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Titre
« Félix Fénéon (1861-1944). Les arts lointains »
Date
Du 28 mai au 29 septembre 2019
Descriptif

Exposition organisée par le musée du quai Branly - Jacques Chirac, Paris, les musées d’Orsay et de l’Orangerie, Paris et The Museum of Modern Art, New York.

Les musées d’Orsay et de l’Orangerie, le musée du quai Branly - Jacques Chirac et The Museum of Modern Art, New York, rendent pour la première fois hommage à Félix Fénéon (1861-1944), acteur majeur du monde artistique de la fin du XIXe siècle et du tournant du XXe siècle. Anarchiste, directeur de revues, marchand d’art, prodigieux collectionneur, Fénéon a défendu une vision décloisonnée de la création au moment du basculement de l’art vers la modernité et œuvré pour la reconnaissance des arts extra-occidentaux.

Auteur en 1920 du vibrant plaidoyer « Seront-ils admis au Louvre ? », il interroge, dans un article qui deviendra l’un des textes fondateurs du musée du quai Branly – Jacques Chirac, le statut des « arts lointains », soixante-dix ans avant le manifeste de Jacques Kerchache. Un engagement qui va de pair avec le développement d’une extraordinaire collection personnelle où figure, auprès de toiles de ses amis Seurat, Vuillard, Toulouse-Lautrec, Braque, Matisse ou Modigliani, l’un des plus importants ensembles d’arts d’Afrique et d’Océanie de l’époque – comptant en son sein la statue Fang Mabea. Voici une collection de référence, dont le rayonnement mondial et l’influence sur l’avant-garde artistique des années 30 ne sont plus à démontrer.


Titre
6th Summer Academy of Atlantic History : « Multiple Atlantic Worlds »
Date
Du 23 au 26 août 2019
Titre
Esclavages & Post-esclavages / Slaveries & Post-Slaveries, 2019 ->
Date
Samedi 31 août 2019
Descriptif

« Soutenue par l’InSHS du CNRS, la nouvelle revue électronique Esclavages & Post esclavages est portée par le Centre international de recherches sur les esclavages et les post-esclavages (CIRESC), devenu unité de recherche du CNRS (USR 2002) en janvier 2017.
Cette démarche répond à des besoins scientifiques et à des préoccupations citoyennes majeures : la revue a pour vocation d’apporter un savoir scientifique autour d’une problématique à large portée sociétale. Sa parution est semestrielle.
La revue constitue un espace de publication scientifique sur un sujet qui n’en bénéficiait pas encore dans le paysage des revues académiques francophones. Elle offre une tribune de réflexion ouverte à la question des esclavages dans le monde, de l’Antiquité à nos jours, pour explorer les spécificités des « situations d’esclavages et de post-esclavages », sans pour autant écarter les approches comparatives.
Elle est résolument pluridisciplinaire : de l’histoire à la géographie en passant par la philosophie, l’économie, la sociologie, l’anthropologie, l’art... Le signe « » porté dans le titre interroge les liens entre « esclavages » et « post » sous l’angle de la chronologie, des continuités ou des ruptures entre les systèmes et les représentations.
Elle s’appuie sur un comité éditorial, auquel est adossé un comité scientifique à dimension internationale. La haute qualité des contenus de la revue est garantie par des procédures d’évaluation par les pairs (peer review), en double aveugle.
Elle est multilingue. Des articles inédits en français, mais aussi en anglais, en espagnol et en portugais y sont accueillis, afin de permettre l’ouverture à une audience internationale.
Elle s’adresse à la communauté scientifique mais aussi à un public élargi. C’est un projet éditorial cross-média qui s’appuie sur la complémentarité entre différentes ressources – texte, image, vidéo, audio –, destinées à apporter divers éclairages sur la thématique de chaque numéro.
La philosophie de la revue est celle de la mise à disposition du savoir auprès du plus grand nombre. Les contenus ont vocation à être versés en accès libre sans barrière mobile. »

Rédactrices en chef : Myriam COTTIAS (CNRS) & Céline FLORY (CNRS)

Programme de publication et appel à contribution

  • Numéro 1 : « Citoyenneté et contre-citoyenneté » / “Citizenship and counter-citizenship”, automne 2019. Éditeurs scientifiques : António de ALMEIDA MENDES (université de Nantes) & Clément THIBAUD (EHESS) ;
  • Numéro 2 : « Pratiquer l’histoire par les arts contemporains » / “Experimenting History with Contemporary Arts”, avril 2020, Éditeurs scientifiques : Anna SEIDERER (université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis), Elisabeth SPETTEL (Stony Brook University) & Elvan ZABUNYAN (université Rennes 2) ;
  • Numéro 3 : « Inscrire l’esclavage dans les humanités numériques » / “Embedding Slavery in Digital Humanities” , octobre 2020, Éditeurs scientifiques : Jane LANDERS (Vanderbilt University), Jean-Pierre LE GLAUNEC (université de Sherbrooke), Henry LOVEJOY (University of Colorado Boulder) & Paul LOVEJOY (York University, Canada)

Appel à contribution

  • Numéro 4 : « Lire et narrer le post-esclavage » / “Reading and Narrating Post-Slavery” , avril 2021, Éditeurs scientifiques : Lotte PELCKMANS (université de Copenhague) & Mads Anders BAGGESGAARD (université d’Aarhus, Danemark).

Appel à contribution

Éditrice : Chloé BEAUCAMP (CNRS)

Comité éditorial

António de ALMEIDA MENDES (université de Nantes)
Cédric AUDEBERT (CNRS)
Klara BOYER-ROSSOL (EPHE, labex HAFTEC)
Audrey CELESTINE (université de Lille, IUF)
Gaetano CIARCIA (CNRS)
Elisabeth CUNIN (IRD)
Alexandra ENA (CNRS Images)
Ary GORDIEN (université Paris 8)
Martha JONES (Johns Hopkins University)
Jean-Pierre LE GLAUNEC (université de Sherbrooke)
Beatriz MAMIGONIAN (Universidade Federal de Santa Catarina)
Hebe MATTOS (Universidade Federal de Juiz de Fora)
Lotte PELCKMANS (University of Copenhagen)
Dominique ROGERS (université des Antilles)
Romy SANCHEZ (CNRS, université de Lille)
Anna SEIDERER (université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis)
Alessandro STANZIANI (CNRS / EHESS)
Ibrahima THIOUB (université Cheikh Anta Diop de Dakar)
Elvan ZABUNIAN (université Rennes 2)

Comité scientifique international

Ana Lucia ARAUJO (université d’Howard, EU)
Mads Anders BAGGESGAARD (université d’Aarhus, Danemark)
Gwyn CAMPBELL (Mac Gill University, Montréal, Canada)
Marina CANDIDO (University of Notre-Dame, EU)
Catherine COQUERY-VIDROVITCH (université Paris 7 Denis-Diderot)
Madeleine DOBIE (Columbia University, EU)
Roquinaldo FERREIRA (Brown University, EU)
Alejandro de la FUENTE (Harvard University, EU)
Chouki El HAMED (University of Arizona, EU)
Aline HELG (université de Genève, Suisse)
Paulin J. HOUNTONDJI (université d’Abomey-Calavi, Bénin)
Martin KLEIN (University of Toronto, Canada)
Jane LANDERS (Vanderbilt University, EU)
Paul LOVEJOY (York University, Canada)
Joel QUIRK (université de Witwatersrand, Afrique du Sud)
Benedetta ROSSI (University of Birmingham, Grande-Bretagne)
Dale TOMICH (University of Binghamton, EU)
Michael ZEUSKE (université de Leipzig, Allemagne)

Recommandations aux auteurs

La revue publie des articles thématiques et des varias. Ces articles inédits et originaux sont sélectionnés selon les exigences scientifiques et éditoriales de la revue.
Le CIRESC invite ainsi les auteurs à soumettre leurs textes (dossiers thématiques ou articles varias) à ciresc.redaction chez cnrs.fr
Les recommandations aux auteurs sont disponibles ici en français et en anglais


Titre
« Les lieux et les formes de l’enseignement juridique hors de la métropole »
Date
Dimanche 1er septembre 2019
Descriptif

ENSEIGNER LE DROIT HORS DES FRONTIERES NATIONALES (XIXe-XXeSIECLES)

[Lyon – novembre 2018 / Bordeaux – 13 mars 2020 / Aix-Marseille – 2021]

2e JOURNEE D’ETUDE : APPEL À COMMUNICATIONS

Texte Appel

« Depuis quelques décennies, l’histoire de l’enseignement du droit à l’époque contemporaine est, en France, un chantier en plein essor. En témoigne la création de la Société pour l’histoire des facultés de droit en 1983, qui a permis la coordination et le développement d’un champ de recherches jusqu’alors délaissé. Cependant, cette histoire des facultés de droit est longtemps restée une histoire des doctrines qui y étaient enseignées et des écoles qui s’y affrontaient. Il a fallu attendre une période plus récente pour que l’historiographie se saisisse des lieux de l’enseignement du droit en eux-mêmes, dans le cadre d’une socio-histoire attentive au fonctionnement de l’institution, à son personnel, ses étudiants, ou encore ses ressources budgétaires. Alors que de telles études fleurissaient déjà dans d’autres disciplines (v. par exemple les travaux de Charles, 2004 ; Picard, 2007 ; Singaravelou, 2009 ; Ferté et Barrera, 2010), les initiatives se sont multipliées ces dernières années chez les juristes, parfois en lien avec les débats actuels liés à l’autonomie des universités ou la rénovation de l’enseignement du droit dans un contexte de globalisation (Ancel et Heuschling, 2016 ; Jamin et Van Caeneghem, 2016).

