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Le juge et la « désertion » de l’engagé en Indochine, par Martine Fabre (Article HDC)

Le juge et la « désertion » de l’engagé en Indochine. « Accommodez-vous de moi. Je ne m’accommode pas de vous ! »

Martine Fabre

Extrait de Le Juge et l’Outre-mer. Le Royaume d’Aiétès. Produire de l’ordre, Lille, Centre d’histoire judiciaire, 2008 (Histoire de la justice), p. 125-164.

I. Des bras pour produire ; II) La bataille des planteurs indochinois ; III) Une incursion originale du monde judiciaire dans le politique ; Conclusion.

La colonisation, au sens classique du terme, implique l’exploitation du territoire conquis pour lui faire produire des richesses. Cette étape, pour l’Empire français, en pleine expansion à la fin du XIXe siècle, succède à la phase militaire. L. Kryszanowski, lors du Congrès colonial international de 1900 affirme, parlant de l’œuvre de l’Europe aux colonies : « Elle est pourtant encore inachevée, car la période de conquête est bien close, mais celle de la mise en valeur commence à peine » . Il précise que le problème de la main-d’œuvre est celui qui a « excité le plus d’intérêt ». Il ajoute enfin, et cela a le mérite de la clarté, que « le Congrès colonial international, s’était proposé pour but l’étude des voies et moyens à employer par la métropole pour tirer le plus grand profit de ses colonies » . Albert Sarraut, dans un de ses discours aux élèves de l’Ecole coloniale, affirme qu’on ne peut opposer à la colonisation « je ne sais quel droit de farouche isolement qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. » . C’est donc à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle que les problèmes liés à cette production, et précisément la production agricole, vont surgir. Pour produire, pour cultiver la terre, il faut des bras ; la solution ne peut résider dans l’installation d’ouvriers agricoles français, le climat, dans beaucoup de colonies, rendant quasiment impossible - c’est ce que disent les commentateurs - le travail pour des métropolitains. En Indochine, la question se pose avec acuité, non parce qu’il y aurait pénurie de main-d’œuvre, mais parce que les indigènes ne veulent pas travailler pour le compte d’un tiers et ne veulent pas quitter la terre de leurs ancêtres - principalement le long des fleuves - pour aller s’exiler dans les hautes terres. À ce problème de recrutement s’en ajoute un autre, qui en est la conséquence directe, celui de la fuite des indigènes, que les colons avaient réussi à convaincre, avec les avances pécuniaires qui leur ont été consenties. Ainsi, pendant une douzaine d’années, les planteurs et propriétaires agricoles français en Indochine ont-ils frappé à toutes les portes pour obtenir un texte de loi leur donnant la possibilité de faire arrêter et de punir les ouvriers indigènes qui s’enfuyaient sans avoir remboursé les avances qui leur avaient été faites au moment de leur engagement. Le vocabulaire « militaire » qui caractérise ces relations de travail peut surprendre : il est question de recrutement, d’engagiste, d’engagé, de fuite assimilable à une désertion ; cela semble dénoter, de prime abord, une relation de travail dominant-dominé, ne laissant pas grande latitude à l’annamite engagé, une relation où la subordination engloutit le contractuel, la part du consentement devenant illusoire. Ce souci de maîtriser l’ouvrier annamite illustre un grave problème de main-d’œuvre, problème assez général aux colonies, nous allons le voir, mais problème tout à fait original pour ce qui est de l’Indochine.

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Fabre, Martine, Le juge et la « désertion » de l’engagé en Indochine, 2008

Page créée le jeudi 17 juin 2010, par Dominique Taurisson-Mouret.


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