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« Mariages mixtes et métissage dans l’histoire, XIXe-XXe siècle » — Du 4 au 6 décembre 2017

lundi 20 novembre 2017, par Dominique Taurisson-Mouret

Colloque international organisé par le Cera-IHTP (Centre de formation et de recherche contre le racisme et l’antisémitisme-Institut d’Histoire du Temps Présent) - Université Paris 8, l’IUF (Institut Universitaire de France) et le CHCSC-UVSQ (Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines - Université de Versailles Saint-Quentin

« La figure du “métis” et la hantise du métissage occupent une place centrale dans l’imaginaire raciste et antisémite. Le foisonnement terminologique autour de ces catégories atteste tout à la fois de leur centralité et du caractère universel des pratiques auxquelles elles renvoient : half-cast, mulâtre, quarteron, chabin… Dénuées de tout fondement biologique, les notions de « métissage » ou de « mariages mixtes » sont des constructions sociales qui n’en ont pas moins joué un rôle important dans la formation et l’assignation des identités et dans l’élaboration de « biopolitiques ». En Europe occidentale comme dans les Empires coloniaux, les « métissages » étaient le plus souvent réprouvés qu’il s’agisse de mariages entre personnes de différentes religions, nationalités ou « races » -suivant la terminologie d’usage. Perçue comme autant de menaces sur un ordre social protégé par des frontières de diverse nature, la pratique du « métissage » suscita différents types de législations entre politiques d’assimilation des rejetons issus des unions mixtes ou relégation dans une altérité radicale. Au sein des États assumant ouvertement une politique raciste et/ou antisémite, les mariages mixtes furent souvent interdits. Ainsi, au cours des années trente et pendant la Seconde Guerre mondiale, la question des “mischlinge”, des « demi-juifs » fut une obsession pour les nazis et un véritable casse-tête pour la plupart des États antisémites, dans le contexte des années trente et de la Seconde Guerre mondiale. Même lorsqu’il n’existait pas de statut spécifique pour les conjoints ou les descendants de mariages mixtes, ceux-ci subirent aussi, dans la plupart des cas, des discriminations quoique moins sévères, en général que les celles qui frappaient les conjoints juifs.
Dans les dernières décennies du XXe siècle, la notion de métissage a fait l’objet d’une re-sémantisation chargée de connotations positives. Vue comme un processus irrépressible, la mixité a été valorisée dans le champ culturel, les notions de métissage ou de transferts étant objectivées comme autant de processus constitutifs de l’histoire de l’humanité, perçus comme facteurs d’enrichissement plutôt que comme vecteurs de corruption ou de déperdition des patrimoines culturels et artistiques. Elle a également été investie d’espoirs politiques et philosophiques, notamment par des organisations internationales telles que l’UNESCO, ou encore théorisée à travers, par exemple, la notion connexe de créolisation développée par Édouard Glissant.
En dépit (ou peut-être en raison) du processus de mondialisation et de l’intensification des migrations au long cours, les résistances n’ont pas disparu. Métissage et mixité suscitent encore aujourd’hui, fantasmes, craintes et rejet. À droite et à l’extrême-droite, ils sont perçus comme un facteur de décadence des sociétés occidentales confrontées à la perte de leur identité. À gauche, non sans paradoxe, le refus de la mixité est porté par certains mouvements antiracistes tandis que sur la scène artistique, certains mouvements livrent bataille contre les phénomènes qualifiés « d’appropriation culturelle ». »

Colloque
Du 4 au 6 décembre

Lundi 4 décembre 2017 : Salle de conférence, Centre d’Histoire de Sciences-Po
9h Début des travaux
Accueil : Marc Lazar, Directeur du Centre d’Histoire de Sciences-Po
Christian Delage, Directeur de l’IHTP
Introduction : 9H15 Marie-Anne Matard-Bonucci, Paris 8-IHTP ( CERA)- IUF

ENTRE MIXOPHOBIE ET MIXOPHILIE : PENSER LE METISSAGE

9h45 Doctrines religieuses / Présidence Valentine Zuber (EPHE-GSRL)

  • Nina Valbousquet (USHMM-Washington), Tradition catholique et mariages mixtes judéo-chrétiens : La longue durée du dogme de l’Eglise.
  • Mazek Ayoub (DRES-UMR 7354), Le mariage mixte et l’Islam : Du droit musulman classique au droit musulman contemporain.
  • Patrick Cabanel (EPHE-GSRL), Mariages mixtes et protestantisme : une approche de longue durée.
  • Béatrice de Gasquet (Paris 7-URMIS), Mariages mixtes et judaïsme à l’époque contemporaine.