Ce renouvellement des approches s’est fréquemment adossé à la question des disciplines juridiques. Il a également emprunté le chemin d’un intérêt pour le collectif enseignant. Siprojuris, la base de données bio-bibliographique des professeurs de droit français entre 1804 et 1950, rassemblant 600 individus, a vu le jour, fruit d’un travail collectif coordonné par Catherine Fillon. Ouvrant de nouvelles perspectives pour l’histoire sociale des élites juridiques, cet important déport prosopographique s’est doublé d’un renouvellement de la biographie intellectuelle des professeurs de droit, désormais moins préoccupée de décréter l’existence de « grands juristes » que de décrypter les mécanismes concrets d’accession à la « grandeur intellectuelle ». Enfin, cette nouvelle histoire des facultés de droit s’est souvent concentrée sur des aires géographiques particulières, ce qui a donné lieu à la création, en 2008, du Réseau européen pour l’histoire de l’enseignement du droit.

Le progrès de l’histoire de l’enseignement du droit est par conséquent substantiel pour ce qui concerne la période contemporaine. Ce cycle de journées d’études entend profiter de ces nouveaux acquis pour poursuivre le travail déjà accompli en interrogeant un phénomène peu investi jusqu’alors : l’histoire de l’enseignement du droit hors des frontières nationales aux XIXe et XXe siècles. Certes, l’époque contemporaine est marquée, par rapport au Moyen Âge, notamment, par une incontestable nationalisation du droit et de son enseignement, amorcée à l’époque moderne. A priori, l’on pourrait penser que le temps des pérégrinations académiques est révolu. À y regarder de plus près, toutefois, rien n’est moins sûr. Empruntant des formes variées, une dilatation certaine de l’espace académique français peut également être observée à l’époque contemporaine (Audren et Halpérin, 2013).

– Dans le cadre de l’expansion militaire ou coloniale tout d’abord, la métropole entend plaquer son modèle d’enseignement du droit dans le cadre d’institutions dédiées (facultés de droit dans les départements annexés par l’Empire napoléonien ; École de droit d’Alger, expansion universitaire vers le Levant avec les Écoles de droit du Caire ou de Beyrouth, École de droit d’Hanoï, etc.).

– En dehors du cadre « autoritaire » des régions militairement occupées ou colonisées ensuite, nombreux sont les professeurs de droit, surtout à partir de l’entre-deux-guerres, à promouvoir le droit français à l’étranger, dans le cadre d’une diplomatie culturelle bien comprise (conférences, cours au sein d’instituts culturels, etc.).

Cette appréhension transnationale de l’enseignement du droit se situe par conséquent à l’articulation d’un triple questionnement : la réflexion similaire venue des historiens d’autres disciplines, qui se sont également saisis de cette question ; le tournant historiographique vers l’histoire globale ou connectée, ainsi que vers la question des circulations, qui entend interroger, voire dépasser les cadres nationaux habituellement retenus pour écrire l’histoire ; la problématique actuelle de la dénationalisation/ globalisation de l’enseignement du droit, qui agite la doctrine.

Il nous a semblé qu’un tel questionnement relatif à l’enseignement du droit hors des frontières nationales était de nature à combler un vide historiographique important, tout en éclairant certains enjeux actuels de la globalisation de l’enseignement du droit. Par ailleurs, les contributions de collègues étrangers pouvant offrir un éclairage similaire dans leurs pays seront particulièrement appréciées.

Cette deuxième journée d’études se concentrera sur la question des cours de droit dispensés hors de la métropole. Quels sont les objectifs de tels enseignements ? (former des élites locales ; apporter une connaissance du droit local aux étudiants français ; acculturer les populations conquises au droit français ; promouvoir la « grandeur » du droit français à l’étranger, etc.). En fonction des différents buts de ces cours, leur contenu diffère-t-il ? Enseigne-t-on de la même manière, par exemple, le droit civil français dans les colonies, dans les pays militairement conquis ou encore dans les instituts culturels à l’étranger ? Autrement dit, les professeurs de droit opèrent-ils une adaptation du contenu de leurs cours en fonction du contexte et/ ou du public auquel ils s’adressent ? C’est, par conséquent, la question des modalités intellectuelles de l’enseignement juridique hors de la métropole qui sera ici abordée.

Modalités pratiques

Pour la deuxième journée de Bordeaux, les propositions de communication, accompagnées d’un bref CV, sont à envoyer aux quatre organisatrices pour le 1er septembre 2019. La décision du comité d’organisation sera notifiée aux intervenants le 15 octobre.

COMITE D’ORGANISATION

COMITE SCIENTIFIQUE

  • Frédéric Audren (directeur de recherches CNRS, École de droit de Sciences Po)
  • Isabelle Giraudou (professeur associée, Université de Tokyo)
  • Jean-Louis Halpérin (professeur, ENS)
  • Béatrice Jaluzot (maître de conférences, Sciences Po Lyon)
  • Emmanuelle Picard (maître de conférences, ENS Lyon)
  • ;Guillaume Tronchet (chercheur affilié à l’IHMC, ENS-Paris 1)

Titre
« Histoire d’objets extra-européens : collecte, appropriation, médiation »
Date
Dimanche 1er septembre 2019
Descriptif

Journée organisée par Thomas Beaufils thomas.beaufils chez univ-lille.fr et Peng Chang Ming chang-ming.peng chez univ-lille.fr

L’IRHiS UMR CNRS 8529 organise une journée d’études consacrée à l’histoire d’objets et de collections extra-européennes. A l’heure où les demandes de restitutions se font toujours plus pressantes, il devient indispensable de mieux connaître l’origine des collections et de re-contextualiser les objets. Le principe de cette rencontre sera de demander aux intervenants de choisir un objet extra-européen ou une collection d’objets extra-européens et d’en raconter l’origine, la signification dans un contexte ethnographique, la situation de médiation dans laquelle les objets choisis sont placés et les améliorations possibles pour mieux valoriser les artefacts.

Une première journée d’étude consacrée aux collections extra-européennes dans les musées d’Europe du Nord-Ouest a été organisée à l’université de Lille le 25 novembre 2016 Cette rencontre, au cours de laquelle sont intervenus des conservateurs de musées, des chercheurs et des doctorants de France et de Belgique, a donné lieu à une publication en ligne. À travers les différentes contributions proposées, il a été possible de saisir l’histoire de la constitution et de la présentation de collections ethnographiques muséales en Europe du Nord-Ouest ainsi que les problématiques et les enjeux divers qui en découlent. Il s’agissait de faire prendre conscience à la fois aux chercheurs et aux pouvoirs publics de la nécessité de mieux considérer ces collections, de les valoriser aux yeux du plus grand nombre et de permettre un accès facilité aux chercheurs.

Lors de cette deuxième édition, une place plus large sera donnée à l’histoire d’objets extra-européens issus de collections muséales européennes. A l’heure où les demandes de restitutions se font toujours plus pressantes, il devient indispensable de mieux connaître l’origine des collections et de re-contextualiser les objets. Le principe de cette journée d’études sera de demander aux intervenants de choisir un objet extra-européen ou une collection d’objets extra-européens en particulier, peu importe l’origine géographique, et d’en raconter l’histoire : quels ont été les propriétaires, quelles ont été les conditions de sa collecte (instructions, cadre normatif, activité prédatrice, hasard, simple acquisition monnayée, etc) ; quel est l’usage et quelle est la signification de l’objet dans son contexte ethnographique ; comment a eu lieu le passage du statut de spécimen ethnographique à celui d’œuvre d’art ; quelle est sa valeur économique. Il sera également demandé de préciser la situation de médiation dans laquelle les objets choisis sont placés et les améliorations possibles pour mieux valoriser les artefacts, au moment où la volonté de « décoloniser » les musées est toujours plus palpable. Cette thématique s’inscrira ainsi dans deux axes du laboratoire IRHiS, celui consacré aux cultures visuelles et matérielles et celui consacré aux arts et mémoires en Europe du Nord. La journée d’études souhaite favoriser le croisement des disciplines et est ouverte aux historiens, historiens de l’art, ethnologues, anthropologues, conservateurs de musées, bibliothécaires, étudiants.
Modalités de soumission

Les propositions de communications devront être adressées aux organisateurs en français ou en anglais. Elles devront comporter une présentation succincte de l’intervenante ou de l’intervenant ainsi qu’un titre, un résumé d’une dizaine de lignes et une courte bibliographie. Les propositions seront sélectionnées par un conseil scientifique.

