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Journée d’étude : « Folie(s) en Méditerranée à l’ère de la colonisation. Regards croisés sur la psychiatrie en Afrique du Nord » (Paris, Centre Alexandre Koyré, 12/01/2016)

mardi 12 janvier 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

  • Centre Alexandre Koyré, 27 rue Damesme, Paris, France (75013)

Cette journée d’études vise à faire le point sur l’historiographie relative à la psychiatrie – ses théories, ses pratiques, ses protagonistes et institutions – telle qu’elle s’est développée dans les pays de l’Afrique du Nord à l’époque du colonialisme européen. Partant du précieux travail de Richard Keller pour arriver aux plus récentes études de Nina Studer et Paul Marquis, on s’attachera aussi aux méthodes et aux enjeux qui caractérisent l’approche historienne dans le champ dont il est question.

A partir des années quatre-vingt-dix du siècle dernier de plus en plus d’historiens se sont interrogés sur la mise en place d’une assistance pour les malades mentaux dans les pays colonisés ainsi que sur la construction théorique d’une branche spécifique de la discipline psychiatrique, qui naissait en concomitance avec l’entreprise coloniale. Après avoir été la cible des dénonciations de Frantz Fanon qui voyait dans le microcosme psychiatrique français en Algérie le fonctionnement de tout le système colonial, ainsi que le dispositif à dépasser, en récupérant les savoirs et les pratiques indigènes, pour certains professionnels de la santé mentale travaillant en Afrique, la psychiatrie coloniale est devenue depuis quelques décennies un enjeu historiographique complexe que les chercheurs interrogent sous plusieurs angles. C’est surtout dans les années quatre-vingt-dix et deux mille que ce champ d’études a été fortement investi : différentes colonies ont été analysées (Sierra Leone, Nigeria, Afrique du Sud, Algérie…) ; de nouvelles approches ont vu le jour (comparaison, histoire transnationale, histoire croisée, intersectionalité…) ; des colloques et des ouvrages collectifs ont été consacrés à ce champ en plein essor. La catégorie de race est analysée dans un discours plus large produit par les disciplines psychiatriques et anthropologiques ; la perspective de genre acquiert une place importante dans un contexte où les niveaux de subalternité s’ajoutent et s’articulent : les motifs d’altérité par rapport au colonisateur – couleur de la peau, rôle social – sont compliqués par une variable nouvelle : les troubles mentaux. Si une supposée différence mentale est déjà à la base de la soumission à l’homme blanc, naturalisée précisément en raison du déficit proclamé d’intelligence, de développement, de capacité de progrès et d’autonomie, quel rôle cette « différence » supplémentaire, dérivante de la maladie mentale, joue-t-elle ? Comment s’articulent les discours scientifiques, médicaux, politiques, autour de cette double différence ?

Programme 10h-17h

  • Marianna Scarfone, Centre Alexandre Koyré, La psychiatrie coloniale à la recherche de l’« ethnopersonnalité » et de l’« ethnopathologie psychiatrique »(Libye 1912-1952)
  • Nina Saloua Studer, Université de Zürich, The Absence of Female Patients : Psychiatry and Gender in the Colonial Maghreb
  • Paul Marquis, Centre d’histoire Sciences Po, Les djinns, la guerre et l’adultère : délires, hallucinations et psychiatrie coloniale en Algérie (1933-1963)
  • Laura Faranda, Università La Sapienza, Roma, Suzanne Taïeb, élève d’Antoine Porot : du ‘primitivisme’ à la vocation ethnographique (Hôpital de Blida 1936-1942)

Discutant : Richard Keller, University of Winscosin-Madison

Pour toute information supplémentaire contactez : marianna.scarfone chez cnrs.fr

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