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Appel à communication pour un colloque : « Cuba, terre d’asile/Cuba, tierra de asilo »(Université Lumière - Lyon 2, 6-8/10/2016)

jeudi 2 juin 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Date limite de soumission : mardi 30 août 2016

Ce colloque s’inscrit à la fois dans une perspective transaméricaine (Cuba – Caraïbe – États-Unis - Amérique latine), dans les recherches de l’équipe LCE-EA 1853 (Université Lumière - Lyon 2) sur le thème du déplacement, du Laboratoire Déplacements, Identités, Regards, Ecritures (DIRE) (Université de La Réunion), et les travaux développés par le Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Antilles Hispaniques et l’Amérique Latine (GRIAHAL), axe Caraïbe du Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)

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Appel à communication

Trop souvent considérée exclusivement comme une terre dont on sort, l’île de Cuba est généralement observée comme une terre dont on s’exile. Or, c’est oublier que, au moins depuis 1492, c’est une terre vers laquelle on converge, on arrive, on émigre, on s’asile et on se réfugie. Cuba est donc aussi une terre d’accueil et d’asile. Le but de ce colloque est d’envisager, dans une perspective historique (celle des faits et des idées), Cuba comme une terre d’asile sur trois étapes chronologiques : 1802-1898, 1902-1959, 1959-2016. On s’interrogera pour savoir jusqu’à quel point, depuis le XIXe siècle, la réalité insulaire et la position géopolitique particulière de l’île (objet de convoitise entre divers empires, située à la frontière entre le monde latin et anglo-saxon, etc.), ont été des constantes qui ont marqué l’histoire et la construction nationale cubaine ; ou si au contraire, la rupture de 1959 permet l’avènement d’un nouveau schéma politique dans les rapports induits par l’évolution des relations internationales dans le cadre de la Guerre froide.

Divers éléments liés à l’actualité (la reconnaissance par Washington du travail réalisé par les médecins cubains dans la lutte contre le virus Ébola en Afrique, le rôle joué par Cuba dans le processus de paix en Colombie, la visite d’un président étasunien à La Havane, etc.) nous conduisent à proposer ce colloque envisagé depuis longtemps.

Trop souvent considérée exclusivement comme une terre dont on sort, l’Ile de Cuba est généralement observée comme une terre dont on s’exile. Or, c’est oublier que, au moins depuis 1492, c’est une terre vers laquelle on converge, on arrive, on émigre, on s’asile et on se réfugie. Cuba est donc aussi une terre d’accueil et d’asile.

Le but de ce colloque est d’envisager, dans une perspective historique (celle des faits et des idées), Cuba comme une terre d’asile sur trois étapes chronologiques : 1802-1898, 1902-1959, 1959-2016.

On prendra comme point de départ un espace commençant au début d’un XIXe siècle marqué par l’arrivée des colons français qui fuient la Révolution de Saint-Domingue, souvent dans l’espoir de rallier la Nouvelle-Orléans. Ce XIXe siècle est déterminant pour l’histoire d’une île qui est maintenue sous la souveraineté de la monarchie espagnole alors que l’Amérique continentale choisit la voie de l’émancipation. Le XIXe siècle s’achève sur une guerre d’indépendance qui est aussi une opportunité propre à faciliter l’émigration des soldats coloniaux trop pauvres pour payer leur déplacement transatlantique (Moreno Fraginals, « La guerra como modo de emigración »). Et ce, alors que la guerre d’indépendance suscite l’appétit de la nouvelle puissance tutélaire continentale (Philip Forner, The spanish-cuban-american war and the birth of american imperialism, 1898-1902, 1972).

On portera un intérêt tout particulier aux 57 années de la période républicaine (1902-1959) marquées par la tentative d’intégration impérialiste facilitée par des États-Unis expansionnistes et annexionnistes qui développent une politique extérieure ouvertement néocoloniale (La Gloria City). On s’intéressera aussi particulièrement à une république de Cuba qui, dans les années 1910, devient une plaque tournante facilitant l’entrée aux États-Unis des Syro-libanais (celle du Bilad al Sham « Little Syria in New York », The Guardian, 28 XII 2015) et des Chinois qui forment alors la plus importante communauté asiatique après celle des États-Unis. La décennie suivante - les années 20 - assiste à l’arrivée d’une émigration européenne qui fuit la Crise de l’après-guerre, voire l’accueil de cadres politiques persécutés en Europe (les anarchistes comme Durruti et d’autres). Le difficile exil des Juifs européens (Samuel Lesnik, Fabio Grobart, etc.), le cortège des exilés républicains espagnols après 1938-39 (Naranjo Orovio, Cuadriello), leur sélection officielle et leur intégration, puis celui des Européens fuyant la Seconde Guerre mondiale, qui caractérise les années 30-40, seront aussi observés (épopée du paquebot Saint-Louis parti d’Hambourg en 1939).