Conseil scientifique

Thomas Beaufils, Maître de conférences en civilisation néerlandaise (ethnologie des mondes néerlandophones) – IRHiS UMR CNRS 8529.
Guillaume Ducœur, Maître de conférences HDR en histoire des religions - UMR 7044 - Archéologie et histoire ancienne : Méditerranée – Europe.
Cecilia Hurley-Griener, docteur en histoire de l’art (Oxford/Neuchâtel), HDR, chargée de cours à l’Université de Neuchâtel, enseignante à l’École du Louvre.
Chang Ming Peng, Professeure en histoire de l’art contemporain, muséologie – IRHiS UMR CNRS 8529.
Julien Volper, conservateur – Musée royal de l’Afrique centrale, Tervuren, Belgique.


Titre
« ’Cadrages coloniaux’. Usages privés de la photographie dans les empires européens (De la seconde moitié du XIXe siècle aux indépendances) »
Date
Vendredi 6 septembre 2019
Descriptif

Journées d’études organisées par le LabEx EHNE (Écrire une Histoire Nouvelle de l’Europe) et la MEP (Maison Européenne de la Photographie)

Comité scientifique : Raphaëlle Branche, Romain Bertrand, Olivier Dard, Quentin Deluermoz, Aurelia Dusserre, Daniel Foliard, Mathieu Marly, Clyde Plumauzille, Emmanuelle Sibeud, Isabelle Surun, Fabrice Virgili.

Les propositions de communication (4000 signes maximum) sont à envoyer au plus tard le 6 septembre 2019 à cadragescoloniaux chez gmail.com

Depuis une vingtaine d’années, les sources visuelles sont l’objet d’une attention croissante de l’histoire coloniale dans le sillage des Post-colonial studies. Ces études ont permis la déconstruction des clichés et des stéréotypes raciaux diffusés dans les métropoles européennes par le biais de supports multiples : peintures orientalistes, affiches de propagande coloniale, publicités et cartes postales. Parmi ces différents supports, la photographie a joué un rôle de premier plan en devenant l’un des mediums privilégiés pour documenter l’expansion et le développement de l’impérialisme européenne à partir de la fin du XIXe siècle[1]. Qu’elles prennent la forme de supports ethnographiques, de cartes postales pittoresques ou de reportages journalistiques, ces photographies sont destinées à un usage public et visent à légitimer l’emprise coloniale aux yeux des opinions publiques européennes. A l’inverse, l’étude des usages privés (non destinés à la publication) de la photographie, parce qu’ils ne visent pas exclusivement à justifier la colonisation, permet de renouveler les approches de ce médium en terrain colonial.

Des soldats, des administrateurs et de simples colons se saisissent de l’outil photographique pour nourrir une mémoire visuelle de leurs expériences extra-européennes, produisent et conservent des séries de clichés qui deviennent parfois de véritables archives intimes. Au-delà des praticiens, de simples curieux et des collectionneurs achètent des tirages dans les studios des villes du monde colonisé, amassant des collections photographiques personnelles. Nombreux sont, en outre, les Européens qui utilisent la photographie, sous la forme de tirages originaux ou de cartes postales, pour maintenir un lien avec les familles restées en métropole. Les soldats partis combattre dans des conflits extra-européens documentent également leurs parcours par la photographie. Des quelques clichés collectés auprès de camarades à de véritables mémoriaux visuels privés, leurs utilisations de la photographie offrent une entrée très riche dans l’histoire des guerres coloniales[2].

Cette liste non exhaustive laisse entrevoir à quel point les usages privés de la photographie dans les espaces coloniaux – entendus ici au sens très large des territoires placés sous influence directe ou indirecte des grandes structures impériales européennes – peuvent être envisagés comme des documents essentiels à l’écriture de l’histoire[3]. Les polémiques qui ont parfois suivi la publication de ces photographies doivent cependant conduire à un véritable effort de réflexion sur les usages de cette source pour l’historien.ne[4]. Dans cette perspective, ces journées d’études seront l’occasion de dépasser l’usage illustratif des photographies privées en considérant ces sources non pas comme des documents d’appoint à l’écriture, mais comme le support principal de l’analyse historique.

Il s’agit ainsi de retrouver l’étonnement de Roland Barthes devant la photographie comme témoignage d’un évènement qui a eu lieu, et, en l’occurrence, de saisir l’interaction entre un photographe, des européens, des territoires et populations colonisés, dans le moment précis de la prise de vue ou dans celui, ultérieur, de la circulation et du classement des images[5]. Cette démarche doit également permettre de dépasser l’usage public et politique de ces images – comme preuve à charge ou dénonciation de la domination coloniale – pour inscrire l’analyse dans l’approche socio-historique de la « situation coloniale[6] ». Les interventions devront donc s’attacher à analyser au plus près la situation photographique et étudier les fonds en identifiant les photographes et leurs techniques, documentant le contexte des prises photographiques et suivant au plus près la circulation des images.

Ces journées d’études sont organisées et pensées comme la première étape d’un vaste projet éditorial qui soutiendra non seulement la publication d’un ouvrage collectif, mais aussi la mise en ligne de fonds privés sur le site de l’encyclopédie EHNE (Ecrire une Nouvelle Histoire de l’Europe). Ces journées seront l’occasion de réfléchir ensemble aux modalités de la mise en récits des images photographiques dans l’écriture de l’histoire, des expositions photographiques et des pratiques éditoriales en usage[7].

Les propositions de communications devront mettre en avant l’exploitation de séries photographiques « privées » inédites (non publiées) et pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes de réflexions suivants :

  • Influences de l’imagerie coloniale dans les usages privés de la photographie
    Les photographies à usage privé ne sont pas imperméables aux modèles diffusés par l’imagerie coloniale[8]. Les réappropriations et les interprétations des codes visuels portés par les arts ou la presse illustrée, la perméabilité de la frontière entre la photographie intime et les canons de la photographie institutionnelle sont autant de traces à explorer. De même, lorsque les photographes s’attachent aux portraits individuels ou collectifs, ils réalisent des « performances[9] » au sens où les corps s’exposent et sont exposés selon des postures qui renvoient à certains modèles édifiants de l’interaction coloniale (de l’aventurier, du militaire baroudeur, de l’explorateur, du simple touriste, du maître d’exploitation, de l’administrateur) ; de même que les colonisés peuvent être contraints à certaines mises en scène (pose ethnographique, carte postale pittoresque, clichés érotiques, scènes fraternelles). Cette influence peut également être recherchée dans les prises de vues de l’environnement urbain et des paysages, de la faune et de la flore, soumises au même alignement aux lieux communs de l’imagerie coloniale. La confrontation entre les modèles canoniques de cadrage et de pose dans l’imagerie coloniale et les pratiques privées de la photographie est ainsi riche de reformulation/redéfinition des imaginaires coloniaux.
  • La photographie privée : « hors champ » de l’imagerie coloniale
    Par leurs singularités et leur diversité, les photographies privées échappent en partie aux modes visuelles de l’imagerie coloniale lorsqu’elles renvoient à d’autres formes de présentation de soi, notamment dans la sphère familiale (portraits de familles, photographies privées destinées à la famille en métropole). Ces images, singulières et plurielles, font en effet apparaître un « hors champ » de la situation coloniale qui renvoie autant aux incertitudes de la domination (enfants métis, « petits blancs », couples mixtes) qu’à la frontière du visible et du caché (pornographie, photographies-trophées de campagnes coloniales, exactions[10]). L’étude de la photographie dans la sphère privée permet ainsi d’aborder une archive visuelle coloniale plus complexe et contradictoire[11].
  • Matérialité, circulation et classement des photographies privées
    Ces photographies permettent d’atteindre le degré intime de la situation coloniale. L’album privé de colons, par exemple, laisse entrevoir une mise en scène de la domesticité dont l’analyse peut être féconde[12]. La question de la spécificité des circulations privées de la photographie dans des situations coloniales est elle-même centrale : existe-t-il des ruptures nettes entre les pratiques constatées en Europe et les utilisations du médium dans les espaces de la domination impériale ? Ces photographies, parfois regroupées comme autant de journaux intimes, ou rassemblées dans des collections ou albums de famille, sont certes conservées dans des institutions spécialisées dans l’histoire coloniale mais n’y tiennent qu’une place secondaire. Insuffisamment référencées, ou simplement oubliées dans les greniers, elles recueillent pourtant une mémoire de l’impérialisme européen, une relation intime avec l’événement de la colonisation.

