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Association pour l’étude de la colonisation européenne (1750-1850) // Séance du 28/05/2016 : Silyane Larcher, « L’idée républicaine chez les insurgés du Sud en Martinique, 22-26 septembre 1870 »

jeudi 26 mai 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Séance du 28 mai 2016 : Silyane Larcher, « L’idée républicaine chez les insurgés du Sud en Martinique, 22-26 septembre 1870 »

Pour accéder à la Sorbonne et assister à la séance du samedi 28 mai 2016—14 h 30, se munir d’une pièce d’identité. La séance sera précédée par l’assemblée générale de l’APECE qui se tiendra à 14h

L’APECE a pour objectif de « favoriser les recherches et leur diffusion autour de la période dite « intermédiaire » entre les deux grandes phases de l’expansion coloniale européenne. C’est-à-dire entre l’apogée de la colonisation plantationnaire esclavagiste et sa remise en cause puis sa destruction plus ou moins radicale selon les lieux et les temps, ouvrant la voie à la « colonisation nouvelle » qui répudiait la traite et l’esclavage et se fixait une « mission civilisatrice » envers les peuples extra-européens... »

Programme des séances pour l’année 2015-2016

  • 19 septembre 2015 // REPORT AU 16 janvier 2016  : Marcel Dorigny et Bernard Gainot, présentation de l’Atlas des premières colonisations Éditions Autrement, 2013 et de L’Empire colonial français de Richelieu à Napoléon, Armand Colin, 2015
  • 3 octobre 2015 : Jean-Charles Benzaken, Une biographie révolutionnaire, l’exemple de Louis Pierre Dufaÿ
  • 14 novembre 2015 : Marie Hardy, Maîtres et esclaves caféiers : un groupe social à part ? Nouvelle approche de l’histoire sociale martiniquaise des XVIIIe et XIXe siècles

« L’historiographie antillaise n’a donné jusqu’ici qu’une vision tronquée de la société martiniquaise. Les travaux scientifiques portant sur l’ère coloniale se sont très tôt autocentrés sur l’économie plantationnaire sucrière à moteur externe, mais cette dernière n’a guère occupée plus de la moitié de la population de l’île au XVIIIe et dans la première moitié du XIXe siècle. Pour une grande majorité, la masse laborieuse libre ou esclave se répartit entre les villes et les exploitations de type « secondaire ». À mesure de l’appréhension de l’univers caféier, un monde à part se profile, divergent de l’élite sucrière qui apparaissait jusqu’ici comme le modèle représentatif de la population blanche propriétaire terrienne. Un groupe intermédiaire est mis en place révélant des habitants caféiers économiquement faibles, au mode de vie difficile, présentant des comportements matrimoniaux endogames aussi bien spatialement que socialement.

Cette analyse met en relief un corps social pluriel dans lequel les femmes, les libres de couleur, et avec l’abolition de l’esclavage les nouveaux libres tiennent une place de choix. De l’autre côté de la barrière, les esclaves ont eux aussi un profil particulier, ils évoluent au sein de petites unités de plantation sur lesquelles les marges de manœuvre sont plus larges qu’au sein des grandes habitations des plaines cannières. Ce travail a l’avantage de combler un important vide historiographique en matière d’histoire sociale de la Martinique, ainsi que de renouveler le concept de société d’habitation à travers la mise en perspective d’une catégorie sociale jusque-là restée inaperçue. »

Marie Hardy a soutenu une thèse de doctorat consacrée au Monde du café à la Martinique du début du XVIIIe siècle aux années 1860. Cette thèse a reçu le prix Maryse Condé 2014 attribué par le Comité national pour l’histoire et la mémoire de l’esclavage (CNMHE). Elle sera publiée en 2016 par les Presses Universitaires de Rennes.

  • 12 décembre 2015 : Caroline Oudin-Bastide et Philippe Steiner, Calcul et morale ? Coûts de l’esclavage et valeur de l’émancipation (18e -19e siècle)

« En 1771, dans deux articles publiés dans les Ephémérides du Citoyen, Pierre-Samuel Du Pont introduit dans le débat sur l’abolition de la servitude un élément rhétorique inédit : le calcul. Il en restera partie prenante jusqu’à l’abolition de la servitude. En démontrant que les maîtres et/ou la nation toute entière trouveraient leur intérêt dans l’emploi d’une main-d’œuvre libre dans les colonies, les calculateurs abolitionnistes prétendent mettre au jour l’irrationalité des défenseurs coloniaux et métropolitains de la servitude ; leur dessein est d’éclairer les divers collectifs sur leur véritable intérêt qui coïncide avec le juste.