On s’intéressera finalement à l’époque contemporaine, celle des 57 années de la Révolution. Les réfugiés et les exilés qui ont construit et caractérisé l’époque primo révolutionnaire (l’accueil de combattants indépendantistes algériens puis africains sub-sahariens, les relations avec les combattants afro-américains étasuniens (Black Panthers, présence de Stokely Carmichael à la Conférence de la Tricontinentale), le refuge des Draft-dodgers étasuniens fuyant la conscription obligatoire qui les menait au Viêt-Nam ; puis la relation privilégiée, à partir de la Déclaration de La Havane et la création de la OLAS à la suite de l’OSPAAAL (1966-1967) qui conduit à la formation, voire l’entraînement militaire, de militants de la gauche révolutionnaire latino-américaine à partir de 1961. Puis, dix ans plus tard, l’accueil des exilés (pas toujours volontaires) en provenance de divers pays d’Amérique latine. D’abord, à partir de 1965-1968, de ceux fuyant la dictature brésilienne, puis de celles du Cône sud (notamment d’Uruguay (mars 1973), du Chili (septembre 1973), d’Argentine (mars 1976), etc., et qui débouche à la fin des années 70 / début 80 sur les actions libératoires en Afrique australe (Angola,…) et en Amérique centrale (Nicaragua entre autre). La formation de médecins, instituteurs, etc., en provenance d’Afrique et d’Amérique latine, leur rôle dans le monde, sera aussi étudiée.

On profitera de l’occasion offerte pour affiner la définition et préciser l’étendue des champs recouverts par les concepts d’asile et d’exil, puisque au-delà d’une simple différence entre les motifs politiques et les nécessités économiques, on risque d’observer une porosité et parfois même une interrelation.

Mais on s’interrogera surtout pour savoir jusqu’à quel point, depuis le XIXe siècle, la réalité insulaire et la position géopolitique particulière de l’Ile (objet de convoitise entre divers empires, située à la frontière entre le monde latin et anglo-saxon, etc.), ont été des constantes qui ont marqué l’histoire et la construction nationale cubaine ; ou si au contraire, la rupture de 1959 permet l’avènement d’un nouveau schéma politique dans les rapports induits par l’évolution des relations internationales dans le cadre de la Guerre froide.

On questionnera la politique d’accueil pour savoir si elle est une constante historique, ou si, au contraire, elle a évolué. Et jusqu’à quel point, à partir de 1959, elle était intrinsèquement liée au caractère révolutionnaire et tiers-mondiste du régime et elle a participé à sa survie politique en développant un nouvel équilibre de forces vis-à-vis de l’adversaire étasunien, tout en favorisant un rapprochement salutaire avec le Tiers monde.

On s’intéressera par conséquent à l’organisation des échanges et au renforcement des propositions politiques qui intégraient le changement révolutionnaire comme base d’action et dont certains protagonistes devinrent de nouveaux acteurs des Relations internationales. Et finalement, jusqu’à quel point il y a eu construction d’une nouveauté politique et interrelation d’influences, tout en privilégiant l’écriture d’une histoire mémorielle qui jusqu’à présent était enfouie dans les impératifs de l’action secrète et de la clandestinité.

Un espace important sera réservé aux résonnances littéraires qu’ont suscitées ces déplacements, ces rencontres et ces installations dans l’Île, d’écrivains qui d’Hemingway à René Depestre –entre autres- furent nombreux ; ou ceux qui, venant d’ailleurs, fréquentèrent la Casa de las Américas. Et le point de vue des femmes sera privilégié (genre, histoire et « races », féminismes), en tant qu’écrivaines ou en tant que militantes politiques et/ou féministes (Julia de Burgos (Porto Rico), Camila Henríquez Ureña (République dominicaine), Angela Davis (Californie-USA), Lourdes Casal (New York), Aïtana Alberti (Espagne), ou les relations que purent entretenir avec l’Île Ana Lydia Vega (Porto Rico), Juana María Cordones-Cook (Uruguay-USA), Maryse Condé (Caraïbe francophone). Il conviendra aussi d’observer les retours à Cuba d’intercontinentaux, entre Amérique Nord-Sud et aussi Europe, afin d’illustrer un dialogue intertextuel et interculturel depuis la Caraïbe, avec des figures (féminines) du monde littéraire et intellectuel auxquelles elles ont aussi rendu hommage. Elles illustrent des périodes actives de l’histoire des idées postcoloniales à Cuba (des avant-gardes à la Révolution) et des représentations décentrées (de l’Europe ou des États-Unis).

Toutes les propositions concernant Cuba, et en relation avec celle-ci et même depuis des entités extérieures à l’Amérique latine, de la Caraïbe, d’Europe, des États-Unis, d’Afrique et d’Orient, sont les bienvenues et, dans un esprit d’interrelation, seront examinées avec attention par le Comité organisateur.

Dans un second temps, les articles – exclusivement les inédits - retenus par le Comité scientifique pourront faire l’objet d’un ouvrage produit au sein des publications de l’université de Lyon 2

Les propositions doivent être envoyées avant le 30 août 2016 à coloquiocuba chez gmail.com accompagnée d’un résumé de 500 mots environ, une mention des informations professionnelles (institution, labo) et un court CV qui comprend une liste des publications.

Comité organisateur : Alvar DE LA LLOSA, Sylvie BOUFFARTIGUE, Sandra HERNANDEZ, Salim LAMRANI

Comité scientifique :

- Luisa Campuzano (univ. de La Havane)
- Ana Cairo (univ. de La Havane)
- Piero Gleijeses (Johns Hopkins University – Baltimore, Maryland)
- Consuelo Naranjo Orovio (Consejo Superior de Investigaciones Científicas – Madrid)
- Josef Opatrny (univ. Karolina de Prague – République Tchèque)
- James Cohen (univ. Paris 3)
- Paul Estrade (univ. Paris 8)
- Hortense Faivre d’Arcier (univ. Paris 1)
- Renée Clémentine Lucien (univ. Paris Sorbonne)
- Françoise Moulin-Civil (univ. Cergy Pontoise)

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