Comité d’organisation : Daniel Foliard, Mathieu Marly (Secrétaire général et chercheur postdoctorant - LabEx EHNE - Maison de la Recherche, 28 rue Serpente ­75006 Paris)

[1] James R. Ryan, Picturing Empire : Photography and the Visualization of the British Empire, Chicago, University of Chicago Press, 1997 et Christopher Pinney, The Coming of Photography in India, Londres, British Library, 2008.
[2] Claire Mauss-Copeaux, A travers le viseur : Images d’appelés en Algérie 1955-1962, Lyon, Aedelsa, 2003.
[3] Elizabeth Edwards and Janice Hart, Photographs Objects Histories : On the Materiality of Images. eds. London : Routledge Press, 2004.
[4] Voir, par exemple, les débats qui ont accompagné la publication de l’ouvrage dirigé par Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Pascal Blanchard, Jacques Martial, Achille Mbembe, Leïla Slimani, Christelle Taraud et Dominic Thomas (dir.), Sexe, race et colonies, Paris, La Découverte, 2018.
[5] Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Gallimard, 1980. Pour une mise au point sur les rapports entre la photographie et l’histoire, voir Ilsen About et Clément Chéroux, « L’histoire par la photographie », Etudes photographiques, n° 10, novembre 2001 [en ligne].
[6] Georges Balandier, « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, 1951, vol. 11, p. 44-79 et Ann Laura Stoler et Frederick Cooper, Repenser le colonialisme, Paris, Payot, 2013.
[7] Dans le sillage des expérimentations éditoriales autour des usages historiens de la photographie. Voir Philippe Artières et Noëlle Pujol, Reconstitution : jeux d’histoire, Paris, Manuella ed., 2013 et Pierre Schill (ed.), Réveiller l’archive coloniale, Ivry-sur-Seine, Paris, Creaphis Ed., 2018.
[8] Pour une mise au point sur la photographie amateur, voir François Brunet, La naissance de l’idée de photographie, Paris, Presses universitaires de France, 2001 et Christian Joschke, Les yeux de la nation. Photographie amateur et société dans l’Allemagne de Guillaume II (1888-1914), Paris, Les presses du réel, 2013, p. 7-27.
[9] C’est-à-dire, au sens des gender studies, comme mise en scène de soi dans le cadre d’une interaction. Judith Butler, Gender Trouble : feminism and the subversion of the identity, New-York ; London, Routledge, 1990.
[10] Voir par exemple Silvan Niedermeier, “Imperial narratives : reading US soldiers’ photo albums of the Philippine–American War”, Rethinking History, Volume 18, 2014 /2, p. 28-49. Sur la photographie amateur en temps de guerre, Laurent Gervereau (dir.), Voir, ne pas voir la guerre. Histoire des représentations photographiques de la guerre, Paris, Somogy Ed. BDIC, 2001 et Janina Struk, Private Pictures. Soldiers’ Inside Views of War, London, I.B Tauris, 2011.
[11] Ann Laura Stoler, Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense, Princeton, Princeton University Press, 2009.
[12] Susie Protschky, ‘Tea cups, cameras and family life : Picturing domesticity in elite European and Javanese family photographs from the Netherlands Indies, c. 1900–1942’, History of Photography, 36:1 (2012) : 44-65.


Titre
« Mobilisations et conflits forestiers hier et aujourd’hui : résistances, participations et contestations »
Date
Vendredi 6 septembre 2019
Descriptif

Journée d’études organisée par le Groupe d’Histoire des Forêts Françaises le 25 janvier 2020 à la Maison de la recherche de l’Université Paris-Sorbonne, 28 rue Serpente 75006 Paris

L’histoire forestière est jalonnée de conflits aux formes et raisons les plus diverses. Or, si les mobilisations en faveur de l’environnement ou d’un territoire ont déjà fait l’objet d’analyses et travaux en ce sens, la forêt, espace singulier de la mise en oeuvre des politiques publiques, en reste le parent pauvre alors que l’actualité la met régulièrement sur le devant de la scène médiatique. Les mobilisations et engagements forestiers, qu’ils soient pris au nom de l’emploi et du développement économique, de la nature, de la biodiversité ou du patrimoine, du bien-être ou de l’amélioration des conditions de vie, invitent à décaler le questionnement du côté du bien commun. La journée d’études du 25 janvier 2020 propose donc de combler ces lacunes en envisageant la manière dont « la » forêt a été et demeure le lieu d’affrontements et de mises en débats de sa valeur (économique, patrimoniale, affective, écologique, sociale) et de son traitement, aussi bien par les politiques publiques que par les propriétaires.

Quatre axes d’analyse sont proposés :

1. Forêt : lieu, objet, support de conflits

2. Formes des conflits forestiers : acteurs, contributeurs et cibles

3. Mises en scène et visibilité du conflit forestier

4. Mobilisations positives et résolutions du conflit forestier

Les conflits forestiers renvoient parfois à des conflits d’usage, autour d’activités antagonistes et de querelles entre différents usagers qui défendent leur intérêt privé comme dans le cas de l’actuel conflit entre chasseurs et forestiers à propos de l’équilibre entre forêt et grande faune, alors que les deux sont indissociables de fait. Mais les conflits les plus retentissants et les plus durs portent plutôt sur l’affrontement entre intérêts privés et intérêt général. En la matière, on notera que le positionnement respectif de la population et du gestionnaire semble varier selon les époques. L’application des ordonnances royales ou la restauration des terrains de montagne, par exemple, plaçaient le forestier dans la peau de celui qui défendait l’intérêt supérieur de la Nation, face à des communautés rurales qui pratiquaient des activités agropastorales jugées moins utiles sinon dommageables. Les conflits d’aujourd’hui changent le prisme de lecture : le gestionnaire forestier perpétue la production de bois, activité perçue par certains de nos concitoyens comme servant les intérêts privés de groupes industriels et qui seraient incompatibles avec l’intérêt général telles que la lutte contre le changement climatique, la préservation de la biodiversité, la protection des paysages, le bien-être des populations, etc. Si la plupart des habitants n’exploitent plus aujourd’hui la forêt directement, ils conservent un attachement à la forêt, défendant désormais l’intérêt général face à des pratiques jugées archaïques du gestionnaire. Les forestiers cherchent alors à légitimer leur action en mettant en avant les bénéfices de leur activité pour le bien commun : transition écologique, lutte contre le changement climatique, prévention des risques naturels, etc. Bien que les reproches et griefs portent généralement sur les modes de gestion qui se traduisent de manière visible en forêt, la fracture est plus profonde. Or comment une gestion forestière pourrait-elle faire consensus si les attentes à l’égard de la forêt et les objectifs de sa gestion divergent ? Les conflits sont là pour nous rappeler que la forêt reste un bien collectif et que l’absence de vision partagée porte en germe les frictions. D’où les questions relatives à la gouvernance pour prévenir les conflits.
L’histoire forestière est jalonnée de conflits aux formes et raisons les plus diverses. Les résistances aux réglementations nouvelles ont ainsi fait l’objet de nombreux travaux, comme en attestent ceux consacrés notamment à la révolte des Demoiselles (Baby 1972, Vion-Delphin 1992). Ils mettent en évidence les incidences de la remise en cause d’un système agropastoral par les politiques de reboisement, en France comme ailleurs (Araque Jimenez et Crespo Guerrero 2015) et les frictions entre un pouvoir central et des usages locaux. Les conflits entre propriétaires, vols de bois, de champignons (Larrère et De la Soudière 1985 ; Dérioz 2005), désaccords à propos de limites de parcelles, remembrements forestiers, financement des aménagements forestiers, détériorations diverses, sont par ailleurs autant de délits ou disputes auxquels sont confrontés les experts. Le coût des entretiens de voirie,
e respect des droits de passage ou de construction peuvent ainsi se négocier dans la violence (GHFF 1992). Les délits, contentieux ou rébellions ont ainsi nourri une large réflexion sur les conflits d’usages, perspective pleinement réactualisée avec la notion de multifonctionnalité forestière (Torre et al. 2006).
Or, comme le souligne Melé (2003), les figures du conflit recouvrent des formes d’oppositions diverses - conflits liés à l’impact d’une nouvelle infrastructure, conflits entre usagers d’un même espace, oppositions entre acteurs publics ou rivalités politiques et territoriales- qui alimentent son opérativité. La sociologie des controverses l’a mis en évidence de manière plus large (Chateauraynaud 2011). Détracteurs et défenseurs des forêts peuvent s’opposer autour de visions forestières contrastées, que ce soit dans le Limousin (Balabanian 1980), à propos du massif landais (Ribereau-Gayon 2011), ou dans les montagnes rocheuses états-uniennes (Barbier 2015). Prise sous l’angle du « conflit d’environnement » (Mormont 2006), la forêt interpelle en tant que « bien collectif ». Le processus d’écologisation renforce sans doute une tension entre logiques productive et conservatoire (Sergent 2013, Audier 2017) dans les situations contemporaines, mais les mobilisations et contestations en faveur des forêts ne sont pour autant pas un phénomène nouveau. Les mobilisations des Vosgiens au XVIIIe siècle contre la politique forestière royale en attestent (Garnier 2002).

