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Historiographies d’ici, historiographies d’ailleurs. Comment écrit-on l’histoire en-dehors du monde occidental ? (Projet INALCO, Conférences 2011-2012)

dimanche 20 novembre 2011, par Dominique Taurisson-Mouret

Historiographies d’ici, historiographies d’ailleurs. Comment écrit-on l’histoire en-dehors du monde occidental ?

Dans le cadre du projet INALCO « Historiographies d’ici, historiographies d’ailleurs », des historiens renommés s’interrogent sur la manière dont les sociétés non-occidentales qu’ils étudient font le récit de leur passé (théories, débats, institutions, etc.). Les neuf conférences 2011-2012 sont organisées en partenariat par le laboratoire HSTM de l’INALCO, le laboratoire SEDET de l’Université Paris-Diderot et le musée du quai Branly.

LES CONFERENCES 2011-2012

  • Jeudi 24 novembre 2011

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du musée du quai Branly

« Afrique : Esclavage et traites esclavagistes : productions mémorielles et écriture historienne », par Ibrahima THIOUB, Professeur à l’Université de Cheikh Anta Diop, Dakar

  • Jeudi 8 décembre 2011

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du musée du quai Branly

« Amérique latine : L’historiographie du christianisme en Amérique espagnole, XIXe – XXIe s. » par Pierre RAGON, Professeur à l’Université de Paris-Ouest Nanterre La Défense, Nanterre

  • Jeudi 26 janvier 2012

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du Musée du Quai Branly

« Japon : La naissance de l’histoire de l’art au Pays du Soleil Levant, XVIIe – XIXe s. », par Timon SCREECH, Professeur à la SOAS, Université de Londres, Londres

  • Jeudi 2 février 2012

de 17 h 30 à 19 h 30, dans la salle des thèses de l’Université Paris-Diderot, Immeuble Montréal - Olympiades

« Sri Lanka : Écriture et usages de l’histoire de l’Antiquité à nos jours » par Éric Meyer, Professeur des universités émérite à l’Inalco, Paris

  • Jeudi 22 mars 2012

de 17 h 30 à 19 h 30, Inalco - Grands Moulins salle à préciser ultérieurement

« Madagascar : L’histoire de Madagascar par des Malgaches, Première moitié du XXe s. » par Faranirina Rajaonah, Professeur des universités à l’Université Paris-Diderot, Paris

  • Jeudi 29 mars 2012

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du musée du quai Branly

« Empire byzantin : Lire les signes célestes à Byzance, Histoire et religion » par Béatrice CASEAU, Maître de conférences à l’Université Paris-Sorbonne IV, Paris

  • Jeudi 12 avril 2012

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du musée du quai Branly

« Empire ottoman : L’historiographie ottomane et l’Europe, XVIe – XIXe s. » par Faruk BILICI, Professeur des universités à l’Inalco, Paris

  • Jeudi 3 mai 2012

de 17 h 30 à 19 h 30, Inalco - Grands Moulins, salle à préciser ultérieurement

« Vietnam : ‘De l’utilité de la traîtrise’ : Historiographie et légitimité dans le Traité sur l’An Nan (1335) de Lê Trac » par Emmanuel Poisson, Professeur des université à l’Université Paris-Diderot, Paris

  • Jeudi 10 mai 2012

de 17 h 30 à 19 h 00, dans la salle de cinéma du musée du quai Branly

« Inde : 1982-2012 : Pour une relecture des subaltern studies indiennes » par Jacques Pouchepadass, Directeur de recherche au Cnrs et Directeur d’études émérite à l’Ehess, Paris

LE PROJET INALCO : HISTORIOGRAPHIES D’ICI, HISTORIOGRAPHIES D’AILLEURS Comment écrit-on l’histoire en dehors du monde occidental ?

Responsable du projet : Nathalie Kouamé, EA 4511 HSTM - INALCO

L’histoire : une discipline universelle ? L’honnête homme qui chercherait une définition de cette branche des sciences humaines dans les divers dictionnaires de langue en usage dans le monde serait tenté de le penser. Voici par exemple ce qu’il trouverait aux entrées « histoire » du Kôjien, l’équivalent japonais de notre Robert national :

Rekishi-gaku : Science (gaku) qui a pour objet d’étude l’histoire (rekishi). Science des études historiques.

Rekishi :

Changements et évolutions qui se produisent dans le passé des sociétés humaines. – Leur relation écrite.

Origines des faits présents.

