Navigation

AccueilMéta-HDCPépitesJustice et Administration

Souvenirs du sénégal

Decressac-Villagrand, Marcel, Souvenirs du Sénégal : lettres sur la Gambie et la Casamance, Guéret, P. Amiault, 1891. (voir version Gallica)

« […] Je désire simplement présenter au lecteur les études que j’ai faites pendant mes deux années de séjour en Sénégambie (1884-1886). Je tenais seulement à constater que la multiplicité des récits de voyages plus ou moins apocryphes font un tort énorme aux publications sincères.
A défaut d’un style pur auquel je ne puis prétendre, n’étant pas écrivain j’offre des
notes exactes, et que je crois fort intéressantes, sur les mœurs, les coutumes et la religion des peuplades habitant la Casamance.
Plusieurs de ces notes paraîtront invraisemblables tant elles sont bizarres ; et cependant je les garantis toutes vraies, car toutes je les ai prises. »

Extraits ...

p. 57-58
« Exécution d’un voleur
[…] nous mouillons en face de Goudoum. Je surveille le débarquement et m’aperçois qu’il me manque deux sacs de plomb que j’avais placés la veille dans la marmite des hommes, plus un pain que le commandant avait eu l’obligeance de me donner.
Je fais immédiatement fouiller tous les sacs et je retrouve mon bien dans celui d’un mulâtre portugais, déserteur du poste de Farine, un nommé Manoël je crois. Je le fais débarquer avec moi et une fois à terre, j’ordonne de lui attacher les bras et les jambes, puis les bras aux jambes afin qu’il ne se sauve pas. Sur ces entrefaites, le patron descend et me montre deux fortes courroies que Manoël lui avait volées. Comme je pouvais l’envoyer au commandant, je dis au patron de lui administrer cinquante coups de courroie et de le relacher.
On lui ôte son pagne et que voit-on : Une livre de chocolat qu’il m’avait également volée. J’augmente la dose de vingt-cinq coups, et malgré ses cris, les soixante-quinze coups lui sont administrés par le patron qui se venge en même temps du vol de ses courroies.
L’exécution finie, je le fais relâcher, garde son sabre et ne l’ai jamais revu. »

p. 115
« Voleur et débiteur
Lorsqu’un noir vole ou ne paye pas ses dettes, le volé ou le créancier réunit quelques amis, va s’embusquer près du village du voleur ou du débiteur et saisit le premier individu qui sort, l’emmène et ne le rend que lorsque le vol ou la dette ont été restitués.
Ce moyen réussit toujours, car tout le village tient à honneur de ne point laisser un de ses membres aux mains de ses ennemis. Aussi les parents et amis du voleur ou débiteur, sont-ils les premiers à le forcer à s’exécuter. »

p. 139-140
« […] En somme, de tout ceci il résulte que, quel que soit le culte en honneur dans ces pays, les Marabouts et les sorciers ne font rien pour rien, et toute leur science consiste à se faire payer tribut.
Les chefs et tous les noirs en général suivent cette excellente méthode. Il m’est arrivé aussi plusieurs fois de remetre l’accord entre de simples noirs, voire même des chefs, toujours en payant les pots cassés. Sitôt qu’un différent existait, on venait me trouver et les partis ne s’en allaient jamais d’accord sans m’avoir extorqué du plomb, de la poudre, du tabac ou de l’eau-de-vie. Comme les plaideurs s’en trouvaient fort bien, ils se disputaient à propos de bottes et même à propos de rien. »

p. 147-148
« Mœurs des Mandingues
Jugement de Dieu
Ils ont une manière de s’en rapporter au hasard, qui rappelle notre jugement de Dieu. Ils lui donnent le nom de Tawat ou Tawet.
Les accusés doivent lécher par trois fois une barre de fer rougie au feu.
Il y en a qui trouvent le moyen de ne pas se brûler !
Le vol est puni très sévèrement chez tous les noirs. Les uns coupent un doigt ou une oreille au voleur, s’il y a récidive, l’autre doigt ou l’autre oreille y passent. Quelquefois le bras ou le pied suivent.
Si le voleur est pris « flagrante delicto » il est à la merci du volé qui peut le tuer, le vendre ou le garder comme esclave.
Malgré ces peines sévères, le vol fleurit dans toute la rivière… chez les Mandingues surtout. »

p. 178-179
« Le patient [qui a bu du talit] souffre d’une chaleur intolérable dans la poitrine, et ceux qui l’accompagnent lui donnent de l’eau à boire, lui en jetant également sur le corps afin d’amener la transpiration.
Si le patient rend, il est sauvé. Dans ie cas, contraire, celui qui s’y refuse est forcé de quitter le pays s’il ne veut périr brûlé dans sa case. La chaleur augmente, il court pour faire diversion à son mal puis tombe.
Une agonie atroce lui crispe les nerfs qui se raidissent dans un dernier spasme, il est mort.
Généralement le mort reste sans sépulture. Chaque fournée comprend de cent à deux cents personnes dont un tiers seulement subissent l’épreuve.
Il y a des enragés qui la subissent plusieurs fois. Ceux qui font un cadeau, secret bien entendu, ne boivent pas le vrai talit ; on leur donne un breuvage
anodin.
Les Bagnouns et les Baltes le boivent également.
Les Balotes ne sont ni Diolas ni Bagnouns, il forment une peuplade à part bien qu’enclavée entre les deux autres. Ils habitent la rive droite de la rivière de Cajinol), en face des Diolas Floups ou mangeurs d’hommes.
Avant de boire le talit, ils prennent du riz afin de faciliter les vomissements.
Voici des chiffres qui vous donneront une idée de la force du poison. Une fois à Zeguinchor, 26 personnes sur 44 moururent.
Outre ceux qui y vont de plein gré, il y a ceux qu’un signe a désignés. Ce signe est connu de tous. C’est une croix faite avec la branche épineuse d’un arbuste blanchâtre et sans feuilles, et une autre branche d’un arbuste épineux également. D’autres disent trois épis de mil.
Celui qui voit ce signe dans son champ ou sur sa maison doit aller boire le talit dans l’année s’il ne veut être brûlé vif dans sa case.
Un accusé qui veut se disculper doit boire le talit.
S’il en échappe, il peut demander une indemnité a son accusateur ou le forcer d’en faire autant.
Les Diolas ont un autre genre d’épreuve. »

p. 180
« L’accusé prende un os de poulet, os désigné pour ce genre d’épreuve (un os de l’aile je crois), l’avale et boit une calebasse d’eau.
Ceci fait, il doit causer, se confesser en quelque sorte, et boire encore une calebasse d’eau, puis recauser, reboire, etc. jusqu’à ce qu’il rende l’os de poulet, ou meure par suite de la trop grande quantité d’eau avalée.
Sur ce point il y a discussion.
Les uns disent que le patient avale un os, les autres qu’il mange un poulet avec du riz. Dans les deux cas, il absorbe une énorme quantité d’eau. »


Page créée le mercredi 28 octobre 2009, par Dominique Taurisson-Mouret.


Tout l’agenda

Dans la même rubrique

Dernières brèves