Les mobilisations et engagements forestiers, qu’ils soient pris au nom de l’emploi et du développement économique, de la nature, de la biodiversité ou du patrimoine, du bien-être ou de l’amélioration des conditions de vie, invitent par conséquent à décaler le questionnement du côté du bien commun (Ostrom, 1990 et 2010), des enjeux moraux et des valeurs associées aux forêts.
Or, si l’environnement (Centemeri 2015, Bonny et al. 2012) ou le territoire (Larrue, Melé, et Rosemberg 2003) pris dans leur globalité ont déjà fait l’objet d’analyses et travaux en ce sens, la forêt, espace singulier de la mise en oeuvre des politiques publiques, en reste le parent pauvre alors que l’actualité la met régulièrement sur le devant de la scène médiatique. Ainsi, les zones à défendre, manières d’habiter ces espaces « précisément contre la planification qui leur est dévolue » (Vidalou 2017), ou la contestation de certains modes d’exploitation forestière, mise en exergue dans le film de François-Xavier Drouet, Le temps des forêts (2018), en trace des polarités contemporaines qui méritent également d’être étudiées. Une des caractéristiques contemporaines de ces confrontations est qu’elles n’opposent plus de manière binaire les partisans de la production aux défenseurs de l’environnement, mais elles convoquent – notamment autour des enjeux liés au carbone – des visions différentes de la transition écologique et de la réponse aux enjeux environnementaux globaux.

La journée d’études du 25 janvier 2020 propose donc de combler ces lacunes en envisageant la manière dont « la » forêt a été et demeure le lieu d’affrontements et de mises en débats de sa valeur (économique, patrimoniale, affective, écologique, sociale) et de son traitement, aussi bien par les politiques publiques que par les propriétaires. La manière dont elle est discutée en tant que bien commun, patrimonial ou biologique, sera au cœur des réflexions. Pour ce faire, cette journée envisagera les diverses manières dont les forêts se sont prêtées aux mobilisations et engagements les plus divers.

Quatre axes pourront structurer les réflexions de cette journée, sans pour autant être exclusifs. Les approches transversales à ces quatre axes seront également les bienvenues :

1. Forêt : lieu, objet, support de conflits

Les forêts peuvent être à la fois le cadre dans lequel se déploie un conflit mais aussi l’objet d’un conflit. Elles se prêtent à des instrumentalisations et servent de support pour mettre en scène des conflits mais dont les enjeux se situent ailleurs. L’exemple des ZAD peut l’illustrer suggérant de possibles conflits directs ou indirects autour de la forêt. Ils peuvent se déployer dans des forêts très diverses : forêts des villes/forêts des champs (Arnould 2014), forêts méditerranéennes ou de montagnes, forêts tempérées ou tropicales. La manière dont une forêt peut être érigée en emblème d’une cause à défendre, ou la place qui lui est accordée quand elle est le lieu d’un conflit ou encore la manière dont des mobilisations utilisent la forêt comme argument pour alimenter leur cause seront questionnées. Il s’agit d’envisager la place voire le rôle attribués à la forêt dans des mobilisations dont les enjeux sociaux, culturels, économiques ou politiques entre en lien avec la présence forestière.

2. Formes des conflits forestiers : acteurs, contributeurs et cibles

Les conflits peuvent opposer des communautés diverses : le village contre les gardes d’un massif sous l’ancien régime, des habitants contre l’administration d’un parc naturel ou des professionnels contre leur employeur dans le cas de mobilisations syndicales. Les personnes ou représentants des organismes visés par ces conflits y sont également interpelés. Dans certains cas, les êtres humains n’en sont pas les seuls participants, comme dans le cas des contestations qui entourent l’introduction de prédateurs (ours, loups…), d’espèces invasives ou lorsque le sauvage s’affranchit des limites forestières (grippe porcine, renard voleur de poule, sanglier ravageur de cultures…). Les actions militantes portées par des associations, syndicats ou mouvements politiques invitent aussi à scruter la sphère du militantisme. Pour autant, les mobilisations n’en impliquent pas moins une multitude de protagonistes, qui, de manière directe ou non, interviennent aussi dans la structuration des mobilisations : arbres, animaux, experts, journalistes, artistes, chercheurs ou anonymes peuvent ainsi se croiser, discuter, débattre. Comment ces différents acteurs se rencontrent-ils, se disputent-ils ? Les contributions permettront de dresser un panorama des jeux d’alliances qui se déploient en filigrane du conflit. Comment intérêts privé, particulier, public ou collectif s’y déploient-ils ?

3. Mises en scène et visibilité du conflit forestier

La conflictualité forestière peut se déployer sur une large échelle à travers une forte mobilisation qui trouve une large audience médiatique, ou rester plus localisée, voire tenir de l’acte de résistance isolé motivé par un engagement individuel. Au côté des manifestations visibles voire spectaculaires, il y a donc aussi des conflits discrets, perceptibles à travers des actes délictueux qui interpellent la sphère judiciaire ou des engagements individuels en faveur d’un mode de gestion atypique. L’exploration pourra dès lors porter aussi bien sur l’analyse de mobilisations forestières menées dans le cadre de zones à défendre emblématiques ou à travers la suite donnée à des délits mais aussi à leur diffusion, que ce soit à travers les médias, la littérature ou le cinéma. Le combat des Schtroumpfs contre le méchant Gargamel, les Marsupilamis ou plus récemment l’attaque des Trolls par les Bergens peuvent ainsi être vus comme des métaphores d’un peuple des forêts en conflit avec l’extérieur. Quels conflits ces dispositifs culturels et médiatiques contribuent-ils à mettre en scène ? Quelle place la forêt y occupe-t-elle ? A contrario, certaines actions intègrent une dimension spectaculaire pour bénéficier d’une audience médiatique à même d’aider à servir leur cause. Comment la forêt y est-elle alors mise en scène ?

4. Mobilisations positives et résolutions du conflit forestier

L’expression du conflit est aussi le terreau de réflexions sur le devenir des espaces boisés et peut faire naître des propositions nouvelles en termes d’aménagement, de gestion forestière ou de gouvernance. Passé le temps de la mobilisation, quels sont les effets des conflits et de quelles manières modifient-ils les espaces forestiers concernés que ce soit à travers des modifications physiques, l’émergence de nouveaux référentiels ou modes d’organisation. À quelles propositions, alternatives ou projets ont-ils donné lieu ? Concernant les conflictualités les plus discrètes, pensées sous l’angle de la résistance, voire des mobilisations positives autour de coalitions en faveur d’un aménagement, quels effets produisent-elles et comment des visions par ailleurs contradictoires y sont-elles intégrées ? La multiplication des normes, labels, chartes et certifications, qui peuvent être tour à tour solutions apportées à un conflit ou sources de nouvelles conflictualités, mérite d’être questionnée. La manière dont enjeux locaux et globaux y sont mis en perspective également. Certaines propositions peuvent conduire à une division des espaces pour que chacun puisse trouver satisfaction quand d’autres privilégient des modèles d’hybridation. Comment ces choix s’opèrent-ils ? Les réponses proposées permettront d’envisager l’efficacité des conflits et leurs incidences sur la transformation des pratiques et espaces forestiers. Face à ces oppositions ou coalitions, quelles formules, procédures ou instances de dialogue ont pu être mises en place, et avec quels résultats ?

Modalités

Les propositions de communication sont ouvertes à toutes les disciplines, la perspective du Groupe d’histoire des forêts françaises étant résolument transdisciplinaire.
Les propositions devront comporter le titre de la communication et un résumé de 15 à 20 lignes, accompagnés d’une courte bibliographie indicative ainsi qu’une brève présentation de l’auteur (titre, institution, laboratoire de rattachement). Elles seront envoyées avant le 6 septembre 2019 simultanément aux adresses suivantes :

Les propositions seront étudiées par le Comité scientifique et les auteurs seront avisés du résultat des délibérations après le 30 septembre.
Des précisions seront alors données sur l’organisation matérielle de la journée d’études. Les textes des interventions seront publiés après évaluation par un comité de lecture.

