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« Écrire l’histoire des maquis et des luttes clandestines au Cameroun. Au-delà de la mémoire éclatée », Appel à contribution Intel’Actuel, 2018

Date limite de soumission : mercredi 28 février 2018

Le déclenchement du maquis a profondément marqué l’histoire politique du Cameroun. Il a suscité de nombreuses polémiques, des justifications et des condamnations. Nous avons l’opportunité de dépasser les clivages d’une mémoire éclatée. Les nombreuses années d’obstruction politique ont érigé des obstacles sur le chemin de la connaissance historique et mémorielle. Dénaturé par des luttes récentes, le maquis s’impose comme un objet de réflexion. Loin d’être l’apanage des historiens, la compréhension des maquis passe durant ces années d’esquives, d’autocensures par la voie de la littérature. Pour appréhender « le moment maquis » comme un concept d’études pluridisciplinaires, trois axes de questionnement peuvent, sans prétention à l’exhaustivité, être envisagés :

  • Naissance et nature des maquis
  • L’espace colonial et postcolonial confrontés au maquis
  • Acteurs et conséquences des luttes clandestines
  • Le travail de mémoire

1. Comment les hommes prennent le maquis.

Pourquoi, contrairement aux autres territoires sous domination française, la lutte armée fut nécessaire pour mettre fin à la colonisation au Cameroun ? Les luttes clandestines se constituent en nombre, au Cameroun sous administration française, au lendemain de l’interdiction de l’UPC. Interroger l’importance de l’engagement politique dans la décision d’embrasser la lutte clandestine nous semble opportun. A la question du comment naissent les maquis ? Le choix des lieux a une importance dans la stratégie des luttes contre le pouvoir colonial. Deux pôles de contestations fixent la lutte clandestine ; le pays bassa et le pays bamiléké. L’analyse comparative des deux espaces révèlerait sans aucun doute la nature des maquis.

2. L’espace confronté au maquis réagit.

Le gouvernement colonial aidé par une « coalition hétéroclite d’intérêts autochtones », structure la reconquête des lieux sous la domination des maquisards. Il est question de s’attarder sur les stratégies et les moyens utilisés. C’est l’occasion de questionner les méthodes et les moyens de contrôles de la communication et de la diffusion des idées. Reconnaissant que les maquisards ont un double objectif politique et militaire, la question de l’idéologie dans les maquis ne semble pas superflue.

3. Des hommes et le maquis.

Dans la lutte qui oppose le pouvoir colonial et le régime Ahidjo aux maquisards, des hommes se distinguent. Le parcours de ces acteurs permet de suivre l’évolution des formes et des épisodes des confrontations. Il est aussi question de relever l’incidence des luttes dans le développement des localités. Il est souvent question de la destruction du patrimoine, du déplacement des populations et de la disparition des villages. La nature des rapports entre les maquis et les populations permet d’examiner, d’une part les pratiques de pillages, les exactions et d’autres part celles de la collaboration et de la délation.

4. Le travail de mémoire.

Quelle place le maquis occupe-t-il dans la mémoire et l’imaginaire collectifs au Cameroun ? Quelles sont les manifestations, les traces ou les marques de cette place dans la société d’aujourd’hui ? Comment les arts et d’autres formes de représentation ou de communication puisent-ils dans l’événement du maquis pour en transmettre la mémoire, pour en célébrer ou condamner l’héritage historique ? Ce questionnement permettrait d’interroger le rapport des générations actuelles à l’histoire récente tout en questionnant les formes du travail et/ou du devoir de mémoire.
Envoi des projets d’articles

Les auteurs devront envoyer leur proposition d’article aux coordonateurs du numéro Noumbissie M. Tchouaké et Robert Fotsing Mangoua (Noumbissie.Tchouake chez univ-dschang.org) et Noumbissie chez gmail.com, (Robert.fotsing chez univ-dschang.org)

Cette proposition composée d’un titre et d’un résumé d’une page en français ou en anglais du projet d’article, ainsi que du nom, des coordonnées et de l’affiliation institutionnelle de l’auteur, pourra être envoyée jusqu’au 28 février 2018.

