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Les Rencontres du GEHM – EHESS : « E. P. Thompson en traduction et en débat »(EHESS, Paris, 15/02/2016 — 14h-17h)

mercredi 10 février 2016, par Dominique Taurisson-Mouret

Plusieurs ouvrages du grand historien britannique Edward P. Thompson sont parus en français dans les toutes dernières années.

Ce contexte exceptionnel nous encourage à réfléchir sur les appropriations tardives de l’œuvre de Thompson en France, et sur ses enjeux.

Nous en discuterons, à partir de la lecture de certains de ses textes ou de ceux de ses éditeurs, avec Jean Boutier, Simona Cerutti, Patrick Fridenson, Philippe Minard et Arundhati Virmani, et tous ceux qui sont intéressés

Deux d’entre eux retiendront particulièrement notre attention :

  • Les usages de la coutume, traduit et édité par Jean Boutier et Arundhati Virmani, et publié à l’automne 2015 aux éditions de l’Ehess-Seuil-Gallimard (Hautes Etudes

Les Usages de la coutume propose la traduction en français de Customs in Common, ouvrage dans lequel l’historien britannique Edward P. Thompson avait rassemblé en 1991 ses articles majeurs. Tous ont marqué la réflexion historiographique depuis près de cinq décennies. À l’aide de notions comme l’histoire vue d’en bas, l’agency, l’économie morale ou la discipline du travail industriel, Thompson, à partir du cas anglais, y analyse les transformations des sociétés européennes entre le XVIIe et le XIXe siècle. Dans une société travaillée par le paternalisme de la noblesse, les tensions sur le marché des subsistances, la privatisation des biens communs ou l’impossibilité du divorce, Thompson scrute les luttes des hommes et des femmes du peuple pour conserver leur place et leurs droits, batailles dont il n’a cessé de rappeler l’actualité. La défense de la coutume y apparaît alors comme le principal moyen pour s’opposer aux réformes qui ouvrent la voie à la société libérale.

Intellectuel peu conventionnel, aux marges de l’Université britannique, E. P. Thompson (1924-1993) n’a jamais séparé la rigueur et l’inventivité de ses recherches de son engagement militant au service d’un socialisme humaniste, depuis la nouvelle gauche des années 1950 jusqu’à la campagne européenne pour le désarmement nucléaire à partir de 1980. La Formation de la classe ouvrière anglaise (1963, trad. fr. 1988), Whigs and Hunters (1975) ou Albion’s Fatal Tree (1975) comptent parmi les livres les plus lus et les plus discutés à l’échelle mondiale, aussi bien dans les pays émergents, Inde, Chine, Amérique latine, qu’en Europe et en Amérique du Nord. Ses analyses et ses propositions restent au cœur des débats intellectuels et politiques contemporains.

  • La guerre des forêts, édité par Philippe Minard, paru en 2013 aux éditions La Découverte (Futurs antérieurs).

L’historien Philippe Minard publie et commente l’ouvrage, jusqu’ici inaccessible en français, de l’historien Edward P. Thompson, La Guerre des forêts. Luttes sociales dans l’Angleterre du XVIIIe siècle.

En 1723, le Parlement anglais adopte une loi terrible, le Black Act, qui punit de pendaison le braconnage des cerfs dans les forêts royales et les parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la tourbe. L’atteinte à la propriété est ainsi criminalisée à l’extrême, et la loi ne sera abrogée qu’un siècle plus tard, en 1827.
Cet épisode s’inscrit dans la longue histoire de la résistance paysanne face à la montée d’une conception de plus en plus exclusive de la propriété, qui grignote peu à peu les anciens droits d’usage coutumiers, et réduit les plus faibles à la misère. Il illustre la violence de la domination sociale dans l’Angleterre du XVIIIe siècle, où l’oligarchie règne par la loi du profit et la corruption.
L’analyse magistrale qu’en donne le grand historien britannique Edward P. Thompson montre comment s’impose, dans l’arène juridique, l’individualisme possessif face aux droits collectifs. Elle fait revivre la brutalité du pouvoir des notables, et la détermination des braconniers, perdants magnifiques : la « guerre des forêts » est aussi une lutte de classes sans merci.

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