11H30 Approches politiques / Présidence : Dominique Schnapper (EHESS)

  • Armelle Enders (Paris 8-IHTP), Aux origines du « Brésil, pays métis ». La proposition de Karl-Friedrich von Martius (1843) pour l’empire du Brésil.
  • Jennifer Meyer (ENS Lyon-Erfurt), La mixité raciale à l’origine du patriarcat. Féminisme et antisémitisme chez les femmes de droite dans l’Allemagne de la première moitié du XXe siècle.
  • Frédéric Roustan (IrAsia, UMR7306), L’invention de la question du métissage au Japon depuis 1945 : acteurs, discours et représentations.

15h Approches intellectuelles et scientifiques / Présidence : Nonna Mayer (CNRS-CEE)

  • Carole Reynaud-Paligot (Paris I, Centre d’histoire du XIXe siècle), Entre mixophobie et mixophilie : les approches savantes de la fin du XIXe siècle.
  • Delphine Peiretti-Courtis(TELEMMe (UMR 7303. AMU-CNRS), Croisements, hybridité raciale, mixophobie et mixophilie dans la littérature médicale sur les corps noirs (1860-1950).
  • Etienne Smith (CERI-Sciences-Po),Céline Labrune-Badiane (Institut d’Etudes avancées de Nantes), La mise en débat du métissage culturel par les intellectuels d’AOF (1937-1945)

Mardi 5 décembre 2017 : CNRS, rue Pouchet, salle de conférences

POLITIQUES D’ASSIGNATIONS IDENTITAIRES ET REVENDICATIONS

9h30 Inclusion, séparation répression / Présidence, Isabelle Backouche (EHESS, CRH)

  • Marie-Anne Matard-Bonucci (Paris 8, IHTP-IUF), Les couples mixtes judéo-chrétiens dans la France de Vichy
  • Yves Denéchère (Angers-CERHIO), Un cas de biopolitique française postcoloniale : les enfants eurasiens et africasiens de Seno (Laos)
  • Adrien Rodd (UVSQ-CHCSC), Métissage et autochtonie en Australie et en Nouvelle-Zélande

11H 30 Droits et combats / Présidence, Laurent Joly (CNRS-CRH)

  • Jean-Baptiste Rachel (University of California), Droits et combats des métis autour de la citoyenneté dans l’Empire français-
  • Violaine Tisseau (CNRS, IMAf), L’enquête sur « le problème des métis » à Madagascar en 1938
  • Bak-Ne Im Ahn (Paris VII), La question du métissage en Corée du Sud : du rejet à la valorisation.

15h PRATIQUES ET STRATEGIES DES UNIONS MIXTES

Passages, brassages / Présidence :Paul Zawadzki (Paris 1- GSRL, UMR 8582)

  • Vincent Gourdon (CNRS, Centre Roland Mousnier) et Cyril Grange (CNRS, Centre Roland Mousnier), Les mariages mixtes catholiques de Paris : 1869-1909
  • Paola Ferruta (La Sapienza-Rome- Centre Roland Mousnier), Conversions et mariages à Trieste au XIXe siècle : Les femmes juives entre hantise de la mixité, affirmation de valeurs alternatives et stratégies d’élévation sociale.
  • Emmanuel Blanchard (UVSQ, CESDIP), Laure Blévis (Paris Ouest - Nanterre, ISP), Couples et mariages franco-algériens dans l’entre-deux guerres : pratiques sociales et réponses administratives.
  • Justine Cousin (Paris IV), Les marins de couleur, au cœur des métissages dans les ports britanniques (1900-1950)

