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Colloque : « Figures et figurations des terroristes : enjeux postcoloniaux » (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, 23-24/03/2017) — Paris, Université Sorbonne Nouvelle — 23-24 mars 2017

vendredi 3 mars 2017, par Dominique Taurisson-Mouret

  • Colloque organisé par Elara Bertho, Catherine Brun, Xavier Garnier (UMR 7172/THALIM, Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3), avec le soutien de l’UMR THALIM, du CR et des RI de l’Université Sorbonne nouvelle
  • Maison de la recherche de la Sorbonne Nouvelle, Salle Athéna le 23 mars, salle du Conseil le 24 mars - 4, rue des Irlandais, Paris, France (75005)
Programme

L’ère du terrorisme global dans laquelle nous sommes entrés a mis en scène de redoutables figures publiques dont le potentiel de fascination reste à interroger. Les T-shirts à l’effigie de Ben Laden se portaient très couramment en Afrique subsaharienne dans les années 2000, après les événements du 11 septembre, comme si la charge sulfureuse de ce personnage avait été aussitôt assimilée et neutralisée par le corps social. Cette nouvelle configuration des réseaux d’appartenances à l’échelle mondiale autour des actes terroristes n’est sans doute pas étrangère aux enjeux potscoloniaux du monde contemporain et à la façon dont les logiques impériales perturbent les identités et les jeux d’identifications. Nous proposons d’interroger dans ce colloque la pertinence de la dimension potscoloniale du terrorisme mondialisé.

Dans Les Bannières de la révolte, l’historien Benedict Anderson[1] montre comment la résistance des colonisés à la fin du XIXe a pu faire corps avec l’anarchisme européen et ses modes opératoires. L’Agent secret [1906] de Joseph Conrad a souvent été lu à l’aune de la crise que traverse l’empire colonial britannique au tournant du siècle. La préface de Sartre aux Damnés de la terre de Frantz Fanon a durablement orienté une lecture de cet ouvrage, et en particulier les chapitres sur la violence, dans le sens d’une apologie du terrorisme. Enfin, on pourrait multiplier les exemples d’auteurs issus aussi bien de ce qu’Achille Mbembe appelle la postcolonie, que des anciennes puissances coloniales, posant directement la question du terrorisme dans leurs œuvres. Comment interroger la figure du terroriste dans l’histoire coloniale et postcoloniale ? Quels usages sont faits d’une telle figure ? Pour servir quels états d’urgence ? Comment traite-t-on cette menace absolue, potentiellement dissimulée sous les traits du colonisé ou du migrant, depuis les conquêtes coloniales jusqu’à nos jours ? Le fait-on de la même façon ici et là ?

Parce que la controverse, notamment juridique, sur la définition du terrorisme[2] reste ouverte, et que l’accusation de terrorisme est toujours réversible, la question des modalités de figuration du terroriste est importante. La lecture des textes littéraires est susceptible de nous aider à comprendre ces processus, qui semblent échapper aux définitions traditionnelles du personnage. Tout se passe comme si la « terreur » que provoquent les actes terroristes communiquait une énergie noire à ces figures, qui se réclament d’elle et y trouve leur tension. Comment dire ces figures spectrales, nées d’un acte de terreur, qui hantent les textes et les imaginaires ? Comment les fictions peuvent- elles mettre en mots le devenir-terroriste d’un personnage ? Quels pouvoirs imageants sont conférés à ces figures de terroristes, dont les noms inquiètent autant qu’ils fascinent ? Quelle(s) voix leur prête-t-on ? Quelle énergie cette fascination mortifère met-elle en jeu ? Si, comme on le dit souvent, la radicalisation précède la conversion idéologique, la figure du terroriste n’est-elle pas un élément-clé de cette opération ?

Parce que le monde postcolonial est un champ de forces toujours instable, le corpus littéraire qui s’y rattache abonde en personnages radicaux, nourris de violence, dont la configuration textuelle n’est pas étrangère aux représentations médiatiques de la figure du terroriste. L’analyse par les littéraires des processus de figuration du terroriste est un enjeu politique important du monde contemporain, notamment pour éviter que ne prospèrent dans les médias de masse les instrumentalisations abusives.

Programme

Jeudi 23 mars 2017 Maison de la recherche (4 rue des Irlandais, 75005), Salle Athéna

9h15 : Accueil des participants

9h30 Introduction à trois voix (Elara Bertho, Catherine Brun, Xavier Garnier)

10h-10h40 : Archéologie/Genèses Présidence : Martin Mégevand (Université Paris 8)

10h-10h20 : Michel Arouimi (Université du Littoral) : « Anticipation des terrorismes dans L’Agent secret de Conrad »

10h20-10h40 : Rémi Baudouï (Université de Genève) : « Albert Camus et la construction de la figure du terroriste : “Situation coloniale” du terrorisme et perspectives post-coloniales »

10h40-11h : Discussion

11h-11h15 : Pause

11h15-12h15 : Devenir terroriste Présidence : Tiphaine Samoyault (Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