Accusant les antiesclavagistes de se laisser aveugler par leurs principes philanthropiques, les colons revendiquent pour leur part la parfaite rationalité du système esclavagiste, seul capable, au moins dans le court et moyen terme, de préserver les intérêts de tous. Les calculs de coûts comparatifs du travail libre et du travail débouchent sur une réflexion sur la productivité des esclaves et des travailleurs libres et, au-delà, sur le statut le plus propre à développer les potentialités laborieuses des affranchis. »

Vient de paraître : Caroline Oudin-Bastide et Philippe Steiner, Calcul et morale. Coûts de l’esclavage et valeur de l’émancipation (XVIIIe-XIXe siècle), Albin Michel, 2015 (L’évolution de l’humanité), 304 p. ISBN : 9782226253811 Prix : 24 € (existe aussi en version numérique).http://www.albin-michel.fr/Calcul-et-morale-EAN=9782226253811

  • 9 janvier 2016 : « Des Nègres, rien que des Nègres » : la reconversion d’ex-officiers bonapartistes en planteurs esclavagistes en Alabama et Louisiane

« Il y a tout juste deux cents ans, le 12 janvier 1816, les députés de la Chambre introuvable votaient la loi dite d’amnistie qui avait la particularité, non d’amnistier, mais au contraire d’expulser de France les conventionnels régicides et relaps encore en vie. Cette loi s’ajoutait à l’ordonnance du 24 juillet 1815 qui avait condamné à mort ou à l’exil les officiers généraux qui s’étaient compromis sous les Cent-Jours, et plus particulièrement à Waterloo. Un grand nombre d’entre eux n’eut d’autre choix que l’exil aux États-Unis d’Amérique, où ils débarquèrent de 1815 à 1818 pour l’essentiel. Derrière ces figures révolutionnaires et bonapartistes, des milliers d’autres français franchirent l’océan pour fuir la politique réactionnaire de la seconde Restauration ou une conjoncture économique défavorable. Outre-Atlantique, ces gens, de toutes conditions et de toutes origines, retouvèrent les ex-colons de Saint-Domingue que la révolution noire avait chassés de leur île dès 1791. Nouveaux et anciens émigrés s’entendirent à Philadelphie pour créer une Société coloniale avec l’appui du gouvernement américain et l’aval de la représentation diplomatique française. C’est ainsi que la loi du 3 mars 1817 leur accorda des terres occupées jusque-là par les Indiens en Alabama à des conditions financières avantageuses, mais sous réserve d’y cultiver la vigne et l’olivier.

Sur place, les adeptes du retour à la nature cher à Jean-Jacques déchantèrent face aux difficultés innombrables dont ils n’avaient eu jusque-là aucune idée : l’absence de routes, de villes, de terres défrichées ; la rareté et la cherté des vivres ; la concurrence illégale de squatters américains ; des conditions climatiques éprouvantes, les fièvres souvent fatales ; le manque de vignerons, voire de main d’œuvre simplement qualifiée pour se livrer à tous types de travaux agricoles, etc.

Dans le Sud des États-Unis, là où les esclaves faisaient partie intégrante du paysage, personne n’eut d’état d’âme chez les émigrants français pour recourir à la main d’œuvre servile, seul le défaut d’argent pouvait les en dissuader. Pour les réfugiés dominguois, anciens propriétaires d’esclaves qui n’espéraient qu’à le redevenir à grande échelle, c’était naturel, mais ce le fut tout autant pour les Français d’émigration récente, militaires ou civils, qui, eux, n’avaient eu, aux mieux, que de lointains contacts avec les Noirs résidant en métropole, libres ou esclaves. Si dans la correspondance des réfugiés dominguois, on lit sans surprise l’importance extrême qu’ils accordent à l’achat d’esclaves pour peupler leurs plantations, on peut s’étonner de la frénésie cupide avec laquelle d’ex-officiers lui accordent la même, voire plus grande importance : il leur faut des nègres absolument, par tous les moyens, quitte à les faire se reproduire à la façon des animaux domestiques, pour les sélectionner, les obtenir à meilleur coût, et vendre le surplus. Lors de la guerre de Sécession, les descendants des ces émigrants Français, réfugiés ou exilés, combattirent avec la dernière énergie la volonté du Nord d’abolir le système esclavagiste. »

  • 16 janvier 2016 : Marcel Dorigny et Bernard Gainot, présentation de l’Atlas des premières colonisations, Éditions Autrement, 2013 et de L’Empire colonial français de Richelieu à Napoléon, Armand Colin, 2015.
  • 13 février 2016 : Alessandro Tuccillo, Les États italiens et la campagne diplomatique anglo-française pour l’abolition de la traite des noirs dans les années 1830

Cette communication a porté sur des aspects sous-estimés de la campagne pour l’abolition de la traite des Noirs menée par le Royaume-Uni et, en second plan, par la France au cours des années 1830.

