Navigation

AccueilActualitésNews de l’histoire (du droit) des colonies

« L’exotisme, le colonialisme et la décadence autour de la fin du siècle » — Université d’Oxford — 25-26 septembre 2018

lundi 22 janvier 2018, par Dominique Taurisson-Mouret

Texte Appel

« Ce colloque explorera les entrecroisements entre la notion de décadence et le colonialisme à la fois en tant que pratique et en tant que discours, une catégorie dans laquelle nous incluons le néo-colonialisme, ou l’impérialisme culturel et économique au sens large. Quant à l’exotisme, si le terme semble à première vue évoquer une attitude romantique qui est démodée à la fin du siècle, il continue à surgir aux intersections entre la réalité coloniale géographiquement éloignée et le phénomène principalement urbain et métropolitain de la décadence. Apparaissant sous des formes nostalgique, parodique ou polémique, l’exotisme littéraire est également évoqué par antithèse, pour faire valoir un esprit colonial « authentique ». La décadence, quant à elle, est un concept plus provocateur que descriptif. La notion d’un déclin depuis un Âge d’Or rêvé contredit les doctrines du progrès et de la « mission civilisatrice » qui forment la base de l’idéologie coloniale. Concevoir la société française ou européenne comme étant elle-même dans un état de dégénérescence sociale, psychologique et morale (Nordau), c’est présenter les autres cultures soit comme modèles de décadence, soit comme sources de régénération. Cette régénération elle-même présente deux faces : alors que certains restent attachés à l’idée essentiellement romantique d’une « renaissance orientale » (Quinet) qui s’inspire du monde islamique ou bien des anciennes civilisations orientales, d’autres croient voir dans les colonies une source d’énergie pour le colonisateur, source d’énergie qui permettra de contrecarrer la décadence métropolitaine (une « école de la virilité », Psichari). De même, une anxiété toute métropolitaine au sujet de l’identité sexuelle puise, elle aussi, dans les territoires colonisés et l’imaginaire exotique, hésitant de manière parfois contradictoire entre l’espoir d’un renouveau et la hantise d’une menace sexuelle transposée sur l’autre.

Si la décadence est souvent comprise par le biais d’un vocabulaire médical et historique, la décadence littéraire peut aussi être définie en tant que style. Elle a été décrite comme étant un art de l’esthétisation et de l’autoréflexion qui rejette le naturel (Baudelaire), ou une exquise maladie nouvelle (Arthur Symons). Pour Paul Bourget, dans le style décadent « l’unité du livre se décompose pour laisser la place à l’indépendance de la page, … la page se décompose pour laisser la place à l’indépendance de la phrase, et la phrase pour laisser la place à l’indépendance du mot ». Pour Gautier, qui résume les accomplissements de Baudelaire après sa mort, le style décadent, « ingénieux, compliqué, savant, plein de nuances et de recherches », est typique des civilisations vieillissantes. La décadence est ainsi comprise en termes stylistiques, historiques et médicaux. Elle est également perçue en termes de différence culturelle et d’éloignement géographique. Cette intersection entre la décadence et l’exotisme est régulièrement revisitée au cours du dix-neuvième siècle et jusqu’au vingtième. Elle recouvre ainsi une période bien plus longue que celle communément associée avec le « mouvement » décadent. L’Orientalisme romantique, dont l’essor correspond aux premiers pas vers le colonialisme français moderne (la campagne napoléonienne avortée en Égypte et en Syrie en 1798–1801 ; la conquête de l’Algérie au cours des années 1830 et 1840), cet Orientalisme romantique contient déjà bien des traits de la décadence qui viendra plus tard. Mais c’est bien dans les années 1880 et 1890 que le mouvement littéraire décadent s’affirme de manière explicite, précisément à l’époque où l’idéologie coloniale prend de l’envergure dans la culture populaire française.

Les communications analyseront l’orientalisme ou l’exotisme, et le colonialisme, dans leurs relations avec le mouvement décadent de la fin de siècle, ou établiront des liens entre ces mêmes préoccupations et des périodes antérieures ou postérieures à la fin de siècle. Bien que le colloque se concentrera principalement sur la littérature écrite en langue française, nous invitons également des approches plus larges et des perspectives comparatistes : la décadence, comme le colonialisme, nous demande de penser dans un contexte mondial. Les communications (et propositions de communication) peuvent être en anglais ou en français. »

Appel
Date limite de soumission : samedi 31 mars 2018

Comité d’organisation :

  • Dr Julia Hartley (University of Oxford, Queen’s)
  • Ms Wanrug Suwanwattana (University of Oxford, Merton)
  • Prof. Jennifer Yee (University of Oxford, Christ Church)

Envoyer des résumés d’un maximum de 250 mots à : exoticismcolonialismdecadence chez gmail.com

Colloque
Du 25 au 26 septembre

Tout l’agenda

Dans la même rubrique

Dernières brèves