Bibliographie
Arnould Paul (2014), Au plaisir des Forêts, Paris, Fayard,
Araque Jimenez et Crespo Guerrero (2015), « Reboisements et conflits sociaux dans les mots du sud de l’Espagne : la Sierra de Segura (Jaén), in Corvol Andrée, Dereix Charles, Gresser Pierre et Lormant François (dir.), Forêt et montagne, Paris : L’Harmattan, pp. 271-284.
Audier Serge (2017), La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation, Paris, La Découverte.
Baby François (1972), La guerre des Demoiselles 1829-1872, Mémoire de Maîtrise, ethnographie, Université de Toulouse.
Balabanian Olivier (1980), « La forêt, source de conflit dans la Montagne limousine », in Société et Forêt, Actes du Colloque de l’Association des Ruralistes français, n° spécial, p. 255-262.
Barbier Nicolas (2015), « La gestion controversée du feu dans les forêts nationales de l’Idaho et de l’ouest du Montana : Le cas de la zone montagnarde dominée par les pins Ponderosa et les sapins Douglas », Revue de Géographie Alpine, 103-4, mis en ligne le 20 avril 2015, consulté le 30 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/rga/2685.
Bonny Yves, Ollitrault Sylvie, Keerle Régis et Yvon Le Caro (2012), Espaces de vie, espaces enjeux, Presses universitaires de Rennes.
Centemeri Laura (2015), « L’apport d’une sociologie des attachements pour penser la catastrophe environnementale », Raison Publique, dossier spécial « Au-delà du risque. Care, Capacités et résistance en situation de désastre ». Texte en ligne : (https://www.raison-publique.fr/article768.html)
Chateauraynaud Francis (2011), « Sociologie argumentative et dynamique des controverses : l’exemple de l’argument climatique dans la relance de l’énergie nucléaire en Europe », A contrario, vol. 16, no. 2, 2011, pp. 131-150.
Dérioz Pierre (2005), « Guerre des champignons dans le Haut-Languedoc », Champignons Magazine, n° spécial, pp.26-30.
Garnier Emmanuel (2002), « La politique forestière de la monarchie et les catastrophes naturelles dans les Vosges du XVIIe au XIXe siècle » in Favier René (dir.), Les pouvoirs publics face aux risques naturels dans l’histoire, Grenoble : Maison des sciences de l’homme.
GHFF (1992), Cahier d’Études du GHFF, n°2, « Violences et Environnement ». Journée d’Études Environnement, Forêt et Société, XVIe-XXe siècle, IHMC. Paris, école normale supérieure.
Larrère Raphaël et de la Soudière Martin (1985), Cueillir la montagne — Plantes, fleurs, champignons en Gévaudan, Auvergne, Lyon : La Manufacture.
Larrue Corinne Melé Patrice, et Rosemberg Muriel (2003), Conflits et territoires, Tours, Presses universitaires François Rabelais.
Mormont Marc (2006), « Conflit et territorialisation », Géographie, économie, société, vol. 8, no. 3, pp. 299-318.
Ostrom Elionor (1990), Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, New York, Cambridge University Press.
Ribereau-Gayon (2011), « La légitimité de la forêt des lnde de Gasgogne du XIXe siècle à la tempête de 2009 », in Collectif, Tempêtes sur la forêt landaise, Mont-de-Marsan : L’Atelier des Brisants, pp. 165-182.
Sergent Arnaud (2013), “Les déterminants politiques des processus de cloisonnement/ décloisonnement du gouvernement forestier en France”, in Farcy, C., Peyron, J.L., Poss, Y. (ed.) Forêts et foresterie : mutations et décloisonnements, Paris : L’Harmatta.
Vidalou Jean-Baptiste (2017), Être forêts. Habiter des territoires en lutte, Paris : La découverte.
Vion-Delphin François (1992), « La révolte des Demoiselles en forêt de Chaux, 1765 », in GHFF, Cahier d’étude du GHFF, « Violences et Environnement », Journée d’Études Environnement, Forêt et Société, XVIe-XXe siècle, IHMC. Paris, École Normale Supérieure, n°2, pp. 44 à 48.

Conseil scientifique :
Paul Arnould, Professeur émérite en géographie, École Normale Supérieure de Lyon
Laura Centemeri, Chargée de recherche et sociologie, Institut Marcel Mauss, Paris
Andrée Corvol, Directrice de recherche honoraire en histoire, CNRS, Membre de l’Académie d’Agriculture de France, Paris
Véronique Dassié, Chargée de recherche en anthropologie, IDEMEC, CNRS/ Aix-Marseille Université
Sylvain Ducroux, Directeur territorial adjoint, ONF, Fontainebleau
François Lormant, Ingénieur de recherche, HDR Histoire du droit, Institut François Gény (EA 7301), Université de Lorraine, Nancy
Patrice Melé Professeur des Universités en géographie, UMR CNRS CITERES, Université de Tours
Inès Méliani, Chargée d’enseignement en géographie, Université Lumière Lyon 2
Arnaud Sergent, Chargé de recherche en sciences politiques, IRSTEA, Bordeaux


Titre
« ’Cadrages coloniaux’. Usages privés de la photographie dans les empires européens. (De la seconde moitié du XIXe siècle aux indépendances) »
Date
Vendredi 6 septembre 2019
Descriptif

Journées d’études organisées par le LabEx EHNE (Écrire une Histoire Nouvelle de l’Europe) et la MEP (Maison Européenne de la Photographie)

Comité scientifique : Raphaëlle Branche, Romain Bertrand, Olivier Dard, Quentin Deluermoz, Aurelia Dusserre, Daniel Foliard, Mathieu Marly, Clyde Plumauzille, Emmanuelle Sibeud, Isabelle Surun, Fabrice Virgili.

Les propositions de communication (4000 signes maximum) sont à envoyer au plus tard le 6 septembre 2019 à cadragescoloniaux chez gmail.com

Depuis une vingtaine d’années, les sources visuelles sont l’objet d’une attention croissante de l’histoire coloniale dans le sillage des Post-colonial studies. Ces études ont permis la déconstruction des clichés et des stéréotypes raciaux diffusés dans les métropoles européennes par le biais de supports multiples : peintures orientalistes, affiches de propagande coloniale, publicités et cartes postales. Parmi ces différents supports, la photographie a joué un rôle de premier plan en devenant l’un des mediums privilégiés pour documenter l’expansion et le développement de l’impérialisme européenne à partir de la fin du XIXe siècle[1]. Qu’elles prennent la forme de supports ethnographiques, de cartes postales pittoresques ou de reportages journalistiques, ces photographies sont destinées à un usage public et visent à légitimer l’emprise coloniale aux yeux des opinions publiques européennes. A l’inverse, l’étude des usages privés (non destinés à la publication) de la photographie, parce qu’ils ne visent pas exclusivement à justifier la colonisation, permet de renouveler les approches de ce médium en terrain colonial.

Des soldats, des administrateurs et de simples colons se saisissent de l’outil photographique pour nourrir une mémoire visuelle de leurs expériences extra-européennes, produisent et conservent des séries de clichés qui deviennent parfois de véritables archives intimes. Au-delà des praticiens, de simples curieux et des collectionneurs achètent des tirages dans les studios des villes du monde colonisé, amassant des collections photographiques personnelles. Nombreux sont, en outre, les Européens qui utilisent la photographie, sous la forme de tirages originaux ou de cartes postales, pour maintenir un lien avec les familles restées en métropole. Les soldats partis combattre dans des conflits extra-européens documentent également leurs parcours par la photographie. Des quelques clichés collectés auprès de camarades à de véritables mémoriaux visuels privés, leurs utilisations de la photographie offrent une entrée très riche dans l’histoire des guerres coloniales[2].

Cette liste non exhaustive laisse entrevoir à quel point les usages privés de la photographie dans les espaces coloniaux – entendus ici au sens très large des territoires placés sous influence directe ou indirecte des grandes structures impériales européennes – peuvent être envisagés comme des documents essentiels à l’écriture de l’histoire[3]. Les polémiques qui ont parfois suivi la publication de ces photographies doivent cependant conduire à un véritable effort de réflexion sur les usages de cette source pour l’historien.ne[4]. Dans cette perspective, ces journées d’études seront l’occasion de dépasser l’usage illustratif des photographies privées en considérant ces sources non pas comme des documents d’appoint à l’écriture, mais comme le support principal de l’analyse historique.

Il s’agit ainsi de retrouver l’étonnement de Roland Barthes devant la photographie comme témoignage d’un évènement qui a eu lieu, et, en l’occurrence, de saisir l’interaction entre un photographe, des européens, des territoires et populations colonisés, dans le moment précis de la prise de vue ou dans celui, ultérieur, de la circulation et du classement des images[5]. Cette démarche doit également permettre de dépasser l’usage public et politique de ces images – comme preuve à charge ou dénonciation de la domination coloniale – pour inscrire l’analyse dans l’approche socio-historique de la « situation coloniale[6] ». Les interventions devront donc s’attacher à analyser au plus près la situation photographique et étudier les fonds en identifiant les photographes et leurs techniques, documentant le contexte des prises photographiques et suivant au plus près la circulation des images.

Ces journées d’études sont organisées et pensées comme la première étape d’un vaste projet éditorial qui soutiendra non seulement la publication d’un ouvrage collectif, mais aussi la mise en ligne de fonds privés sur le site de l’encyclopédie EHNE (Ecrire une Nouvelle Histoire de l’Europe) ().
Elles seront l’occasion de réfléchir ensemble aux modalités de la mise en récits des images photographiques dans l’écriture de l’histoire, des expositions photographiques et des pratiques éditoriales en usage[7].

