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Appel à contributions : « Les voyageuses dans l’océan Indien (XIXe-première moitié du XXe) », ouvrage collectif dir. CRESOI & D.I.R.E. (Univ. de La Réunion)

lundi 17 octobre 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Date limite de soumission : jeudi 15 décembre 2016

Ouvrage collectif dirigé par les Historiens du Centre de recherches et d’études sur les Sociétés de l’océan Indien (CRESOI) de l’Unité de recherches Océan Indien/Espaces et sociétés associés aux chercheurs du centre de recherches D.I.R.E. (Déplacements, Identités, Regards, Ecritures) de l’Université de La Réunion.

Ces recherches s’inscrivent dans les programmes menés par le CRESOI. Elles prolongent de multiples travaux qui ont abordé l’histoire du voyage lointain dans l’océan Indien à travers ses vocations exploratoires, missionnaires, militaires, administratives, scientifiques le plus souvent à des fins coloniales. Le voyage s’examine ici autant comme un déplacement qu’une appréhension de l’ailleurs et une transformation de soi au contact de l’Autre. A l’image d’un Alfred Grandidier (J.E.Monnier, 2013), les travaux se sont focalisés pour grande part sur les hommes qui ont quitté leur port d’attache pour découvrir et baliser de nouveaux espaces. En complément, d’autres recherches se sont intéressées à l’émergence de l’aventure au féminin en France (V. Boulain, 2012) depuis le milieu du XIXe siècle. Ces enquêtes ont permis d’identifier différentes figures féminines du déplacement. Dans un contexte où la sédentarité est considérée comme une valeur « hautement féminine », la mise en mouvement des femmes (M. Perrot, 2005), leur désir de nouveaux territoires, leurs revendications d’autres pratiques et usages attirent l’attention. Le départ est révélateur d’une forme de transgression sociale qui rejoint un goût prononcé pour la liberté et l’émancipation. Ces femmes qui voyagent seules présentent donc nécessairement un profil particulier qu’il revient à l’historien (ne) d’analyser et de comprendre. Questionnant les glissements terminologiques de la « grande voyageuse », à « l’exploratrice », puis à la « sportive », ces travaux les inscrivent dans une périodisation qui met à jour les mécanismes de démocratisation et d’individualisation de l’aventure des femmes au tournant du XXe siècle.

La présente recherche d’histoire culturelle et des représentations croise l’histoire coloniale, celle de l’aventure et du voyage (S.Vénayre, 2000, 2012), enfin l’histoire des femmes et du genre (Revue Clio 28, 2008). Elle se nourrit des outils d’analyse et résultats des études littéraires sur le récit (CLRV, Paris IV) ou la presse de voyage (CSLF, Paris Ouest Nanterre), source délicate mais incontournable en la matière.

Appartenant désormais à un champ universitaire reconnu, l’histoire des voyageuses a déjà donné lieu à une abondante production scientifique riche de collectes biographiques. Nous nous inscrivons dans l’ensemble de ces orientations bibliographiques et conceptuelles et souhaitons les approfondir par l’étude des femmes voyageuses dans un espace géographique particulier : l’océan Indien.

Espace immense couvrant plus de 75 000 000 km2, l’océan Indien, appelé au XIXe siècle océan oriental ou mer des Indes, est limité au Nord par l’Inde et l’Iran, à l’Est par la Birmanie, la Thaïlande, la Malaisie, l’Indonésie et l’Australie, à l’Ouest par l’Afrique et la péninsule arabique. Au Sud, il se prolonge par l’océan austral. Il se caractérise par un très grand nombre d’îles parmi lesquelles :

  • les îles du sud ouest de l’océan Indien : Madagascar et l’archipel des Comores, les Seychelles, les îles Mascareignes : Réunion et Maurice.
  • les îles de Zanzibar et Socotra
  • Les îles Maldives et Sri Lanka (Ceylan)
  • Les îles indonésiennes : Java, Sumatra, Bali
  • Les îles australiennes
  • les îles australes et antarctiques.

Au cours de la période 1850-1939, ces territoires passent pour la plupart sous domination européenne, sous l’emprise des colonisations britannique, française, néerlandaise ou allemande. Le trafic maritime connaît une radicale transformation à compter de l’ouverture du canal de Suez en 1869. En rapprochant l’Europe des pays bordiers de l’océan Indien et du Pacifique, le percement de l’isthme opère une véritable révolution commerciale, économique et culturelle. Que disent les voyageuses de ces rivages, de la mer, des peuples, des organisations sociales et politiques de cet espace géographique ? Si le parcours est une construction de l’esprit autant qu’une typologie (Rachel Bouvet, 2006), en quoi ces voyageuses contribuent-elles par leurs récits de vulgarisation ou leurs conférences dans des sociétés savantes, à la construction d’un imaginaire de l’océan Indien ? Quels sont leurs itinéraires recommandés, leurs étapes obligatoires, les prétendus risques à éviter, les expériences à vivre, les dépaysements promis dans ces territoires du lointain ? Existe-t-il finalement une pratique spatiale de sexe (Jacqueline Coutras 1987, 1996) dont témoigneraient les voyageuses par l’écriture ou la photographie de l’océan Indien ?

Intuitivement, la périodisation retenue dégage deux grands moments du voyage féminin que l’enquête permettra d’affiner.

Le premier qui court du début du XIXe aux années 1890 révèle les premières initiatives, les expériences pionnières, les figures que l’on a pu qualifier de « grandes voyageuses ». Les conditions du voyage, les routes empruntées, les contacts avec les populations locales relèvent de l’inconnu, de la soif de découverte et de la prise de risque. Notre ambition vise à sortir de l’ombre les exploratrices qui ont fait de l’océan Indien ou de ses rivages leur terrain d’aventure.

Le second s’observe à compter des années 1890 dans le contexte de l’installation des empires coloniaux. Le voyage féminin devient plus fréquent, plus organisé, soutenu par des organes de presse, des institutions scientifiques, éducatives ou commerciales au début du XXe siècle. Les femmes qui voyagent sont des géographes, des journalistes-reporters, des écrivains, des photographes, des navigatrices, des aviatrices…C’est le second axe de notre enquête qui s’interroge sur les fonctions du voyage féminin dans les processus de colonisation. Notre étude s’achève avant la seconde guerre mondiale, avant donc la réelle démocratisation du voyage et l’avènement à proprement parler du tourisme de masse.

La collecte de ces données de première main (préparation matérielle du périple, déroulement organisationnel…), le croisement des itinéraires au cours des différents périples devraient faire émerger des figures représentatives des mutations et des enjeux du voyage féminin au cours des XIXe et début XXe siècle.

Modalités de soumission des textes et calendrier éditorial

Les textes peuvent être présentés en langue française et en langue anglaise.

Les propositions doivent être envoyées dans un premier temps sous la forme d’un titre et d’un résumé de 250 mots (times 12), accompagnés d’une notice biographique succincte au plus tard le 15 décembre 2016.

Les résumés seront soumis au Comité scientifique qui statuera sur la recevabilité avant le 15 janvier 2017.

Les articles dans leur version finale comporteront entre 40 000 et 50 000 signes (times 12) et seront à expédier avant le 15 juin 2017.

Tous les textes sont à envoyer simultanément aux deux adresses mail suivantes :

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