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Journée d’étude : « La Grande-Bretagne et le Moyen-Orient de la fin du XIXe siècle à la seconde guerre mondiale » (Paris, Institut du Monde Arabe, 13/01/2017)

mercredi 26 octobre 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

  • Institut du Monde Arabe, 1 Rue des Fossés Saint-Bernard, Paris, France (75005)
  • Contact : Daniel Foliard (daniel [dot] foliard [at] gmail [dot] com)

Cette journée d’études, ouverte à tous, a pour objet la relation particulière qui se joue entre le Royaume-Uni et le Moyen-Orient avant la seconde guerre mondiale. La Grande-Bretagne occupe une position privilégiée dans cette région qu’elle contribue à définir et à redéfinir à mesure qu’elle y développe un « empire par traités » au début du vingtième siècle et après la Première Guerre Mondiale. On ne saurait trop souligner le rôle éminent joué par le Royaume-Uni dans la réorganisation de cet espace dès la fin du XIXe siècle puis dans l’entre-deux-guerres. C’est l’objet de cette journée que de faire le point sur la recherche récente en la matière. Les intervenants examineront le rôle joué par la Grande-Bretagne dans l’invention de cet espace stratégique, son implication dans la création de nouveaux états dans la région et les spécificités de ses rapports à « l’Orient compliqué ».

Programme

  • 9h30 : Maggy Hary (Paris Diderot)/Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre La Défense) introduction

10h00-11h - Aux origines du « Moyen-Orient » britannique : retour sur l’époque victorienne et édouardienne

  • Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre La Défense) Whodunit ? A la recherche de l’inventeur du « Moyen-Orient »

Résumé : Cette communication reviendra sur l’étymologie de l’expression “Middle East”. Elle démontrera que l’invention du concept a été en partie usurpée. On considère souvent que le terme apparaît au tout début du vingtième siècle, or il a une histoire plus ancienne et largement ignorée. Cette enquête n’a rien d’anecdotique, elle révèlera à travers l’étude généalogique d’une idée géographique, quelles logiques présidèrent à ce nouveau découpage de l’Orient à l’âge du haut impérialisme. Le destin de l’expression sera lui aussi évoqué et, en particulier, son utilisation par les structures étatiques britanniques au lendemain de la première guerre mondiale. On verra comment cet Orient intermédiaire pensé dès l’époque victorienne, devint après 1918 une nouvelle catégorie et un nouvel espace de l’Empire britannique.

  • Stéphanie Prévost (Paris Diderot) ‘ [Six thousand defenceless people] murdered in cold blood by their fellow-subjects and fellow citizens (...) in Europe and in a capital largely inhabited by Europeans.’ : Perspectives britanniques sur la question arménienne (1878-1909)

Résumé : Dans un article publié au mois d’octobre 1896 dans le période britannique The Nineteenth Century, le comte de Meath appelait les Britanniques à réagir contre la dernière vague de « massacres arméniens » en date, ceux de l’été 1896, par lesquels « des hommes [avaient] assassiné de sang-froid et sans crier gare [six mille de] leurs concitoyens [sans défense] ». Par-delà le bilan – aujourd’hui réévalués –, ces actes étaient, pour lui, d’autant plus intolérables qu’ils s’étaient déroulés « non pas en Chine, ou dans des territoires lointains, à demi-civilisés ou [complètement] sauvages d’Asie ou d’Afrique, mais en Europe, et dans une capitale où résident de nombreux Européens. » Ces propos illustrent le paradoxe que pouvait représenter la question arménienne au Royaume-Uni à la fin du XIXe : tandis que le sort des Arméniens ottomans semblait demeurer un des parents pauvres de la diplomatie britannique – en dépit de l’article 61 du traité de Berlin de 1878 –, les trois vagues de massacres entre 1894-6 contribuèrent à renforcer un sentiment de fraternité chrétienne entre Britanniques et Arméniens ottomans au point que l’Arménie devenait – mentalement au moins – territoire européen. Cette communication s’attachera à interroger les raisons profondes et les modalités permettant ce sentiment confraternel, mais aussi les limites qui le sous-tendent. Cette analyse se fera en particulier au regard des changements au sein de la communauté arméno-britannique et du positionnement britannique dans les plans de réforme ottomans. Il conviendra également pour bien comprendre le tournant que pouvaient représenter les « massacres arméniens » des années 1890 dans le regard britannique sur la question arménienne, de les contraster avec les réactions britanniques au moment des « massacres d’Adana » en 1909.