Rien de plus « classique », en effet, que cette définition japonaise, dont on trouvera facilement des variantes dans d’autres dictionnaires de la planète, au Brésil ou en Russie. Et pourtant, au Japon, comme ailleurs, cette manière de définir l’histoire comme une « science » du passé dégagée de toute visée morale, religieuse ou politique peut être légitimement considérée comme l’un des nombreux effets du processus de « modernisation »-occidentalisation engagé dans toutes les parties du monde depuis le XIXe siècle. De fait, cette discipline, ses notions, ses interrogations, ses méthodes, ses « sciences auxiliaires » et sa division du travail ont été alors exportées par l’Occident dans le monde entier - au moment même d’ailleurs où elles étaient en train d’être élaborées par d’éminentes figures (des Jules Michelet ou des Léopold Ranke) et par des érudits et des universitaires plus ou moins anonymes.

Ce constat sur l’histoire mondiale de l’histoire ne signifie nullement que les pays qui ont importé cette discipline étaient dépourvus de traditions historiographiques. En Chine, les Mémoires historiques de Sima Qian (v. 145 – 86 av. J.-C.) ont été rédigés deux mille ans avant les attaques portées à l’empire par les impérialismes européens ; les Aztèques n’ont pas attendu les Conquistadors pour élaborer leurs codex ; l’Islam a enfanté il y a six cents ans un Ibn Khaldun (1332-1406) et sa Chronique universelle ; même les sociétés ou les communautés sans écriture ont relaté à leur manière leur histoire ou celle du monde, par des chants ou des récits oraux. Aussi, nulle part l’histoire de type occidental ne s’est imposée dans des territoires historiographiquement vierges. En outre, le rapport de force engagé depuis le XIXe siècle entre les diverses parties du monde a également suscité chez les peuples colonisés, semi-colonisés ou ayant acquis leur indépendance des discours historiques originaux – comme le montrent les réflexions de ces peuples d’Asie, d’Amérique ou d’Afrique sur le phénomène des impérialismes et sur leur propre histoire.

C’est ainsi que de nos jours, en dehors de l’Occident, le métier de l’historien est devenu une sorte de pratique « métisse », qui répond à des exigences disciplinaires générales, c’est-à-dire communément admises par les professionnels de l’histoire à l’occidentale, mais qui est aussi alimentée par des visions, des préoccupations et des savoirs-faire spécifiques aux pays dans lesquels ce métier s’exerce.

Notre projet collectif consiste à penser la diversité de ces historiographies qui s’inspirent de modèles occidentaux tout en obéissant à leurs propres logiques. Notre réflexion se déclinera en une série de questionnements : comment et à quel rythme la science de l’histoire s’est-elle imposée comme norme hors de l’Occident ? Quelles réactions ont provoqué les modèles historiographiques (méthodes et théories) exportés ? Peut-on opérer une typologie mondiale des différents types de pratiques et de discours historiques ? Quel est le quotidien du métier de l’historien en Turquie, en Chine, au Mexique, en Afrique du Sud ou en Russie ? Comment se fait aujourd’hui l’histoire des sociétés sans écriture ? Quels sont à l’échelle mondiale les avenirs qui sont en train de se dessiner pour la science de l’histoire ? Et, comment l’histoire occidentale elle-même considère-t-elle les histoires et les historiographies d’ailleurs ?

Bref, que sont les écritures de l’histoire lorsqu’elles s’échappent volontairement ou involontairement des sillons tracés par l’historiographie occidentale née au XIXe siècle, que disent-elles de leur modèle original, et quelles peuvent-être éventuellement leurs effets de retour sur ce modèle ?

Pour répondre à ces questions, nous retenons quatre axes de réflexion, distincts mais parfaitement complémentaires. Le premier axe sur « le goût de l’archive » permet de donner un cadre strict à notre projet : les sources restant en principe au centre de l’histoire, il faut considérer le traitement qui en est fait pour être en mesure d’analyser le mode de production et le contenu des divers discours de type historiographique produits ici et là. Le deuxième axe pose la question du rôle des Etats du monde dans le développement ou le non développement de la science historique Une troisième piste de réflexion concerne les grandes figures et les écoles historiques d’ailleurs : ici, il s’agit de recenser et de décrire les hommes et les œuvres des historiographies hors de l’espace occidental, tels qu’ils sont objectivement et tels qu’ils sont considérés ailleurs, en évitant de les mesurer à l’aune d’un des modèles dominants (par exemple la « Nouvelle Histoire » à la française) ; dans cette optique nous nous ferons les simples ambassadeurs de ces histoires différentes, dans une volonté de laisser parler l’Autre dans une discipline où nous autres Occidentaux avons déjà tant pris la parole. Enfin, notre projet concerne également une question davantage liée à l’actualité des sciences humaines hexagonales, celle des effets des situations coloniales et post-coloniales dans le développement des historiographies des pays dominés.

Contact

Nathalie Kouamé

courriel : nakouame (at) yahoo [point] fr

23, rue Henri Rochefort 75017 Paris

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