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Colloque international : « Le Porteur. À propos de la réception littéraire, photographique, filmique et artistique d’une figure porteuse de l’histoire coloniale » (Saint-Denis de La Réunion, 2-4/05/2016)

jeudi 28 avril 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

L’histoire de l’expansion européenne et de la colonisation ne peuvent pas être pensées sans certaines figures centrales : les porteurs font partie de celles-ci. Ce sont eux qui ont permis l’avancement dans les terres des découvreurs européens, par leurs connaissances du pays à soumettre, mais aussi par la force de leurs muscles qu’ils mettaient au service des étrangers – de façon volontaire ou forcenée.
Comme les porteurs étaient le plus souvent recrutés par groupes, l’individu n’était pas distingué en tant que tel par les européens, mais s’égrenait dans le collectif. De ce fait, leur rôle central en tant que médiateurs entre les cultures, aux niveaux économique, politique ainsi que sociétal, est le plus souvent sous-estimé.
Ce paradoxe se reflète dans les récits de voyage, mais aussi dans la représentation visuelle (photographie, film, peinture, etc.) du travail qu’ils accomplissent. D’un côté s’est forgé, en un véritable topos, le motif du porteur révolté et désobéissant, avec le danger qui en résulte pour le pouvoir colonial. Celui-ci implique, paradoxalement, la conscience des Européens qu’une expédition (de taille indifférente) ainsi que l’organisation et la construction d’une infrastructure coloniale (par exemple les réseaux de chemin de fer) n’étaient pas pensables sans porteurs. D’un autre côté, en dépit de cette conscience d’être dépendants des porteurs, on remarque un effort des Européens de s’auto-représenter comme les vrais porteurs, ceux qui portent la part la plus lourde : la responsabilité. Ce que Hannah Arendt appelle « le monopole total de responsabilité » (« totales Verantwortungsmonopol ») est fondateur pour une représentation qui est censée rendre plausible la passivité des porteurs et leur incapabilité de « faire bouger » l’histoire.

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