Les propositions de communications devront mettre en avant l’exploitation de séries photographiques « privées » inédites (non publiées) et pourront s’inscrire dans un ou plusieurs des axes de réflexions suivants :

  • Influences de l’imagerie coloniale dans les usages privés de la photographie
    Les photographies à usage privé ne sont pas imperméables aux modèles diffusés par l’imagerie coloniale[8]. Les réappropriations et les interprétations des codes visuels portés par les arts ou la presse illustrée, la perméabilité de la frontière entre la photographie intime et les canons de la photographie institutionnelle sont autant de traces à explorer. De même, lorsque les photographes s’attachent aux portraits individuels ou collectifs, ils réalisent des « performances[9] » au sens où les corps s’exposent et sont exposés selon des postures qui renvoient à certains modèles édifiants de l’interaction coloniale (de l’aventurier, du militaire baroudeur, de l’explorateur, du simple touriste, du maître d’exploitation, de l’administrateur) ; de même que les colonisés peuvent être contraints à certaines mises en scène (pose ethnographique, carte postale pittoresque, clichés érotiques, scènes fraternelles). Cette influence peut également être recherchée dans les prises de vues de l’environnement urbain et des paysages, de la faune et de la flore, soumises au même alignement aux lieux communs de l’imagerie coloniale. La confrontation entre les modèles canoniques de cadrage et de pose dans l’imagerie coloniale et les pratiques privées de la photographie est ainsi riche de reformulation/redéfinition des imaginaires coloniaux.
  • La photographie privée : « hors champ » de l’imagerie coloniale
    Par leurs singularités et leur diversité, les photographies privées échappent en partie aux modes visuelles de l’imagerie coloniale lorsqu’elles renvoient à d’autres formes de présentation de soi, notamment dans la sphère familiale (portraits de familles, photographies privées destinées à la famille en métropole). Ces images, singulières et plurielles, font en effet apparaître un « hors champ » de la situation coloniale qui renvoie autant aux incertitudes de la domination (enfants métis, « petits blancs », couples mixtes) qu’à la frontière du visible et du caché (pornographie, photographies-trophées de campagnes coloniales, exactions[10]). L’étude de la photographie dans la sphère privée permet ainsi d’aborder une archive visuelle coloniale plus complexe et contradictoire[11].
  • Matérialité, circulation et classement des photographies privées
    Ces photographies permettent d’atteindre le degré intime de la situation coloniale. L’album privé de colons, par exemple, laisse entrevoir une mise en scène de la domesticité dont l’analyse peut être féconde[12]. La question de la spécificité des circulations privées de la photographie dans des situations coloniales est elle-même centrale : existe-t-il des ruptures nettes entre les pratiques constatées en Europe et les utilisations du médium dans les espaces de la domination impériale ? Ces photographies, parfois regroupées comme autant de journaux intimes, ou rassemblées dans des collections ou albums de famille, sont certes conservées dans des institutions spécialisées dans l’histoire coloniale mais n’y tiennent qu’une place secondaire. Insuffisamment référencées, ou simplement oubliées dans les greniers, elles recueillent pourtant une mémoire de l’impérialisme européen, une relation intime avec l’événement de la colonisation.

Comité d’organisation : Daniel Foliard, Mathieu Marly.

[1] James R. Ryan, Picturing Empire : Photography and the Visualization of the British Empire, Chicago, University of Chicago Press, 1997 et Christopher Pinney, The Coming of Photography in India, Londres, British Library, 2008.
[2] Claire Mauss-Copeaux, A travers le viseur : Images d’appelés en Algérie 1955-1962, Lyon, Aedelsa, 2003.
[3] Elizabeth Edwards and Janice Hart, Photographs Objects Histories : On the Materiality of Images. eds. London : Routledge Press, 2004.
[4] Voir, par exemple, les débats qui ont accompagné la publication de l’ouvrage dirigé par Nicolas Bancel, Gilles Boëtsch, Pascal Blanchard, Jacques Martial, Achille Mbembe, Leïla Slimani, Christelle Taraud et Dominic Thomas (dir.), Sexe, race et colonies, Paris, La Découverte, 2018.
[5] Roland Barthes, La chambre claire. Note sur la photographie, Paris, Gallimard, 1980. Pour une mise au point sur les rapports entre la photographie et l’histoire, voir Ilsen About et Clément Chéroux, « L’histoire par la photographie », Etudes photographiques, n° 10, novembre 2001 [en ligne].
[6] Georges Balandier, « La situation coloniale : approche théorique », Cahiers internationaux de sociologie, 1951, vol. 11, p. 44-79 et Ann Laura Stoler et Frederick Cooper, Repenser le colonialisme, Paris, Payot, 2013.
[7] Dans le sillage des expérimentations éditoriales autour des usages historiens de la photographie. Voir Philippe Artières et Noëlle Pujol, Reconstitution : jeux d’histoire, Paris, Manuella ed., 2013 et Pierre Schill (ed.), Réveiller l’archive coloniale, Ivry-sur-Seine, Paris, Creaphis Ed., 2018.
[8] Pour une mise au point sur la photographie amateur, voir François Brunet, La naissance de l’idée de photographie, Paris, Presses universitaires de France, 2001 et Christian Joschke, Les yeux de la nation. Photographie amateur et société dans l’Allemagne de Guillaume II (1888-1914), Paris, Les presses du réel, 2013, p. 7-27.
[9] C’est-à-dire, au sens des gender studies, comme mise en scène de soi dans le cadre d’une interaction. Judith Butler, Gender Trouble : feminism and the subversion of the identity, New-York ; London, Routledge, 1990.
[10] Voir par exemple Silvan Niedermeier, “Imperial narratives : reading US soldiers’ photo albums of the Philippine–American War”, Rethinking History, Volume 18, 2014 /2, p. 28-49. Sur la photographie amateur en temps de guerre, Laurent Gervereau (dir.), Voir, ne pas voir la guerre. Histoire des représentations photographiques de la guerre, Paris, Somogy Ed. BDIC, 2001 et Janina Struk, Private Pictures. Soldiers’ Inside Views of War, London, I.B Tauris, 2011.
[11] Ann Laura Stoler, Along the Archival Grain. Epistemic Anxieties and Colonial Common Sense, Princeton, Princeton University Press, 2009.
[12] Susie Protschky, ‘Tea cups, cameras and family life : Picturing domesticity in elite European and Javanese family photographs from the Netherlands Indies, c. 1900–1942’, History of Photography, 36:1 (2012) : 44-65.


Titre
Rural History 2019 - 4th EURHO Conference — Paris
Date
Du 10 au 13 septembre 2019
Descriptif

Voir le Programme


Titre
« Ethnographying Labour in Large-Scale Agriculture Renewed Social Histories, between Work, Migration and Daily Lives » — EHESS, Paris
Date
Du 10 au 13 septembre 2019
Titre
« Lire et narrer le post-esclavage/Reading and Narrating Post-Slavery », Esclavages et post-esclavages / Slaveries and post-slaveries, 4, 2021 — EHESS, Paris
Date
Dimanche 15 septembre 2019
Descriptif

Éditeurs scientifiques : Lotte Pelckmans (université de Copenhague) & Mads Anders Baggesgaard (université d’Aarhus, Danemark)

Le terme « post-esclavage » est un concept qui n’est pas toujours défini et qui sert à désigner la période complexe suivant l’abolition formelle de l’esclavage. Dans ce numéro spécial, on se propose d’explorer et d’interroger ce concept à travers les récits de vies individuelles. Ces formes narratives, qu’elles soient visuelles ou textuelles, pourront par exemple provenir de la littérature, de plates-formes numériques militantes, de documents officiels concernant les droits de l’homme, d’articles de journaux et de magazines, de pamphlets, de films, de pièces de théâtre, etc. Le dossier accueillera tout autant des contributions historiographiques fondées sur des récits d’esclavage postérieurs à l’abolition, que des contributions montrant de quelle façon ces récits ont été utilisés à travers le temps ou le sont encore aujourd’hui.

Tout comme le mot « postcolonial », « post-esclavage » est souvent employé pour faire une distinction analytique entre « l’avant » et « l’après » esclavage. Ce concept représente aussi une rupture critique, normative et morale, exposant « les héritages continus d’une situation qui aurait dû être réglée, et qui est discutablement “néo-abolitioniste en intention” » (Rossi 2015, nous traduisons). Cette tendance unilatérale au néo-abolitionisme renforce des représentations selon lesquelles la rupture temporelle entre esclavage et post-esclavage est universellement désirable et possible pour tous. Elle risque ainsi de ne pouvoir prendre en compte la coexistence à l’heure actuelle de l’esclavage traditionnel et de l’esclavage moderne (Fabian 1990). C’est le cas en particulier dans des sociétés où l’abolition coloniale de l’esclavage et/ou des interventions internationales anti-esclavagistes ont été perçues (et continuent de l’être) comme des projets indésirables, exogènes, romantiques ou même paternalistes et opportunistes venus d’ailleurs pour s’initier sans légitimité dans des dynamiques de pouvoir locales ou régionales – comme c’est le cas en Mauritanie.

