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« L’Empire, figure(s) du pouvoir. Discours, représentations et usages »

L’empire et le pouvoir sont deux concepts qui s’éclairent mutuellement. Cette relation implique de tenir compte de multiples dimensions, notamment les discours, représentations et usages qui participent du phénomène impérial : d’une part, en replaçant l’idée d’empire entre la légitimation et la critique du pouvoir ; d’autre part, en resituant l’empire parmi les autres figures de la domination. Après une première journée d’étude internationale, le 7 avril 2015, ce second événement, organisé par le Réseau Pyrallis, a pour objet d’élargir et d’approfondir les recherches sur l’empire. Il est

L’Empire, en tant que forme d’organisation de la politique et du politique, manifeste de façon éclatante un système d’institution, de régulation et d’expression du pouvoir. Pour séduisante qu’elle paraisse a priori, cette affirmation masque la complexité des phénomènes en jeu. De l’Imperium latin à l’impérialisme, le terme Empire et ses dérivés ont toujours été attachés à cette notion de pouvoir. Or, loin d’être un et monolithique, le pouvoir est pluriel et revêt une vaste multiplicité de formes et de sens. D’autre part, cette affirmation relève du discours qui, en tant que tel, est révélateur d’une représentation de ce que peut être l’Empire dans l’imaginaire collectif. L’Empire pose d’immenses difficultés à qui tente d’en déterminer une définition complète, stable et unanimement admise, à l’aide de critères fiables. Qu’il s’agisse de caractérisations, de comparaisons entre des exemples historiques ou bien de réflexions in abstracto, la raison de ces difficultés ne réside peut-être pas dans les réalités et les dynamiques impériales décrites mais dans leurs désignations elles-mêmes.

L’examen des différents critères révèle l’Empire davantage comme une figure discursive que comme un objet matériel. Avoir recours à ce vocable implique donc un certain nombre de présupposés, de valeurs, de représentations et d’enjeux. De plus, cet ensemble discursif trouve à s’appliquer en face d’une certaine configuration des relations de pouvoir et des conflits pour la légitimité des prises de parole et de décision au sein d’un groupe social plus ou moins large (une communauté intellectuelle, un groupe militant, un système politique…). Il donne lieu, également, à toute une panoplie de productions artistiques accréditant ou dénonçant les acteurs politiques qui s’en réclament. En mobilisant des mythes, il permet de forger des imaginaires collectifs et d’agréger autour d’un projet des acteurs aux intérêts distincts, par exemple par la diffusion d’œuvres, de représentations et de récits qui renforcent son hégémonie. Il constitue par conséquent une ressource et un élément de légitimation : dans la fabrication des normes juridiques, dans l’imposition de modèles et d’idéologies, dans l’élaboration et la diffusion d’un cadre normatif.

Afin de saisir des réalités irréductibles aux seuls discours, on est en droit de penser que le mot « Empire » ne se limite pas à sa seule dimension utilitaire. En effet, il suscite des résistances, cristallise des luttes de sens, suggère des hiérarchies sociales, comporte des chausse-trapes sémantiques et fait l’objet d’investissements affectifs et identitaires divers. Ce lien au politique fait de l’Empire un référent à la fois insaisissable et complexe. Les recherches actuelles, et plus particulièrement les approches critiques, permettent de renouveler les études sur l’objet « Empire » et ses aspects connexes en les considérant sous l’angle des normes et des valeurs plutôt que des faits. Cela dépasse les stricts aspects de domination du centre sur les périphéries et de volonté expansionniste. C’est la raison pour laquelle il semble intéressant d’interroger l’Empire de manière pluridisciplinaire à partir des discours, représentations et usages dont il fait l’objet, par des acteurs centraux, périphériques voire marginaux ainsi qu’au travers de la recherche conduite sur l’Empire. Il s’agira donc pour chaque communication de construire une réflexion propre sur l’Empire sur la base de recherches empiriques ou/et théoriques, lesquelles pourront s’inscrire dans l’un des deux axes suivants ou proposer un angle d’approche original.


Page créée le jeudi 21 décembre 2017, par Dominique Taurisson-Mouret.


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