Après les résolutions du Congrès de Vienne (annexe 15 de l’acte final), cette campagne connaît un tournant décisif avec les deux traités anglo-français de 1831 et 1833 : dorénavant les deux puissances s’aident dans la lutte contre la traite en capturant les bâtiments suspects, en jugeant les marchands clandestins et en poussant d’autres pays à accéder aux traités pour la répression de la traite. L’importance de la dimension idéologique de cette démarche a été décrite par l’historiographie. D’ailleurs, l’éradication des pratiques esclavagistes fut un élément du discours impérialiste qui accompagna la colonisation européenne en Afrique au XIXe siècle.

Ce qui est moins connu c’est que cette campagne concerna aussi les États italiens, des pays qui n’avait ni de colonies à esclaves à administrer aux Amériques ni d’implications importantes avec les circuits du commerce négrier transatlantique. Les stratégies impériales britanniques et françaises utilisèrent ainsi une thématique atlantique pour étendre leur influence en Méditerranée : au cours des années 1830 le Royaume-Uni et la France imposèrent, à travers une forte pression diplomatique finalisée à l’accession aux traités de 1831 et 1833, l’adoption d’une législation abolitionniste au royaume de Sardaigne (1834), au grand-duché de Toscane (1837) et au royaume des Deux-Siciles (1838-1839). Notre objectif sera d’éclairer les enjeux politiques, économiques, culturels et religieux de ce déploiement méditerranéen de la campagne abolitionniste anglo-française ; des enjeux qui impliquèrent aussi l’Église de Rome.

  • 19 mars 2016 : Lionnel Trani, Le petit marronnage en milieu urbain en Martinique de 1803 à 1807

La communication a été centrée sur les aspects encore peu développés du phénomène de marronnage urbain en Martinique de 1803 à 1807.

Après la restitution de la Martinique à la France consulaire par la Paix d’Amiens (1802), la colonie fait figure d’exception tant par l’occupation britannique de l’île entre 1793 et 1802 que par la conservation de la société esclavagiste d’Ancien Régime. Pourtant, les habitants notables de la colonie restent inquiets concernant ce retour français. De plus, les troubles provoqués par la Révolution française depuis 1789 ainsi que la situation sociale et politique de Saint-Domingue ont fragilisé les sociétés coloniales.

Les esclaves constituent près de 80% de la population de la Martinique. L’économie sucrière domine les cultures coloniales tandis que le commerce est centré sur la ville de Saint-Pierre. Les conditions de vie des populations serviles sont très rudes dans les campagnes et les espaces urbains développés comme Saint-Pierre, Fort-Royal ou Trinité. Ils sont soumis à une forte violence physique et psychologique dans le but de les faire produire davantage. De plus, les rumeurs de complots d’esclaves, d’empoisonnement et les différents troubles sur les plantations favorisent la « psychose coloniale » au sein des planteurs. Le phénomène des fuites d’esclaves est présent dans toutes les sociétés pratiquant l’esclavage. En Martinique, la vision des administrateurs et des colons est souvent très alarmiste sur ce phénomène. Le maintien de l’ordre colonial va être au cœur de la politique française de 1802-1809. L’étude de ce phénomène nous a amené à nous intéresser au marronnage urbain. L’étude des annonces de marronnage dans la Gazette de la Martinique a permis de retracer une micro-histoire de ces femmes et hommes durant cette période. Le marronnage urbain est tout l’opposé du « grand marronnage », ces individus veulent se reconstruire en restant intégrés à la société coloniale. L’étude des populations marginalisées dans les colonies offrent une meilleure analyse des circulations à l’intérieur des espaces coloniaux et des stratégies de contournement de la société esclavagiste comme celle des esclaves marrons dans l’espace urbain.

L’objectif de cette intervention était d’analyser les conditions historiques de production des régimes mémoriels de l’esclavage dans la France contemporaine. D’une part, le régime mémoriel abolitionniste tend à commémorer la République et les métropolitains blancs qui ont œuvré à l’émancipation des esclaves en 1848. D’autre part, le régime mémoriel anticolonialiste, qui prend son essor dans les mouvements nationalistes des DOM au cours des années 1960-1970, célèbre les luttes anti-esclavagistes et les héros de couleurs qui ont contribué à la libération des esclaves. Enfin, le régime victimo-mémoriel, qui se développe surtout à partir desannées 1990, rend hommage aux souffrances des esclaves et s’inquiète del’aliénation des sociétés post-esclavagistes

  • 28 mai 2016 : La séance commencera par une Assemblée générale annuelle, à 14 h ; puis suivra la communication de Silyane Larcher, « L’idée républicaine chez les insurgés du Sud en Martinique, 22-26 septembre 1870 »
  • 11 juin 2016 : journée d’étude sur la « Colonisation nouvelle » ; le programme sera précisé ultérieurement.

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