11h-12h – Le tournant de la première guerre mondiale

  • Guillemette Crouzet (Institut Universitaire Européen de Florence) Revisiter les accords Sykes Picot et l’impérialisme britannique au Moyen-Orient après la 1re guerre mondiale

Résumé : Par les accords Sykes-Picot, signés par Georges Picot pour la France et Mark Sykes au nom de la Grande-Bretagne au printemps 1916, Britanniques et Français se partagèrent les dépouilles de l’Empire ottoman au Moyen-Orient afin de satisfaire leurs appétits territoriaux mutuels. Niant les désirs d’indépendance de certains des peuples arabes de l’Empire ottoman, trahissant les promesses faites, comme celles de la Grande-Bretagne au chérif Husayn, les accords Sykes-Picot de 1916 permirent à la France et à la Grande-Bretagne d’obtenir, à la suite des Conférences de la paix, les mandats de Syrie, d’Irak, de Transjordanie et de Palestine et donc d’agrandir significativement leurs sphères d’influences au Moyen-Orient. Cette communication souhaite mettre en évidence l’importance de l’enjeu pétrolier pour la Grande-Bretagne particulièrement, et pour la France dans une moindre mesure, dans la négociation des accords Sykes-Picot. C’est pour assurer l’accès aux riches champs pétroliers à la Anglo-Persian Oil Company dont elle était actionnaire, que Londres se garantit, entre autres, avec les accords Sykes-Picot, la main mise sur le future mandat iraquien, et ce aux dépends de ce qui était la principale puissance politique du jeune Moyen-Orient encore en 1914 : l’empire des Indes.

  • Maggy Hary (Paris Diderot) La Déclaration Balfour, perspective historiographique

Résumé : Dans la lettre adressée par Arthur Balfour, alors ministre des Affaires Etrangères, à James Rothschild en date du 2 novembre 1917, le gouvernement britannique s’engageait à favoriser l’émergence d’un Foyer national juif en Palestine tout en soulignant que cet objectif ne pouvait être réalisé ni aux dépens des droits civiques et religieux des communautés « non-juives » de Palestine ni au détriment des Juifs d’autres pays. Rien, en 1917, ne laissait croire que la Déclaration Balfour aurait une telle postérité. Cette communication reviendra sur l’historiographie de la Déclaration Balfour afin d’éclairer la complexité et la diversité des facteurs qui ont motivé la politique britannique de soutien au sionisme dan le contexte de la Grande Guerre. Nous nous pencherons sur les multiples façons dont les historiens ont abordé ce document central pour la formation du Moyen-Orient moderne. Longtemps considérée comme l’aboutissement d’une tradition « philosémite » en Grande-Bretagne, la Déclaration Balfour est désormais largement perçue comme un engagement superficiel visant à servir les intérêts stratégiques immédiats de la puissance impériale britannique. Ainsi, le réel succès diplomatique des sionistes serait d’avoir entériné la Déclaration Balfour via les articles du mandat pour la Palestine, officiellement ratifiés par la SDN en 1922, qui lui conféraient le statut d’engagement international juridiquement sanctionné auquel la Grande-Bretagne ne pouvait donc plus se soustraire.

13h30-14h30 - Inventer des Etats : Les mandats dans l’entre-deux guerres

  • Ben White (University of Glasgow) Réfugiés, camps et Etats au Moyen-Orient : le camp de Baqouba, Irak, 1918-21.

