures ou encore des acteurs n’ayant laissé aucun témoignage écrit, voir pour lesquels aucun document écrit n’a été transmis ou conservé. Ce concept peut s’appliquer également à l’histoire de l’humanité avant l’apparition de l’écriture ainsi qu’à des groupes spécifiques de personnes qui n’ont, volontairement ou involontairement, laissé aucune trace écrite concernant leur culture actuelle et passée. Il s’agit donc de prendre en compte ces champs particuliers à la limite du cadre de la recherche historique, champs qui constituent un défi d’analyse pour les historiens d’hier comme d’aujourd’hui. Cela est particulièrement vrai si l’on considère que l’intervention de l’écrit est encore et toujours utilisée comme critère de délimitation de « l’histoire » comme discipline et comme science. Admettre l’écrit comme facteur de délimitation entre la préhistoire et l’histoire, reconnaître comme norme scientifique exclusive le travail historique basé sur des sources écrites relègue ainsi les cultures n’ayant pas de traces écrites au rang de sociétés sans Histoire. Tous ces exemples montrent à quel point Écriture et Histoire sont intimement liés.

Bien que l’écriture et les sources écrites soient déterminantes et fondamentales pour l’histoire, les savants et les chercheurs ayant écrit cette même histoire ont encore et toujours tenté d’aller au-delà de cette limite vers des champs marginaux, défiant ainsi le scepticisme disciplinaire historique. Les besoins d’affirmation identitaire poussèrent par exemple certains savants entre le 17e et 19e siècle à examiner les cultures autochtones (non romaines ou pré-romaines) de l’aire géographique (nord-) européenne. Pour reconstruire l’histoire de ces peuples, qui n’avaient laissé aucune trace écrite, les savants ont analysé des artefacts humains de toute nature ainsi que des vestiges immatériels tels que les dialectes, traditions et contes réévalués au rang de « monuments ». En se basant sur une méthode comparative, regroupant les formes ou les sons morphologiquement similaires, ils mirent en lumière les éléments individuels de la compilation en interaction les uns avec les autres. C’est ainsi qu’au 18e siècle, pour citer un exemple bien connu, la comparaison entre les objets ethniques du « Nouveau Monde » et les trouvailles archéologiques issues du « Vieux Monde » fut utilisée pour étoffer les connaissances des cultures de ces deux mondes. Les conclusions tirées de cette comparaison ont toujours été façonnées par le discours religieux et politiques de l’époque et étaient ainsi sujettes à des implications idéologiques. Ceci devient notamment pertinent lorsque que l’on aborde l’histoire de régions du monde (post-) colonial des anciennes grandes puissances occidentales et le défi que représente l’écriture de celle-ci par les historiens autochtones. Comment traitent-ils le passé pré-colonial de leur propre pays et de leurs tribus, qui n’a pu être conservés que sous forme de tradition orale ?

Avec l’émergence de nouvelles disciplines au 19e siècle, telles que l’archéologie, la paléontologie, l’ethnologie, disciplines qui revendiquent les vestiges matériels et immatériels comme leurs objets d’étude et preuves justificatives en tant que tel, la science historique dévalua ces restes non-écrits ou utilisa les conclusions dégagées par ces nouvelles sciences (auxiliaires). Les historiens Fustel de Coulanges, Karl Lamprecht et ceux de l’école des Annales – pour ne nommer que quelques représentants – s’opposèrent à une telle restriction de l’histoire reposant uniquement sur l’utilisation des sources écrites, mais également au confinement des recherches à l’étude de la politique et de l’histoire des événements. Ils réclamèrent l’extension du champ historique à toutes les traces existantes, et à tous les vestiges de l’humanité. A travers l’avènement de tous ces reliquats du passé au rang de « monument », de témoin irremplaçable de l’évènement unique, durant les 19e et 20e siècles, l’on a pu observer l’entrée dans l’Histoire de nouveaux acteurs considérés comme individus historiques au même rang que les nations : les « derniers » voire les « perdants » de l’histoire, la masse des marginalisés, les communautés nomades et les migrants anonymes.