Mercredi 6 décembre : Lieu : CNRS, rue Pouchet, salle de conférence

9h Vécus : Frontières, Déchirures, hiérarchies / Présidence : Myriam Cottias (EHESS)

  • Adélaïde Marine-Gougeon (Paris IV, EHESS), Le métissage dans les Antilles françaises de la 2e moitié du XIXe siècle, un révélateur des tensions et contradictions de la société post-esclavagiste.
  • Hannah Francis (Etats-Unis, Rice University), La pratique du « Plaçage » à la Nouvelle Orléans
  • Martino Oppizzi (Paris 8- IHTP), L’importance de s’appeler Livournais. Les frontières de la mixité au sein de la communauté juive de Tunisie.
  • Françoise Blum (CNRS, CHS), Ophélie Rillon (CNRS, LAM), L’itinéraire de Gabriel d’Arboussier ou le roman du métissage.
  • Etienne Naveau (Inalco), La question du mariage mixte dans la littérature indonésienne contemporaine

14h30 : La question des métissages culturels / Présidence : Jean-Claude Yon (CHCSC-UVSQ)

  • Charlotte Grabli (EHESS, Paris), « Une musique qui traduit l’âme noire » : le discours des musiciens congolais sur l’influence de la musique cubaine à Léopoldville durant les années 1950.
    - Pauline Cherrier (Aix-Marseille- IrAsia, UMR 7306) « Le métissage nippo-brésilien : discours et représentations au Brésil et au Japon ».
    - Rezgui Ibtissem (Université Badji-Mokhtar, Annaba Algérie - Université Paris I Panthéon-Sorbonne), L’architecture des XIXe et XXe siècles en Algérie : entre mixité et métissage.

Discussion finale avec les membres du comité scientifique

16h30 Conclusion : Pierre Birnbaum (Paris 1)

Appel
« Mariages mixtes et métissage dans l’histoire, XIXe-XXe siècle »
Date limite de soumission : vendredi 6 octobre 2017

Ce colloque international voudrait, moyennant une approche principalement, mais non exclusivement, historique, appréhender la « question du métissage » dans une perspective qui mette en relations les enjeux idéologiques, politiques, sociaux et culturels. Sans nous priver d’éclairages de longue durée, nous voudrions analyser les enjeux et les pratiques relatifs à la question du métissage lors des XIXe et XXe siècles, et dans une perspective d’histoire du temps présent. Il s’agira moins de proposer un tableau évolutif à visée exhaustive que d’interroger les facettes multiples d’une question, de considérer ce qui se noue (et se dénoue) autour de la mixité et du métissage dans différents contextes spatiaux-temporels.

Quatre approches seront ainsi privilégiées :

  • Représentations
    Entre mixophobie et mixophilie (Taguieff), on confrontera les différents types d’imaginaires associés à l’idée de “croisement” entre des individus d’origine, de culture ou de religions différentes de qu’ils se dégagent de textes savants, littéraires, de discours religieux ou politiques ou de productions des médias.
  • Pratiques
    Une deuxième approche consistera à aborder la question du métissage dans une perspective d’histoire sociale en examinant ce que signifie la mixité –ou son refus- en terme de stratégie d’élévation sociale , de subversion d’un ordre établi ou d’affirmation de valeurs alternatives. Le prisme du genre devra nécessairement être considéré, la mixité pouvant conduire à certaines formes d’émancipation ou venir aggraver des rapports de domination.
  • Politiques
    Une troisième section s’attachera à explorer les ressorts des politiques relatives à la mixité, au niveau des États, des autorités religieuses et des instances s’exprimant au nom des groupes communautaires ou des mouvements antiracistes.
  • Métissages et transferts culturels
    Une dernière section reviendra sur les enjeux culturels du métissage, ou des mouvements hostiles de dénonciation de différentes formes « d’appropriation culturelle » à partir de quelques études de cas paradigmatiques sur leurs mécanismes."

Les propositions en français ou en anglais (une page maximum) sont à adresser avant le 15 septembre 2017 accompagnées d’un CV à metissagecfp chez gmail.com

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