Calendrier récapitulatif, échéances

  • Réception des propositions 28 février 2018
  • Réponse des coordinateurs : 15 mars 2018
  • Réception des articles : 30 juin 2018
  • Retour des expertises des évaluateurs : juillet 2018
  • Version révisée : septembre 2018
  • Remise des versions définitives octobre 2018
  • Sortie du numéro : décembre 2018

Contacts

  • Noumbissie M Tchouake (Noumbissie [at] gmail [dot] com)
  • Robert Fotsing Mangoua (Robert [dot] fotsing [at] univ-dschang [dot] org)

Annonce from http://calenda.org/429926

Appel à contribution pour la Revue Intel’Actuel, Revue de Lettres et Sciences Humaines-Université de Dschang
Coordination : Noumbissie M. Tchouaké & Robert Fotsing Mangoua (Université de Dschang)

« Le maquis, dans son sens premier, n’est pas assimilé aux luttes clandestines, il est une formation végétale dense et difficilement accessible. Au fil des années, et des moments de contestations des pouvoirs, il devient le lieu de refuge impénétrable pour ceux qui veulent se soustraire aux règles et lois établies. Durant la deuxième guerre, dans une France sous occupation allemande, le mot maquis prend une forte connotation idéologique, politique et militaire. Au-delà d’être « un groupement d’hommes rassemblés illégalement dans un massif forestier ou un village isolé » (F. Marcot), « prendre le maquis » s’apparente à rentrer en résistance. Le rôle du maquis devient ainsi, celui de détourner les populations des séductions de l’occupant allemand (H. Amouroux,). Au lendemain de la guerre, après la victoire des alliés sur l’Allemagne nazie, en France, les maquisards sont affublés des qualificatifs d’héroïsme, d’abnégation et d’honneur. Cette lutte clandestine contre l’oppression nazie, autant que les retombées de la révolution française, affecte les mentalités des opprimés de par le monde et influencent de nombreuses autres luttes, notamment celles de décolonisations.

Au Cameroun, dans le processus de décolonisation, de nombreux Camerounais passent de la dissidence à la lutte clandestine. Pour structurer leur capacité à dire non à la colonisation française, ils prennent le chemin du maquis. Ruben Um Nyobe, Secrétaire Général de l’UPC, mouvement interdit en juillet 1955 et dans la clandestinité, considère que : « Traqués par les colonialistes, [les militants de l’UPC] ont été contraints de se retirer de la vie publique ». De même, pour lui, être dans le maquis est tout simplement la continuation du travail de militant dans l’ombre. Cette perception du processus de libération entre en contradiction avec l’interprétation que fait une partie importante des acteurs de la décolonisation du Cameroun.

En 1957, quelques mois après les troubles et manifestations populaires qui engendrent les maquis, le nouveau Premier Ministre, André Marie Mbida, en visite dans la Sanaga Maritime (Boumnyebel), donne le ton de ce que représente « la critique du colonialisme par les armes » pour les héritiers de l’administration coloniale. En affirmant que : « l’UPC eut recours unilatéralement à la violence, à la force, à la guerre, pour imposer le commandement d’une infime minorité », non seulement il dépouille les hommes qui prennent le maquis de leurs objectifs politiques, mais il dessine les contours d’une nouvelle interprétation des luttes clandestines et surtout de la décolonisation.

L’Etat postcolonial camerounais assume négativement ce passé et sur-dramatise cette période de l’histoire en vue de la présenter comme une menace à la communauté nationale (R. Joseph). Car, si le mur de la peur, et surtout le discours illusoire sur l’unité nationale, sous le régime Ahidjo empêchent toute recherche sur la période et sur les « événements », après 1982, les diverses revendications politiques sortent du champ de l’historicité les événements liés aux troubles de la décolonisation.(J.B. Alima) « Contrairement à tous les pays du monde où les périodes de résistance nationale font partie des éléments structurants de l’identité d’un peuple et sont, à ce titre, gravées dans des monuments et des rites, le Cameroun est, paradoxalement, celui où le processus de lutte anticoloniale est paré de significations préfabriquées et fait, à ce titre, l’objet d’un tabou lorsqu’il n’est pas simplement effacé d’autorité ». (A. Mbembé). »


Page créée le jeudi 25 janvier 2018, par Dominique Taurisson-Mouret.

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