Ainsi, l’histoire génétique d’aujourd’hui, qui consiste à récolter l’information à partir d’ossements issus de fouilles archéologiques dans le but de répondre aux questions portants sur l’histoire des migrations, est un exemple paradigmatique de ce développement.

Les problématiques suivantes seront au centre de la discussion :

  • L’auteur de(s) l’Histoire(s) : Qui écrit l’histoire et dans quel contexte historique ? Quel lien entretient cet auteur avec ce passé et surtout quel rapport à ce passé s’est-il imaginé ? Quelles raisons (besoins identitaires, revendications religieuses ou politiques, etc.) suscitent l’intérêt du savant ou de l’historien ? Sur quels critères s’appuie-t-il pour affirmer son autorité scientifique dans ce domaine de recherche ? Le fait-il en tant que témoin, descendant, natif ou personne possédant l’expertise scientifique pertinente ?
  • L’épistémologie des sources : Comment les savants et les chercheurs des sciences historiques expliquent-ils l’absence de documents écrits ? S’agit-il d’un passé dans lequel l’écriture n’existait pas (ou n’était pas utilisée). Ou bien ces écrits ont-ils peut-être été volontairement effacés ? Quelles survivances et vestiges artificiels, organiques ou immatériels ont été au fil du temps élevés au rang de sources historiques pour fournir de nouveaux éléments de preuve pertinents ? Quels modèles de pensée et quelle herméneutique permettent ou empêchent l’interprétation des sources ? Sur quelles (nouvelles) méthodes s’appuie-t-on pour faire parler les « monuments » collectés ?
  • Le récit historique : Comment est défini son cadre spatio-temporel ? De quelles connaissances dispose-t-on sur le sujet de recherche et quelles nouvelles connaissances historiques retire-t-on des sources non-écrites ? Quelle pertinence cela a-t-il pour la discipline ou le domaine de recherche ? Quelle histoire est racontée, quels récits historiques sont produits ? Cependant, quelle forme d’histoire est de ce fait exclue ?
  • La définition de l’histoire : Quelle compréhension de l’histoire comme domaine de recherche et comme discipline est ainsi implicitement ou explicitement transmise ? Contre quels modèles établis du travail historique et contre quelles méthodes doit-elle s’imposer ? Tout cela a-t-il déclenché une reconsidération de l’histoire et, par là même, soulevés des débats et révélés des conflits dans la communauté scientifique ? Comment l’histoire et la recherche historique se distingue-t-elle d’autres disciplines et quel rapport entretient-elle avec les sciences auxiliaires ? Fonctionne-t-elle de façon interdisciplinaire avec celle-ci ou exploite-t-elle uniquement leurs résultats ?

Nous encourageons des contributions abordant les questions décrites ci-dessus, voir des problématiques connexes. Les présentations pourront se faire en français, allemand et éventuellement en anglais.

Modalités de soumission

Les candidats et candidates sont invités à nous faire parvenir leurs propositions (entre 300 et 500 mots), un CV, une liste de publication, ainsi que des informations concernant leurs connaissances linguistiques (actives et passives). Ils sont également priés de bien vouloir indiquer la langue dans laquelle leur présentation aura lieu. Ces dossiers sont à adresser à Lisa Regazzoni regazzoni chez em.uni-frankfurt.de jusqu’au 02/08/15 en un document format PDF.

Comité scientifique

  • Rainer Babel (DHI Paris)
  • Bettina Barboutie-Severin (UMR Irice, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
  • Charlotte Bigg (Centre Alexandre Koyré, Paris)
  • Andreas Fahrmeir (Goethe-Universität, Frankfurt am Main)
  • Pascal Firges (DHI Paris)
  • Johan Lange (DHI Paris)

Contact : Lisa Regazzoni (regazzoni [at] em [dot] uni-frankfurt [dot] de)

Annonce from http://calenda.org/331995

Du 16 au 18 mars 2016

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