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« Écrire l’histoire des maquis et des luttes clandestines au Cameroun. Au-delà de la mémoire éclatée », Appel à contribution Intel’Actuel, 2018

Appel à contribution pour la Revue Intel’Actuel, Revue de Lettres et Sciences Humaines-Université de Dschang
Coordination : Noumbissie M. Tchouaké & Robert Fotsing Mangoua (Université de Dschang)

« Le maquis, dans son sens premier, n’est pas assimilé aux luttes clandestines, il est une formation végétale dense et difficilement accessible. Au fil des années, et des moments de contestations des pouvoirs, il devient le lieu de refuge impénétrable pour ceux qui veulent se soustraire aux règles et lois établies. Durant la deuxième guerre, dans une France sous occupation allemande, le mot maquis prend une forte connotation idéologique, politique et militaire. Au-delà d’être « un groupement d’hommes rassemblés illégalement dans un massif forestier ou un village isolé » (F. Marcot), « prendre le maquis » s’apparente à rentrer en résistance. Le rôle du maquis devient ainsi, celui de détourner les populations des séductions de l’occupant allemand (H. Amouroux,). Au lendemain de la guerre, après la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie, en France, les maquisards sont affublés des qualificatifs d’héroïsme, d’abnégation et d’honneur. Cette lutte clandestine contre l’oppression nazie, autant que les retombées de la révolution française, affecte les mentalités des opprimés de par le monde et influencent de nombreuses autres luttes, notamment celles de décolonisations.

Au Cameroun, dans le processus de décolonisation, de nombreux Camerounais passent de la dissidence à la lutte clandestine. Pour structurer leur capacité à dire non à la colonisation française, ils prennent le chemin du maquis. Ruben Um Nyobe, Secrétaire Général de l’UPC, mouvement interdit en juillet 1955 et dans la clandestinité, considère que : « Traqués par les colonialistes, [les militants de l’UPC] ont été contraints de se retirer de la vie publique ». De même, pour lui, être dans le maquis est tout simplement la continuation du travail de militant dans l’ombre. Cette perception du processus de libération entre en contradiction avec l’interprétation que fait une partie importante des acteurs de la décolonisation du Cameroun.

En 1957, quelques mois après les troubles et manifestations populaires qui engendrent les maquis, le nouveau Premier Ministre, André Marie Mbida, en visite dans la Sanaga Maritime (Boumnyebel), donne le ton de ce que représente « la critique du colonialisme par les armes » pour les héritiers de l’administration coloniale. En affirmant que : « l’UPC eut recours unilatéralement à la violence, à la force, à la guerre, pour imposer le commandement d’une infime minorité », non seulement il dépouille les hommes qui prennent le maquis de leurs objectifs politiques, mais il dessine les contours d’une nouvelle interprétation des luttes clandestines et surtout de la décolonisation.

L’Etat postcolonial camerounais assume négativement ce passé et sur-dramatise cette période de l’histoire en vue de la présenter comme une menace à la communauté nationale (R. Joseph). Car, si le mur de la peur, et surtout le discours illusoire sur l’unité nationale, sous le régime Ahidjo empêchent toute recherche sur la période et sur les « événements », après 1982, les diverses revendications politiques sortent du champ de l’historicité les événements liés aux troubles de la décolonisation.(J.B. Alima) « Contrairement à tous les pays du monde où les périodes de résistance nationale font partie des éléments structurants de l’identité d’un peuple et sont, à ce titre, gravées dans des monuments et des rites, le Cameroun est, paradoxalement, celui où le processus de lutte anticoloniale est paré de significations préfabriquées et fait, à ce titre, l’objet d’un tabou lorsqu’il n’est pas simplement effacé d’autorité ». (A. Mbembé). »


Page créée le jeudi 25 janvier 2018, par Dominique Taurisson-Mouret.


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