11h15-11h35 : Grégory Cormann et Jeremy Hamers (Université de Liège) : « Amok. De quelques perdants radicaux chez Hans Magnus Enzensberger »
11h35-11h55 : Crystel Pinconnat (Aix-Marseille Université) : « Terroristes présumés »
11h55-12h15 : Marie Sorel (Université Sorbonne nouvelle) : « Soldat d’Allah (2014) de Christian Authier : portrait d’un chevalier “né trop tard ou trop tôt” (en 1969) »

12h15-12h45 : Discussion

14h30-16h : Nommer, désigner Présidence : Elara Bertho (Sorbonne nouvelle-Paris 3)

14h30-14h50 : Olivier Penot-Lacassagne (Université Sorbonne nouvelle) : « La cause des peuples : nations vs nationalisme » (l’exemple basque)
14h50-15h10 : Cécile Chatelet (Université Sorbonne nouvelle) : « Les terroristes terrorisés d’Antoine Volodine, discours révolutionnaires et attentat littéraire en milieu post-exotique »
15h10-15h30 : Tina Harpin (Université de Guyane) : « Figurations romanesques et poétiques de l’action violente anticolonialiste en Guadeloupe, en Martinique et en Guyane (1950-1980) : réflexion sur un non-dit »

15h30-16h : Discussion

16h-16h15 : Pause

16h15-17h45 : Points de vue Présidence : Catherine Brun (Sorbonne nouvelle-Paris 3)

16h15-16h35 : Caroline Thiéblemont (Université Sorbonne nouvelle) : « Des Justes de Camus à la scène contemporaine : évolution de l’évocation du terroriste au théâtre ».
16h35-16h55 : Mounira Chatti (Université de Bordeaux) : « La figure ambiguë du terroriste »
16h55-17h15 : Lisa Romain (Université Charles de Gaulle – Lille 3) : « La représentation du terroriste dans À quoi rêvent les loups de Yasmina Khadra et Le Serment des barbares de Boualem Sansal : composer avec une réception postcoloniale ? »

17h15 : Discussion

Vendredi 24 mars 2017 Maison de la recherche (4 rue des Irlandais, 75005), Salle du Conseil

9h30-11h : Singulier/Pluriel (I) Présidence : François Zabbal (rédacteur-en-chef de Qantara)

9h30-9h50 : Florian Alix (Université Paris-Sorbonne) : « Le terroriste et la culture : roman d’espionnage et intertextualité savante chez Wajdi Mouawad, Abdourahaman A. Waberi et Dominique Eddé »
9h50-10h10 : Chloé Chaudet (Université Paris-Sorbonne) : « I, too, found myself understanding the killer » : les figures de terroristes dans l’œuvre de Salman Rushdie, incarnations d’une hybridité problématique
10h10-10h30 : Louiza Kadari (Université Sorbonne nouvelle) : « Figures et figurations des terroristes dans les « nuits sauvages » de Mohammed Dib »

10h30-11h : Discussion

11h-11h15 : Pause

11h15-11h55 : Singulier/Pluriel (II) Présidence : Xavier Garnier (Sorbonne Nouvelle – Paris 3)

11h15-11h35 : Chloé Tarzartez (Université Rennes 2) : « Les “inquiétudes bringuebalantes” chez Laila Halaby et Mahi Binebine »
11h35-11h55 : Claire Gallien (Université Montpellier 3 / CNRS) : « Lorsque poèmes et récits deviennent “menaces sécuritaires” : Interventions littéraires du “terroriste” et interventions “terroristes” du littéraire »

11h55-12h15 : Discussion

14h-15h50 : Transfigurer Présidence : Catherine Coquio (Université Paris Diderot)

14h-14h20 : Christina Horvarth (University of Bath) : « Écrire contre les stéréotypes : la figure du terroriste dans le récit de banlieue »
14h20-14h40 : Ninon Chavoz (Université Sorbonne nouvelle) : « Le peintre et le terroriste : enjeux d’une figuration anti-médiatique »
14h40-15h : Ève Morisi (Université d’Oxford) : « Re-figurer le terrorisme islamiste : Sansal après Orwell »

15h-15h30 : discussion

15h30-16h : Pause

16h -17h : Discussion générale

Comité scientifique

  • Catherine Coquio (Paris Diderot)
  • Dominique Combe (Ens Ulm)

  • Jane Hiddleston (Oxford University)
  • François Zabbal (Institut du Monde Arabe)

[1] Benedict Anderson, Les Bannières de la révolte. Anarchisme, littérature et imaginaire anticolonial. La naissance d’une autre mondialisation, Paris, La découverte, 2009 [Under three flags. Anarchism and Anticolonial Imagination, London, Verso, 2005].

[2] La définition proposée par l’assemblée générale de l’ONU peut servir de point de repère : « Actes criminels qui, à des fins politiques, sont conçus ou calculés pour provoquer la terreur dans le public [...] ».

Colloque
Du 23 au 24 mars

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