Afin de croiser et de confronter les représentations fragmentées et normatives du post-esclavage, ce numéro spécial rassemblera des contributions qui soulignent la polyphonie, voire la cacophonie existant sur le sujet dans les récits historiques ou contemporains de par le monde. On invite tout particulièrement des contributions qui mettent en lumière les voix du « Global South Atlantic » (Bystrom & Slaughter 2018) pour compléter les narrations des (néo-)esclavages européennes et nord-américaines.

Texte Appel à contribution

Les contributeurs peuvent envisager de travailler autour des sujets suivants :

  • la compréhension et la théorisation de l’historiographie contemporaine de l’esclavage à travers les formes narratives visuelles et littéraires, sur les thèmes du post-esclavage, de la mémoire, des récits de néo-esclavages ;
  • les récits littéraires ou visuels qui reflètent des formes dites d’« esclavage contemporain » (comme le travail forcé, la traite des êtres humains, la déportation des demandeurs d’asile ou des migrants, etc.) et leurs liens avec des formes d’esclavage impérial et traditionnelles, par exemple en Asie ;
  • les textes ou images qui abordent les multiples facettes historiques et les différents visages de l’esclavage, en lien avec les processus de l’abolition, par exemple en Afrique
  • les différents usages historiques de la mémoire de l’esclavage à travers l’iconographie et la littérature post-abolitionniste, par exemple dans les sociétés caribéennes et d’Amérique latine ;
  • la pratique moderne consistant à utiliser des archives légales, des textes, images et bases de données d’images pour étayer les demandes de réparations, usage qui constitue en soi un genre de narration ou une forme de discours et qui contribue à façonner et à renforcer le concept de post-esclavage ;
  • les témoignages de personnes mises dans des conditions multiples, proches de l’esclavage dans des sociétés post-esclavagistes, par exemple l’exclusion raciale, le travail forcé, la traite des humains et la xénophobie en Europe ;
  • l’impact de la globalisation des droits de l’homme et des politiques humanitaires sur les différentes formes de narrations de néo et/ou de (post-)esclavage, et les nouvelles expressions narratives en résultant ;
  • les implications dans les expressions visuelles et littéraires de narrations plutôt considérées comme secondaires : les récits d’esclaves musulmans, d’esclaves féminins, les récits post-esclavagistes de Blancs versus de Noirs, les récits d’enfants esclaves, etc.
  • les narrations qui s’éloignent des topoi / représentations impérialistes, essentialistes du sujet post-esclavage, par exemple dans des traditions idéologiques alternatives comme l’afro-futurisme, le communisme, l’islam orthodoxe, etc.

Modalités de soumission

Les auteurs enverront un résumé de leur article (en français, en anglais, en espagnol ou en portugais) avant le 15 septembre 2019 à ciresc.redaction chez cnrs.fr. Il devra s’agir d’articles inédits, qui tiendront compte des normes éditoriales de la revue (disponibles sur le site du CIRESC).

Rédactrices en chef de la revue : Myriam Cottias (CNRS) & Céline Flory (CNRS)


Titre
« Régions et régionalisme au Canada : construire et gérer l’espace politique, social et culturel » — EHESS, Paris
Date
Dimanche 15 septembre 2019
Descriptif

Colloque organisé par l’AFEC (Association française des études canadiennes
Contact Andrew Ives: andrew.ives chez unicaen.fr

Comment in fine appréhender la construction du territoire dans le contexte canadien ? Quels outils conceptuels pour penser l’ensemble des dimensions sociales, culturelles, politiques qui se cristallisent sur des échelles de référence spatiales ? Comment des notions spatiales de territoire, de région, de nations, etc., issues historiquement des contextes européens, ont-elles (ou doivent-elles être) reconstruites dans les contextes canadiens, notamment au prisme des appartenances (communautés, nations, etc.) ? Comment s’articulent les échelles de référence et notamment la région en fonction des provinces, de leur place dans le système canadien et des projets qui construisent le territoire (place du Québec, revendications autochtones) ?

La thématique du colloque – Régions et Régionalisme au Canada – se prête à un large éventail d’approches disciplinaires.

Les politologues s’intéresseront, entre autres, à l’interaction et à la concurrence entre différents niveaux de gouvernement au sein du fédéralisme canadien. L’attachement à un territoire étant central pour les peuples autochtones, comment faire évoluer le fédéralisme pour accommoder leurs demandes de gouvernement autonome ?

Les historiens sont invités à explorer, par exemple les particularités régionales, et la mise en place d’allégeances politiques et sociales à travers le temps. Les modèles qui confrontent la métropole et l’arrière-pays, connue en anglais sous le nom de Metropolitan-Hinterland Thesis, sont-ils toujours pertinents pour appréhender les forces centripètes/centrifuges en jeu au Canada ou celles de réseau/marge ?

Les sociologues et géographes s’intéressent à la construction des identités et des relations sociales dans leurs dimensions spatiales notamment à travers les questions de pouvoir et de justice (parfois déclinée en registres : sociale, spatiale, environnementale…).

Les spécialistes des littératures et des arts pourront entre autres s’interroger sur la manière dont les écrivains ou artistes canadiens traitent de la notion de la création et de la construction du sentiment d’appartenance ? L’expression artistique de voix régionales a-t-elle été conditionnée par des environnements divers ? Quels sont les éléments qui unifient la littérature canadienne au-delà de la diversité régionale ? Y a-t-il des tensions entre les perspectives nationale, provinciale, régionale et locale ? Ces mêmes questions s’appliquent au cinéma canadien, qu’il relève de la fiction ou du documentaire.

Les propositions de communications sont à soumettre au comité scientifique via andrew.ives chez unicaen.fr avant le 15 septembre 2019. Prière de ne pas dépasser 400 mots et d’y rajouter une courte biographie (100 mots).

Comité scientifique : Frédéric Boily (University of Alberta, Political Science), Cécile Fouache (Université de Rouen Normandie, Canadian literature), Yves Frenette (Université de Saint-Boniface, History), Hélène Harter (Université de Paris I Panthéon-Sorbonne, History) Andrew Ives (Université de Caen Normandie, North American Studies), Jean-Michel Lacroix (Professeur émérite Paris III Sorbonne Nouvelle, History and North American Studies), Françoise Le Jeune (Université de Nantes, History and North American Studies), Richard Nimijean (Université Carleton, Political Science), Lorie-Anne Rainville (Université de Caen Normandie, Canadian literature), Benoit Raoulx (Université de Caen Normandie, Geography), Martin Simard (Université du Québec à Chicoutimi, Geography)


Titre
Sean Andrew Wempe, Revenants of the German Empire. Colonial Germans, Imperialism, and the League of Nations, Oxford University Press, 2019 — EHESS, Paris
Date
Jeudi 19 septembre 2019
Descriptif

Présentation éditeur :

« In 1919 the Treaty of Versailles stripped Germany of its overseas colonies. This sudden transition to a post-colonial nation left the men and women invested in German imperialism to rebuild their status on the international stage. Remnants of an earlier era, these Kolonialdeutsche (Colonial Germans) exploited any opportunities they could to recover, renovate, and market their understandings of German and European colonial aims in order to reestablish themselves as « experts » and « fellow civilizers » in discourses on nationalism and imperialism.
Revenants of the German Empire : Colonial Germans, Imperialism, and the League of Nations tracks the difficulties this diverse group of Colonial Germans encountered while they adjusted to their new circumstances, as repatriates to Weimar Germany or as subjects of the War’s victors in the new African Mandates. Faced with novel systems of international law, Colonial Germans re-situated their notions of imperial power and group identity to fit in a world of colonial empires that were not their own. The book examines how former colonial officials, settlers, and colonial lobbies made use of the League of Nations framework to influence diplomatic flashpoints including the Naturalization Controversy in Southwest Africa, the Locarno Conference, and the Permanent Mandates Commission from 1927-1933. Sean Wempe revises standard historical portrayals of the League of Nations’ form of international governance, German participation in the League, the role of interest groups in international organizations and diplomacy, and liberal imperialism. In analyzing Colonial German investment and participation in interwar liberal internationalism, the project challenges the idea of a direct continuity between Germany’s colonial period and the Nazi era. »

Sean A. Wempe is Assistant Professor of Modern European History, California State University—Bakersfield


Titre
« Les disparus de la guerre d’Algérie du fait des forces de l’ordre françaises : vérité et justice ? » — Assemblée nationale, Paris
Date
Vendredi 20 septembre 2019
Descriptif

Inscription et programme


Titre
« Archives matérielles, traces mémorielles & littératures des Afriques » — Aix-en-Provence
Date
Du 25 au 27 septembre 2019

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