Résumé : Les déplacements forcés de populations au Moyen-Orient sont d’une actualité lancinante, surtout depuis le déclenchement de la guerre de Syrie en 2011 : les gros titres des journaux s’en font l’écho en Europe. Mais les mouvements de réfugiés marquent le paysage politique de la région depuis bien plus longtemps que ces événements le suggèrent. Cette intervention portera sur l’histoire du camp de Baqouba, près de Baghdad, qui a accueilli au lendemain de la Grande Guerre quelque cinquante mille réfugiés chrétiens d’Anatolie. Revenant sur la politique de migrations forcées dans l’Empire ottoman avant et pendant la guerre, cette communication mettra en lumière le rôle du camp et de ses habitants dans l’émergence d’un nouvel ordre étatique au Moyen-Orient tout en tissant des liens avec la situation actuelle.

  • Myriam Yacoubi (Collège de France/Paris 9) Les Britanniques en Transjordanie (1921-1946) : gestion du territoire, représentations culturelles et intérêts stratégiques

Résumé : Cette présentation propose de mettre en lumière les enjeux du mandat britannique en Transjordanie, territoire qui dans les années 1930 et 1940, fait l’objet d’une certaine idéalisation de la part des Britanniques, qui le considèrent comme l’un de leurs « succès » au Moyen-Orient. Dans un premier temps, nous proposons d’étudier la manière dont les Britanniques tentent d’adapter leur administration et leur gestion à la nature particulière du territoire (largement désertique) et à ses différents types d’habitants (sédentaires, bédouins nomades et semi-nomades). En instrumentalisant les forces sociales du pays plutôt que de les soumettre par la force, les Britanniques administrent ce territoire de manière efficace et peu coûteuse. Dans un second temps, nous montrerons que la stabilisation des conditions en Transjordanie amène les Britanniques à idéaliser les forces sociales du pays, son territoire et son souverain. Les bédouins, qui étaient perçus comme une menace, sont cooptés par les Britanniques qui en font une force militaire d’élite. La Transjordanie acquiert aux yeux des Britanniques une identité bien distincte, notamment par comparaison avec la Palestine voisine. La nature largement rurale du pays leur permet d’y projeter leur idéalisation d’une société préindustrielle aux valeurs presque féodales. Enfin, nous montrerons que les intérêts stratégiques ne sont pas en reste : la Transjordanie est d’abord conçue comme une zone tampon entre le désert dominé par les guerriers wahhabites d’Ibn Saoud et la Palestine administrée par les Britanniques. Ce territoire est également un maillon dans la chaîne de communication qui s’étend de la Méditerranée au Golfe persique. Les bases aériennes britanniques garantissent leur contrôle du territoire et leur donne une capacité d’intervention dans toute la région.

14h30-15h - Perspectives transversales : les Empires, l’Islam et la Mecque

  • Ben Brower (University of Texas at Austin/Paris Ouest Nanterre La Défense) L’impérialisme et le pèlerinage musulman à La Mecque, 19e-20e siècles

Résumé : Cette communication étudiera la façon dont les empires européens, et notamment l’empire britannique, gérèrent le Hajj. Le pèlerinage annuel de la Mecque, l’un des cinq piliers de l’Islam, revêt une dimension éminemment politique que les Européens surent rapidement prendre en compte dans la gestion de leurs empires. Le Hajj entraine d’importants mouvements de population transfrontaliers et soulève par conséquent une multiplicité de questions. Il pose de nombreux problèmes, de souveraineté d’abord, y compris en ce qui concerne le statut exact des pèlerins ou celui des sites sacrés eux-mêmes, mais aussi sanitaires, économiques voire idéologiques : autant de domaines vitaux pour le fonctionnement des structures étatiques. A mesure que les états européens devinrent des « puissances musulmanes » du fait de l’expansion de leur souveraineté sur la majorité des populations musulmanes du monde à la fin du dix-neuvième siècle, ils cherchèrent à mieux contrôler les territoires et les populations liés au Hajj afin d’organiser le pèlerinage et de l’utiliser comme un outil politique. Les bénéfices de cette ingérence ne furent pas sans contreparties. Cette communication démontrera comment les Musulmans venus des espaces colonisés utilisèrent le Hajj pour contester la domination européenne.

14h30-15h –Bilans Anne-Claire Bonneville (INALCO) Conclusions

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